Selon l’ONU, la population mondiale dépassera 8 milliards en 2025. Ce chiffre alarme certains experts qui évoquent une « bombe démographique » pour le réchauffement climatique. Mais la pression anthropique sur l’environnement est-elle seulement un enjeu démographique ? Et la démographie n’est-elle pas avant tout un enjeu de développement ?

La croissance démographique est inévitablement amenée à devenir un enjeu écologique sur le long terme. Photo : foule dans la ville de Vrindavan, en Inde (Adam Cohn Flickr Cc)
La croissance démographique est inévitablement amenée à devenir un enjeu écologique sur le long terme. Photo : foule dans la ville de Vrindavan, en Inde (Adam Cohn Flickr Cc)

En 1992, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont plusieurs lauréats de prix Nobel de sciences, plaidaient pour une stabilisation de la population mondiale. En 2017, ils étaient 15 000 experts à déclarer que « freiner la croissance de la population mondiale est une nécessité absolue » pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

Pression anthropique : une bombe écologique ?

Ces appels à la vigilance font de la croissance démographique une cause majeure de la dégradation écologique mondiale. Création d’aires protégées, choix des énergies renouvelables, réduction des émissions de gaz à effet de serre… Les solutions mises en œuvre pour la sauvegarde de l’environnement dépendent du ralentissement de l’activité humaine, voire de son arrêt. La croissance effrénée de la population mondiale, actuellement proche de 7,8 milliards, avec ce qu’elle semble impliquer en termes d’augmentation de la production et de la consommation de biens usuels, de nourriture et d’énergie dans la logique de croissance néolibérale, fait alors figure de bête noire.

Dans ce contexte, la croissance démographique particulièrement forte en Asie et en Afrique subsaharienne inquiète au Nord, où se développe un discours néomalthusien qui trouve un relai politique certain, comme le rappellent les chercheurs Aladji Madior Diop et Richard Marcoux à propos du Discours de Dakar du président Sarkozy en 2007.

 

De la croissance démographique à la croissance économique

Si cette croissance démographique du Sud est inévitablement amenée à devenir un enjeu écologique sur le long terme pour ces pays, comme le rappelle l’économiste Amartya Sen, la dégradation de l’environnement mondial est pourtant moins imputable à l’accroissement démographique des populations du Sud qu’au mode de vie des populations du Nord. En effet, le changement climatique résulte principalement d’une croissance économique qui a pour principaux moteurs la surproduction et la surconsommation des pays développés.

 

 

Pour le géographe Jacques Véron, « la « population » est loin d’être la cause de tous les problèmes environnementaux actuels ». Selon lui, résoudre la question écologique à court ou moyen terme reposerait essentiellement sur l’adoption d’un mode de vie plus sobre au Nord, associé — au Sud — à la mise en place d’une dynamique de développement durable de long terme. Celle-ci résorberait de facto l’enjeu de la surpopulation, notamment via l’atteinte de l’égalité de genre et la réduction de la pauvreté.

 

Pauvreté, inégalités : causes et conséquences de la croissance démographique

Car, comme l’indique le Fonds des Nations unies pour la population, la croissance démographique dans les pays du Sud est avant tout un enjeu de développement : « La pauvreté est influencée par, et influe sur la dynamique de la population, notamment la croissance démographique, la pyramide des âges et la répartition rurale/urbaine ».

La natalité élevée est une conséquence de la pauvreté et de phénomènes tels que la déscolarisation des jeunes filles ou l’inégalité d’accès à la santé sexuelle et reproductive, à l’éducation et à l’emploi. Elle en est aussi une cause : les grossesses précoces ou répétées et le manque d’accès aux biens essentiels peuvent entraver également l’accès des filles et des femmes à l’éducation et à l’emploi. Elle complexifie en cela les dynamiques de développement durable.

Le défi de la croissance démographique des pays du Sud ne saurait donc se résoudre sans une réponse structurelle, passant par la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), particulièrement l’ODD 5 concernant l’égalité de genre. Un parti pris défendu par le même Amartya Sen, prix Nobel d’économie : « Il ne fait aucun doute que le développement économique et social, en général, s’est toujours trouvé associé avec des diminutions importantes du taux de natalité et l’émergence comme norme de familles moins nombreuses ». Régulée non pas par un contrôle prescriptif des naissances mais par un meilleur accès des filles et des femmes aux biens et services essentiels, la démographie en pleine croissance pourrait même représenter un important levier de développement pour de nombreux pays.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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