Porteur d’un ambitieux plan de développement des énergies renouvelables, le royaume du Maroc soutient aussi le tourisme durable sous toutes ses formes. Des engagements concrets qui passent par des incitations financières pour construire de manière écologique, aussi bien que par un approvisionnement en eau spécialement conçu pour les terrains de golf. Entretien avec Hatim El Gharbi, Directeur France et Bénélux de l’Office national marocain du Tourisme (ONMT).

© Dan Lundberg
© Dan Lundberg

De nombreux pays, dont le Maroc, s’engagent à limiter leurs émissions de CO2. Le secteur du tourisme contribue à ces émissions. Vouloir le développer n’est-il pas contradictoire avec les engagements du pays au niveau international ?

Au contraire, et c’est ce que nous avons voulu montrer avec notre présence au Grand Palais durant la COP 21. Le tourisme représente 8 % de notre PIB. Il est le premier pourvoyeur de devises et le second pourvoyeur d’emplois, avec 500 000 postes, après l’agriculture. Notre pays est la première destination touristique en Afrique puis 2014, avant l’Afrique du Sud, avec 11 millions de visiteurs en 2015 – dont 3,5 millions de Français. Nous sommes pénalisés par l’amalgame qui est fait sur nos marchés émetteurs entre la menace terroriste et toute l’Afrique du Nord, mais la fréquentation demeure en hausse.

Le tourisme s’inscrit dans la trajectoire de développement durable que nous avons mise en place au niveau national. La part des énergies renouvelables dans notre capacité de production totale va passer à 42 % en 2020 et 52 % en 2030, avec des conséquences sur tous les secteurs de notre économie. Cette orientation représente à nos yeux un atout supplémentaire : il nous paraît bon que le touriste sache que notre pays abrite non seulement des villes, de beaux paysages, mais aussi une grande ferme solaire à Ouarzazate et un parc éolien à Tarfaya.

Le Maroc veut être un modèle de développement durable dans tout le pourtour méditerranéen, et pas seulement dans le tourisme. Tous ces éléments concourent à l’image positive de notre pays et le positionnent comme destination « durable ». Le Maroc est d’ailleurs récompensé pour ses efforts : le fait que Marrakech ait été choisie pour abriter la COP 22 en 2016 représente une marque de grande reconnaissance.

De quoi parlez-vous quand vous évoquez un tourisme « durable » ?

 Il s’agit pour nous d’étudier de manière plus concrète la transition écologique dans le secteur touristique, à plusieurs niveaux. Sur le plan des activités, les touristes se voient offrir l’occasion de laisser leur empreinte en plantant des arbres lors de randonnées, en participant à des coopératives locales, voire même en construisant des écoles dans les zones reculées. Notre objectif consiste à voir les communautés rurales rester chez elles, proposer des hébergements chez l’habitant et offrir un mode de vie rural différent des villes, pour préserver la richesse et la diversité de notre offre touristique.

Du côté du produit, nous encourageons la construction écologique des hôtels, qu’il s’agisse de grands resorts ou de petits « boutique-hôtels », avec des incitations fiscales à la clé qui commencent à être connues et utilisées. Par exemple, des taxes à l’importation sont supprimées pour les équipements durables. Les frais engagés pour creuser des puits et planter des oliviers sont remboursés à 100%.

Tous les grands projets doivent avoir une station d’épuration des eaux usées. Nous avons par exemple interdit aux terrains de golf au Maroc d’être arrosés par l’eau des villes. Les 12 terrains de golf que compte la seule ville de Marrakech sont arrosés par la Régie autonome de distribution d’eau potable et d’électricité de la ville de Marrakech (Radeema), la société d’exploitation des eaux usées de la ville qui retire d’abord le méthane de ces eaux pour en faire de l’électricité, puis déverse le reste des eaux usées dans les terrains de golf et une partie de la palmeraie. Cette société a réalisé des travaux d’extension qui en font la plus grande station d’épuration du Maghreb. Elle est financée à hauteur de 30 %  par les sociétés qui gèrent les terrains de golf depuis 2010 – une règlementation imposée par la ville. Cette formule est très innovante et touche directement le tourisme.

Votre vision va-t-elle beaucoup plus loin que le petit « éco-lodge » où tout serait recyclé ?

En effet. Par exemple, le complexe de Taghazout Bay à Agadir comprend un Hyatt cinq étoiles entièrement construit de manière écologique. L’établissement n’a pas été érigé avec du pisé, mais des techniques modernes, beaucoup d’énergie solaire et de la permaculture notamment. Le Sofitel Essaouira Mogador Golf & Spa est une station culturo-balnéaire qui répond aux mêmes exigences environnementales. De même, le Mazagan Beach and Golf Resort à El Jadida fait partie de ces grands hôtels qui auraient pu coûter le même prix sans énergies renouvelables, mais qui à terme vont réaliser des économies énormes et avoir un impact réduit sur le climat.

Ce qui ne veut pas dire que les petits hôtels ne font pas la différence. Une structure familiale, l’éco-lodge Atlas Kasbah situé sur un parc naturel d’arganiers dans les environs d’Agadir, a reçu la médaille d’or du tourisme responsable à Londres cette année. Et ce, pas seulement pour la manière dont il chauffe l’eau de sa piscine, mais parce que ses employés viennent des douars environnants et que les produits de sa cuisine sont cultivés dans la région. C’est très encourageant.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

 

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