Des rues de Nairobi aux salles de classe de l’Inde, les entreprises sociales permettent d’améliorer les conditions d’existence des personnes les plus défavorisées de la planète. De nouveaux instruments financiers sont nécessaires pour alimenter la croissance de ces entreprises. Les « fonds de sortie » des entreprises sociales (ou FSES) pourraient bien bouleverser la donne : en acquérant des parts minoritaires dans des entreprises sociales déjà bien établies et pérennes, ces FSES offriraient une options de sortie aux investisseurs initiaux. Cela rendrait le marché des actions d’entreprises sociales plus liquide et attirerait par conséquent de nouveaux investisseurs ainsi que des entrepreneurs de talent dans ce domaine d’activité.

© Abdullah Bin Sahl / Creative commons Flickr
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Le manque d’options de sortie constitue un frein au développement des entreprises sociales

Les entreprises sociales mettent l’ingéniosité dont font preuve les entreprises à but lucratif au service des questions de développement les plus urgentes à l’échelle de la planète. Les entrepreneurs sociaux font appel à des business models innovants pour résoudre des problèmes qui vont de l’accès aux soins maternels dans les villages ougandais à l’éducation en Inde en passant par la sécurité alimentaire au Rwanda.

Pour une entreprise classique, le marché des actions est un outil de financement important, notamment en phase de démarrage, lorsque la trésorerie de l’entreprise est encore fluctuante. Il existe quelques exemples d’entreprises sociales qui font appel au financement par capitaux propres : Sanergy, qui propose un service d’assainissement à 8 500 personnes dans un bidonville de Nairobi, a récemment levé des fonds de cette façon auprès d’un consortium d’impact investors (investisseurs « à impact ») ; Off­-grid Electric, qui fournit de l’électricité à 25 000 familles tanzaniennes non raccordées au réseau, a levé 16 M$ grâce au financement par action. Néanmoins, les exemples de réussite tels que ceux-ci restent encore rares.

Bien que les financements par actions commencent à s’imposer en tant que méthode de financement pour les entreprises sociales, l’absence d’options de sortie pour les bailleurs de fonds de la première heure est une entrave au développement de ce type de financement. En d’autres mots, les bailleurs de fonds potentiels manquent de visibilité quant à la façon dont ils pourront récupérer les fonds investis dans une entreprise sociale : cela les dissuade donc de placer leurs capitaux dans des investissements de ce type.

JP Morgan et le Global Impact Investing Network (GIIN) ont réalisé une étude portant sur 125 impact investors ayant investi des capitaux à hauteur de 10,6 Md$ en 2013. Ces investisseurs décrivaient « les difficultés rencontrées pour se désengager des investissements » comme étant le troisième obstacle le plus important au développement des impact investing. Le second risque majeur évoqué par ces mêmes investisseurs était « le risque de liquidité et de désengagement ». Il existe en effet quelques bourses des valeurs sociales, mais celles-ci ne garantissent pas encore la liquidité de ces valeurs.

Non seulement le manque d’options de sortie limite les flux de capitaux, mais il décourage aussi les talents qui pourraient s’intéresser aux entreprises sociales. Ce manque réduit les chances, pour un entrepreneur social, de recevoir une rémunération proportionnelle à sa réussite ; de même, il rend difficile la récupération de la mise de fonds initiale en vue de créer une nouvelle entreprise. Dans les phases de démarrage, contrairement aux start-ups d’affaires marchandes, cela prive les entreprises sociales d’un outil particulièrement utile : la possibilité d’attirer les talents en compensant une rémunération en dessous du marché par des participations au capital.

Comment la communauté internationale du développement pourrait-elle lever les obstacles qui bloquent la croissance du secteur des entreprises sociales ?

 

Dynamiser l’investissement dans les entreprises sociales par la création d’un Fonds de sortie

Créer un Fonds de sortie des entreprises sociales (FSES) serait une opportunité pour les institutions du développement de réellement traiter le problème de la sortie des investissements. Le mandat du FSES consisterait à prendre des participations minoritaires dans les entreprises sociales ayant atteint un stade de développement suffisant. À court terme, le FSES améliorerait les flux de capitaux et d’employés de talent vers les entreprises sociales. À plus long terme, cela rendrait le marché des actions plus liquide.

Shema 1 FR

Le fonds de sortie des entreprises sociales, mode d’emploi

Pour créer un FSES, la communauté internationale du développement doit commencer par réunir un groupe d’investisseurs. Il faudra ensuite convenir du mandat et de la structure du fonds. Enfin, il faudra recruter un gestionnaire de fonds expérimenté et motivé. Le démarrage du fonds réclamerait la participation de cinq à dix bailleurs de fonds prêts à apporter un minimum de 50 M$ chacun. Cela réunirait une masse financière suffisante pour attirer d’autres investisseurs lors de la phase de démarrage. Les autres investisseurs pourraient être issus des agences bailleurs de fonds gouvernementaux (comme l’USAID ou la JICA), des institutions financières de développement (comme la Banque mondiale) ou des investisseurs philanthropiques (comme la Gates Foundation ou la Skoll Foundation).

Une fois établi, comment le FSES fonctionnerait-il ? Le FSES chercherait à effectuer de 5 à 10 investissements par an, les appels de fonds se faisant sur cinq ans. Le FSES prendrait en général des participations minoritaires : cela permet aux investisseurs actifs de continuer à contribuer à la croissance de l’entreprise. Les critères d’investissements suivants pourraient servir de base de discussion :

  1. Des antécédents en matière d’impact social, avec des données probantes montrant que l’entreprise candidate a directement amélioré les conditions d’existence des pauvres dans les pays développés ;
  2. Un chiffre d’affaires annuel de plus de 3 M$ et une rentabilité ayant au minimum atteint le point mort financier.

Le premier critère est destiné à vérifier que l’impact social constitue bien le pivot de la décision d’investissement. La limite de 3 millions de dollars US peut être discutée : l’intérêt de ce critère est de s’assurer que seules les entreprises rentables et parvenues à maturité soient sélectionnées.

 

Soutenir le développement de la génération suivante d’entreprises sociales

La première vague de prises de participation dans les entreprises sociales remonte à environ dix ans. Le FSES fait partie de ces outils financiers très attendus, capables de doper le développement du secteur. En s’appuyant sur des business models pérennes, les entreprises sociales ont prouvé qu’elles pouvaient avoir un impact social. Parvenir à attirer davantage de capitaux et de talents dans ces entreprises pourrait avoir un impact énorme pour le développement humain.

 

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