Charles Goerens
Charles Goerens

Charles Goerens, ancien ministre de la Défense, mais aussi de la Coopération et de l’action humanitaire du Grand-Duché de Luxembourg (1999-2004), a été élu député européen à plusieurs reprises, à partir de 1982, sous la bannière du Parti démocratique (PD). Cet ancien directeur du Club du Sahel a participé lors des Journées européennes du développement (JED), qui se sont tenues les 16 et 17 octobre à Bruxelles, à un débat sur les inégalités.

“Les écarts entre les nations se réduisent, mais restent forts, mais les inégalités se creusent à l’intérieur des pays, précise Charles Goerens. Un État qui fonctionne mal est la source de toutes les inégalités – accès à la sécurité, l’éducation, soins de santé, etc… C’est devenu banal de le dire, mais le rôle crucial revient à la gouvernance des États. J’ai donc plaidé en faveur d’un développement responsable, avec tous les acteurs, pas seulement privés mais aussi publics. Les gouvernants, du côté de nos pays et de nos partenaires, doivent tout faire pour que l’État soit près de la préoccupation des gens.”

Alors que les JED ont mis l’accent sur le rôle du secteur privé dans le développement, Charles Goerens estime que les enjeux sont aussi d’ordre politique. La question de la “bonne gouvernance” reste en effet centrale, sans qu’il y ait forcément matière à pessimisme. “Ayons le courage de faire état des progrès qui se font: le Malawi fait du développement endogène, et réussit avec deux fois rien à développer une sécurité sociale, ce qui est tout à fait exemplaire. En matière de gestion de la dette, l’Europe peut s’inspirer des cures de cheval administrées à l’Afrique sous forme d’ajustement structurel. Aujourd’hui on voit qu’il n’est pas très aisé de se faire administrer ce traitement…”

Des exemples positifs existent, à commencer par le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme, qui a permis à des millions de personnes d’accéder aux traitements antirétroviraux. “Au début, voilà douze ans, on disait que cela coûterait trop cher, mais le prix a été divisé par 150, note Charles Goerens. Il ne faut jamais tabler sur ce que disent les fatalistes, ils ont toujours tort. Je ne suis pas pessismiste au point de dire qu’il n’y a plus de solution, mais je suis très préoccupé par ce qui se passe dans la région sahélienne. Mais potentialités sont là.”

Durant les JED, le groupe de pression dénommé One, fondé en 2002 par le chanteur Bono et soutenu par Bill Gates, s’est montrée particulièrement actif pour que l’Union européenne (UE) ne réduise pas les montants consacrés à l’aide au développement. Ce lobby, que Charles Goerens trouve “sympathique”, a rappelé aux politiques leur engagement pris en 2005, pour amener à 0,7% du PIB des pays de l’UE leur aide publique au développement (APD). “Certains ont accru leur effort – d’autres traînent des pieds, note Charles Goerens, sur une toile de fonds qui devient inquiétante. Des débats dans certains de nos pays opposent les pauvres chez nous aux pauvres dans les pays en développement. Nous sommes sur une pente très dangereuse”.

Charles Goerens a contribué à porter l’APD du Luxembourg au niveau de 0,7% du PIB préconisé par les Nations unies. “Nous avons montré qu’il est possible de procéder par étapes pour faire passer un effort assez médiocre au début à un niveau appréciable”, commente l’ancien ministre.

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