Les interventions alliant sport et développement sont de plus en plus fréquentes. Pour David Blough et Arnaud Roy de l’ONG Play International, le sport est un outil concret pour le développement, notamment dans le secteur éducatif.

Depuis le début des années 2000, les interventions éducatives et humanitaires utilisant le sport comme outil sont de plus en plus fréquentes pour répondre aux enjeux de développement. Ces interventions « sport et développement » suscitent toujours la même interrogation : en quoi le sport est-il un outil efficace pour le développement ? David Blough, directeur exécutif et et Arnaud Roy, chargé de projets, de l’ONG PLAY International, reviennent sur la genèse et la nature des liens entre sport et développement.

 

Le sport comme outil de développement, histoire d’une reconnaissance

Le sport comme outil de développement fait appel à la théorie utilitariste du sport selon laquelle la pratique sportive n’est pas l’objectif. Seuls comptent les effets qu’elle entraîne sur l’individu, sur son rapport à la société et sur la société elle-même. Partant de ce principe, le sport n’est donc pas une fin, mais un moyen. En 1896 déjà, la renaissance des Jeux olympiques est justifiée par cette même vision. Défendu par Pierre de Coubertin, l’idéal olympique n’a pas pour simple but la pratique sportive : le sport est prétexte à la paix et à la solidarité entre les nations. Mais il faut attendre les années 1970 pour que le lien se fasse entre l’olympisme et le développement grâce à l’UNESCO. Le sport et ses apports font alors partie des programmes de l’agence dans le cadre de ses prérogatives sur l’éducation, mais c’est en 1971 que le tournant a lieu. La Deuxième décennie du développement de l’ONU place l’individu au centre de l’aide au développement. Les gouvernements s’engagent en faveur du développement et de la dignité humaine pour tous. Ce changement de paradigme entrouvre la porte de l’utilisation du sport comme outil de développement.

 

 

L’UNESCO devient un centre de réflexion sur les questions liées au développement par le sport et au sport comme outil de développement avec la création en 1958 du Conseil international pour l’éducation physique et la science du sport qui lui est rattaché. Pour René Maheu, directeur général de l’UNESCO de 1961 à 1974, « tous ceux qui œuvrent pour le succès de la Deuxième décennie des Nations unies pour le développement [placée] sous le signe des ressources humaines, devront tenir compte de tout ce que le sport peut apporter au progrès de l’éducation, de la culture et de la vie sociale ». Pour autant, ce n’est qu’en 2000, à la faveur de l’adoption des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), que le développement par le sport est reconnu comme légitime. Pour la première fois, un conseiller spécial pour le sport au service du développement et de la paix, Adolf Ogi, est nommé auprès du secrétaire général de l’ONU.

Cette légitimation par les institutions internationales a donné une impulsion nouvelle aux acteurs de l’aide internationale qui utilisent le sport comme outil de développement. L’approche par le sport est reconnue comme favorable à l’atteinte des Objectifs du développement durable par les ONG et les institutions du développement. En avril 2017, 537 ONG spécialisées dans ce domaine étaient répertoriées sur le site sportanddev.org contre 18 en 2000 (in Levermore et Beacom, Sport and Development, 2009).

Parmi ces spécialistes, PLAY International (anciennement Sport sans frontières) est intervenue depuis 1999 dans une quinzaine de pays en partenariat avec des acteurs locaux ou internationaux du développement. Aujourd’hui, nous travaillons dans huit pays dont six sont en développement. Nos actions touchent près de 60 000 enfants par an et plus de 1 000 animateurs ou éducateurs sont formés chaque année à nos méthodes d’accompagnement et à nos outils.

 

Le sport, un outil concret pour les acteurs du développement

L’éducation physique et sportive est une activité malléable à fort impact qui permet, grâce à l’introduction de parcours pédagogiques dans le jeu, d’agir sur des problématiques comme les syndromes post-traumatiques, l’éducation à la santé ou encore l’égalité et l’inclusion sociales. Avec l’outil du sport, il est possible d’agir dans des contextes de post-urgence comme dans des situations de développement social plus classique. Les interventions peuvent donc se faire dans des pays en développement comme dans des pays développés : la méthode est la même, seuls changent les sujets abordés.

Si les activités physiques et sportives ne sont pas éducatives par nature, il est possible de les utiliser afin de répondre à des enjeux de développement. L’impact positif du sport n’est pas intrinsèque à la pratique sportive et dépend des objectifs que l’on y rattache, des problématiques que l’on y relie. Le sport est un levier efficace et pertinent de développement par la nature et le contenu des activités intégrées, la continuité pédagogique qu’il permet, l’intégration des activités dans un projet plus global. Par ailleurs, l’engagement physique et l’universalité de l’activité sportive permettent de dépasser les frontières langagières – lesquelles sont souvent un obstacle dans les situations post-traumatiques ou dans les conflits entre des populations hôtes et réfugiées.

Le sport est une porte d’entrée pour aborder des questions de manière différente : c’est un vecteur d’engagement des populations que l’on souhaite accompagner. De plus, dans cette approche par le sport, comme le but n’est ni la performance, ni la victoire, tout le monde est à égalité : il n’y a pas de considération physique et aucune connaissance n’est prérequise hormis les règles du jeu données au départ.

La nature ludique des activités sportives proposées dans ce type d’intervention fait que nous, acteurs du développement par le vecteur du sport, sommes souvent amenés à travailler avec des enfants et des jeunes. Mais l’accompagnement peut aussi cibler des groupes adultes. D’ailleurs, les actions ciblant les enfants ont souvent des répercussions sur toute la communauté.

 

Play International : le développement par le sport, sur le terrain

Au fil des années, les équipes de PLAY International ont développé et établi une méthode d’intervention en structurant et standardisant les outils qu’elles utilisaient depuis le début de nos activités. Notamment dans le but de pouvoir transférer les compétences et savoir-faire accumulés à des intervenants (animateurs, travailleurs sociaux, humanitaires, etc.) locaux, de dupliquer au maximum nos actions et d’en pérenniser les effets.

Cette méthode pédagogique est la Playdagogie. C’est un kit d’outils pédagogiques qui permet la mise en pratique des principes que nous venons d’exposer. Trois phases se succèdent afin d’aborder le cœur de la problématique par le jeu : le jeu, l’intégration de la problématique par la symbolique ou le vocabulaire (par exemple, les mots du jeu sont remplacés par le champ lexical du sujet traité) et enfin, la discussion. Cette dernière étape crée une passerelle entre le jeu et la vie réelle.

PLAY International a notamment œuvré, après le tremblement de terre de janvier 2010 en Haïti, à la reconstruction psychosociale des enfants haïtiens pour les aider à surmonter le traumatisme lié au séisme. Parce qu’il propose aux enfants une activité positive, collective et structurée, le sport agit sur leur capacité de résilience et leur permet de faire face au traumatisme vécu. Nous avons également développé d’une approche préventive de certains enjeux sanitaires. Les activités permettent de transmettre des messages de prévention, notamment sur le choléra et les questions d’hygiène, de façon ludique et concrète grâce la Playdagogie. Une cinquantaine d’éducateurs et de professeurs ont été formés aux différentes activités éducatives et sportives ainsi qu’à nos outils ; ils sont désormais à même d’animer des ateliers de manière autonome et de créer des outils et des jeux adaptés pour répondre aux enjeux spécifiques. Ils ont ainsi pu organiser et animer des activités sportives et éducatives pour près dix mille enfants dans les camps de déplacés de Port-au-Prince et d’Aquin.

 

 

Au Burundi, PLAY International est intervenue ces dernières années dans quatre villages ruraux intégrés (VRI) dans le cadre d’un projet du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Créés pour accueillir des populations rapatriées après le conflit burundais (1993-2005), ces villages sont le théâtre de tensions entre les habitants des VRI et les populations voisines. L’initiative que nos équipes locales ont mise en œuvre a pour but d’améliorer le vivre-ensemble et de favoriser l’intégration sociale des populations rapatriées. Elle permet de créer un espace d’échanges, de surmonter les préjugés entre les groupes et d’améliorer l’intégration des populations rapatriées.

Au total, vingt-quatre référents ont été formés à l’animation d’activités sportives et éducatives et plus de quatre mille enfants ont bénéficié de séances de Playdagogie. « Avant le projet, quand des enfants des VRI et de l’extérieur se croisaient, ils se jetaient des pierres. Maintenant ils jouent ensemble et se rencontrent », rapporte un référent du VRI de Musenyi au nord du pays. En témoigne aussi le partage des terres qui s’est organisé entre des agriculteurs voisins et les habitants des VRI. Des effets corollaires du projet sont tout aussi positifs que les impacts directs. On note une diminution des pratiques à risque (petite délinquance, pratiques sexuelles à risque, etc.) grâce à l’occupation instructive apportée par les activités et à une augmentation du taux de participation des filles (passant de 0 à 25 % en moyenne) suite aux messages d’ouverture et d’égalité transmis pendant les activités.

Implication plus forte des populations dans les projets, amélioration de l’inclusion sociale au sein des communautés, changement des comportements entre groupes sociaux… autant de critères objectifs qui font du sport un levier de développement. Le lien entre sport et développement n’est plus à prouver : le sport est un outil qui permet d’intervenir d’une façon nouvelle et de contribuer à l’atteinte des Objectifs du développement durable. L’enjeu actuel pour les ONG spécialistes, dont PLAY International, est de continuer à innover dans le domaine et de diffuser pratiques et outils auprès des autres acteurs du développement pour faire du sport un outil transversal.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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