Les chiffres de la FAO pour l’année 2021 indiquent que l’élevage est responsable de 50 % des émissions de méthane dans le monde, de 24 % des émissions de protoxyde d’azote et de 26 % des émissions de dioxyde de carbone (tous des gaz à effets de serre). Des chiffres qui interrogent : faudrait-il ne pas manger de viande pour sauver la planète ?

Graines de blé, lors de la journée d'ouverture du salon de l'agriculture "Grüne Woche" (semaine verte) à Berlin le 18 janvier 2019. (Photo par Tobias SCHWARZ / AFP)
Graines de blé, lors de la journée d'ouverture du salon de l'agriculture "Grüne Woche" (semaine verte) à Berlin le 18 janvier 2019. (Photo par Tobias SCHWARZ / AFP)

Les chiffres sont sans appel. L’élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, soit plus que tous les modes de transport réunis, et de 91 % de la destruction de l’Amazonie, notamment pour produire le soja qui sert à nourrir vaches, porcs et volailles. Le méthane, qu’émettent les vaches en ruminant, est un gaz 86 fois plus « réchauffant » que le CO2. Par ailleurs, les milliers de tonnes de déjections des animaux d’élevage, chargées en nitrates et en phosphates, polluent durablement non seulement les sols mais aussi les nappes phréatiques. Enfin, il faut en moyenne 7 900 litres d’eau pour obtenir un kilogramme de protéines carnées contre 4 650 litres pour un kilogramme de protéines végétales. Un bilan désastreux pour la planète.

L’industrie de la pêche n’est pas en reste. Les pratiques de pêche intensives sont responsables d’environ 38,5 millions de tonnes de « prises accessoires » chaque année, c’est-à-dire d’espèces non ciblées, comme les tortues, les requins ou les dauphins. Dans les océans, 33 % des stocks de poissons marins sont exploités sans avoir le temps de se régénérer et rien qu’au cours des 40 dernières années, les populations d’espèces marines ont enregistré un déclin de 39 %.

 

Une offre qui répond à l’explosion de la demande de viande et de poisson

L’élevage intensif et la surpêche sont des modes de production qui ne cherchent qu’à répondre à une demande des consommateurs… toujours croissante. On estime qu’aujourd’hui dans le monde, chaque personne mange en moyenne 19,2 kg de poisson par an, soit environ deux fois plus qu’il y a 50 ans. La consommation de produits carnés (viande fraîche, charcuterie, plats surgelés, conserves) a suivi le même chemin, passant de 23,1 kilos par personne et par an en 1961, à 42,2 kilos en 2011. Plus qu’une moyenne, c’est le volume total des consommateurs qui a explosé. L’humanité comptait un peu moins de 3 milliards de personnes en 1950, elle en compte 7,7 milliards aujourd’hui, en comptera 9,7 milliards en 2050 et 10,9 milliards en 2100, selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies.

 

 

À cela s’ajoute l’accroissement significatif des classes moyennes dans les pays en développement. On estime que d’ici à 2030, celles-ci devraient représenter 4,9 milliards de personnes dans le monde, soit près de trois fois plus qu’actuellement. Or, avec la hausse de leur pouvoir d’achat, les consommateurs qui composent ces classes moyennes peuvent et pourront intégrer la viande et le poisson (des produits traditionnellement plus coûteux) dans leur régime alimentaire quotidien. Selon les chiffres de l’ONU, la tendance envisagée pour la consommation mondiale de viande sera en augmentation de 1,6 % par an lors des dix prochaines années. Une hausse qui s’inscrit dans le contexte d’une augmentation totale de la demande de viande de 70 % d’ici 2050, selon la FAO. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), la consommation de poisson devrait quant à elle augmenter de 32 % d’ici 2030.

 

À contre courant : l’essor du végétarisme dans les pays développés

À rebours de cette perspective inquiétante pour la santé de la planète, l’évolution des mentalités et des habitudes de consommation dans la plupart des pays développés laisse entrevoir un possible changement de cap. De plus en plus de personnes dans le monde se détournent en effet de la viande et du poisson, pour des raisons éthiques ou de santé. Les études scientifiques sur le sujet ne font plus débat et sont de plus en plus connues du grand public : la viande rouge, quand elle est consommée sans modération, augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de cancer, de diabète ou encore d’inflammation de l’intestin. Même si un régime non carné doit aussi être surveillé pour éviter des carences en vitamine B12, essentielle au bon fonctionnement du cerveau et du système nerveux.

Au-delà de la question de santé, cette évolution des modes de consommation dans les pays développés se fonde dans une prise de conscience éthique de la souffrance animale et de l’impact de l’élevage et de la pêche sur l’environnement. Le nombre de végétariens et de véganes est en constante progression dans la plupart des pays développés. En Italie par exemple, le nombre de véganes a triplé en un an, passant de 1 % à 3 % de la population, ce qui représenterait près de 2 millions d’Italiens. Si l’on ajoute les végétariens, 8 % de la population italienne seraient concernés.

Pourtant, les habitants des pays développés partent de loin, tant les représentations et les habitudes sont anciennes et enracinées dans des siècles de consommation de viande. Un autre frein important au végétarisme tient dans ce qu’il semble toucher à l’une de nos libertés fondamentales et des composantes principales de notre plaisir au quotidien : notre alimentation.

 

Pour les consommateurs commes les producteurs, des solutions restent à trouver

Cette évolution des mentalités et des habitudes de consommation dans les pays développés est-elle suffisante pour compenser la croissance démographique et l’explosion de la demande de viande et de poisson dans les pays en développement ? Non, et l’avenir nous dira si celle-ci gagne encore du terrain, jusqu’à devenir la norme dans les pays développés et, demain, celle des pays en développement.

Si tant est que le problème de la demande soit résolu, restera la question de l’offre. L’élevage et la pêche sont en effet des sources de revenus primordiales pour un très grand nombre d’habitants de la planète. Dans les pays du Sud, l’élevage fait vivre environ 800 millions de personnes pauvres.

 

 

Les produits alimentaires alternatifs qui sont en ce moment à l’essai ou en gestation ressemblent davantage à des solutions de remplacement pour les consommateurs que pour les producteurs. Le recours aux insectes comme produit de substitution dans notre alimentation, la solution des protéines végétales, de plus en plus populaire en Asie par exemple, ou encore la production de viande in vitro en laboratoire, ne font pas appel aux mêmes savoir-faire et ne requièrent le même niveau d’investissement. Un petit éleveur de volailles ne saurait se mettre du jour au lendemain à produire de la viande en laboratoire….

Des alternatives ou d’autres modes de production pour les éleveurs et les pêcheurs restent à inventer ou à instaurer. Faut-il, par exemple, envisager un retour aux pratiques en vigueur il y a encore deux ou trois générations, celles d’un « véritable élevage » visant à créer une relation entre l’homme et l’animal, au lieu de la logique actuelle de « productions animales », qui ne considère les animaux que comme une ressource ? En attendant, le végétarisme, ou à tout le moins la baisse de la consommation de viandes et de poissons, apparaît pour un nombre croissant de personnes dans les pays développés comme l’une des solutions à la portée de tous pour agir efficacement et au quotidien contre le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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