Les difficultés économiques grandissantes de la Zambie entravent la capacité des autorités à réaliser des ambitions à long terme en matière de développement et plonge ce pays situé au nord de l’Afrique australe dans la récession. Une analyse de l’économiste Meghann Puloc’h.

Distribution d’aide alimentaire à Simumbwe, en Zambie, le 22 janvier 2020. La pandémie du COVID-19 frappe un pays déjà durement touché par des sécheresses à répétition et une baisse de la production de cuivre. Photo de Guillem Sartorio / AFP
Distribution d’aide alimentaire à Simumbwe, en Zambie, le 22 janvier 2020. La pandémie du COVID-19 frappe un pays déjà durement touché par des sécheresses à répétition et une baisse de la production de cuivre. Photo de Guillem Sartorio / AFP

Deuxième producteur africain de cuivre, situé au nord de l’Afrique australe, la Zambie est durement affectée par les conséquences économiques de la crise sanitaire internationale du Covid-19. Dans un contexte économique déjà fragile, les perspectives de redressement à court terme sont difficiles à entrevoir alors que le pays doit faire face à des enjeux de plus long terme pour poursuivre son développement.

 

La Zambie, un pays vulnérable face à la crise économique mondiale

La Zambie n’est, pour l’heure, que faiblement touchée par l’épidémie : 1 430 cas confirmés et 11 décès au 22 juin, d’après le centre de ressources sur le Coronavirus de l’université Johns Hopkins. Les autorités ont mis en place dès la fin mars des mesures visant à endiguer la propagation du virus : fermeture des lieux publics et des écoles, confinement ciblé de villes, mise en quarantaine des voyageurs étrangers et fermeture partielle et temporaire de la frontière avec la Tanzanie. Ces restrictions ont été progressivement levées à partir de fin avril, jusqu’à la réouverture des écoles et universités début juin.

En revanche, le pays est exposé au choc économique à travers la contraction de la demande des principales économies mondiales – et en premier lieu de la Chine, principal importateur du cuivre zambien. Il est également affecté par la désorganisation des chaînes logistiques – d’autant plus que la Zambie est un pays enclavé – et par les mesures de confinement adoptées par les partenaires commerciaux régionaux.

 

 

La Zambie subit également la baisse des cours des matières premières qu’elle exporte (cuivre, cobalt). Or son économie est très vulnérable aux perturbations de l’activité minière, qui représente 10 % du PIB, 10 % des recettes publiques et 70 % des recettes d’exportations. Au cœur de la crise, entre fin mars et début avril, la tonne de cuivre s’échangeait à moins de 5 000 dollars, soit son plus bas niveau depuis mi-2017. Les cours se sont partiellement rétablis depuis, de telle sorte qu’au 17 juin, la baisse enregistrée est de 7 % par rapport au début de l’année.

 

Le spectre de la récession économique

La crise du Covid-19 survient alors que le pays enregistre un net ralentissement de sa croissance économique depuis 2015 : + 3,1 % en moyenne contre + 5,7 % entre 2011 et 2014. Après une croissance atone en 2019 (+ 1,4 % selon les estimations préliminaires de l’institut statistique local) en raison de la faible production de cuivre, des coupures d’électricité et de la chute de la production agricole liée à la sécheresse, le pays devrait même connaître une récession en 2020, la première depuis plus de vingt ans. Celle-ci pourrait être comprise entre – 2,6 %, selon les projections de la Banque de Zambie en mai, et – 3,5 %, selon les projections d’avril du FMI.

La contraction anticipée des entrées de devises induite par la baisse des recettes d’exportations minières, mais aussi des recettes touristiques et des remises des travailleurs migrants, accentue les déséquilibres externes du pays et la forte tension sur la liquidité en devises.

Le niveau faible des réserves de devises (1,4 milliard de dollars, soit deux mois d’importations) limite les capacités d’intervention de la Banque centrale sur le marché des changes, exposant la monnaie zambienne à une poursuite de sa dépréciation. Le kwacha a ainsi perdu 23 % de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année, après – 16 % en 2018, puis – 15 % en 2019.

 

Des marges de manœuvre limitées pour faire face à la récession

Face à l’ampleur de la crise et au regard des difficultés économiques auxquelles le pays était déjà confronté, les marges de manœuvre des autorités sont limitées, aussi bien sur le plan budgétaire que monétaire.

Alors qu’elle avait engagé un resserrement de sa politique monétaire en 2019, la Banque de Zambie a abaissé son taux directeur de 225 points de base à 9,25 % le 20 mai 2020 face à la détérioration de l’activité économique. Mais cette décision intervient alors que l’inflation atteint des niveaux inégalés depuis 2016, à 16,5 % en mai 2020 (au regard d’une cible d’inflation de 6-8 %), la dépréciation forte de la monnaie accroissant le coût des produits importés.

Le gouvernement est également fortement contraint, alors qu’une baisse de 20 % des recettes publiques budgétées pour 2020 était anticipée en avril. En outre, les dépenses publiques sont difficilement compressibles : elles sont consacrées à près de 60 % aux seuls postes du service de la dette et de la masse salariale. Par conséquent, les mesures de soutien économique annoncées sont modestes, de l’ordre de 2 % du PIB à la mi-juin, dont 0,75 % du PIB dédié à l’apurement des arriérés de l’État envers ses fournisseurs.

 

La Zambie confrontée à une dette publique non soutenable

Les déficits publics – qui se sont établis à plus de 7 % du PIB en moyenne entre 2013 et 2019 – ont été essentiellement financés par le recours à de l’endettement externe non concessionnel (sans élément de don), en émettant sur les marchés obligataires et en contractant de la dette auprès d’entités chinoises. Aujourd’hui, la trajectoire d’endettement public est insoutenable en Zambie, atteignant 86 % du PIB à la fin 2019.

Le pays ne peut plus se refinancer sur les marchés internationaux : les taux – déjà très élevés – se sont envolés depuis le début d’année. Dès lors, la Zambie pourrait rapidement ne plus être en mesure d’honorer ses échéances de dette externe, dont les montants dus en 2020 sont supérieurs aux réserves de devises actuelles. Et les besoins de financement devraient encore augmenter dans les prochaines années, les eurobonds arrivant à maturité à partir de 2022.

Dans ce contexte, le gouvernement étudie la restructuration de la totalité de sa dette externe (11,2 milliards de dollars, soit 47 % du PIB) qui pourrait ouvrir la voie à un soutien du FMI. La négociation pourrait se montrer complexe : les dettes détenues par la Chine et les eurobonds représentent respectivement un tiers du total. En parallèle, le pays a formulé, début juin, une demande de moratoire auprès du Club de Paris.

 

La crise actuelle ne doit pas occulter les enjeux de plus long terme

Les difficultés économiques actuelles du pays entravent la capacité des autorités à répondre aux enjeux de plus long terme qui permettront à la Zambie de réaliser ses ambitions en matière de développement.

Tout d’abord, dans un pays à la population jeune – l’âge médian est de 17 ans en 2017 –, des investissements forts en capital humain sont cruciaux, dans le secteur de l’éducation notamment. Le pays est également confronté à une pauvreté qui reste prégnante dans les zones rurales et à un accroissement des inégalités. La Zambie est aujourd’hui le quatrième pays le plus inégalitaire au monde.

Enfin, la Zambie devra faire face aux conséquences physiques du changement climatique (hausse des températures et moindres précipitations), comme l’illustrent les répercussions de plusieurs sécheresses depuis 2015. Les mauvaises récoltes conduisent à une inflation insoutenable et leur succession expose 12 % de la population à l’insécurité alimentaire, d’après la FAO. Les moindres ressources hydrauliques – à l’origine de 80 % de la production d’électricité du pays – génèrent également d’importants soubresauts énergétiques. Ces derniers affectent directement la production du secteur minier, qui concentre à lui seul la moitié de la consommation d’électricité du pays.

La crise actuelle met ainsi en exergue les vulnérabilités de l’économie zambienne. Malgré l’abondance de ses ressources et le potentiel de sa jeunesse, le chemin vers une nation prospère – l’ambition du pays à l’horizon 2030 – sera sinueux.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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