La nouvelle route de la soie voulue par Pékin reliera directement les ports chinois à l’Afrique de l’Est. Que révèle ce projet sur la stratégie géopolitique de la Chine et sur les relations entre l’empire du milieu et l’Afrique ? Tour d’horizon.

View of the port of Doraleh, Djibouti - UN - Photo Evan Schneider
View of the port of Doraleh, Djibouti - UN - Photo Evan Schneider

La Chine avance vers l’Afrique de l’Est avec un projet colossal

Le projet Road and Belt Initiative, aussi appelé nouvelle route de la soie, a été annoncé en 2013 par le président chinois Xi Jinping. Il ambitionne de relier la Chine, par la mer et par la terre, à plus de 60 pays (majoritairement des pays en développement) représentant plus d’un quart du PIB mondial. Le tracé prévisionnel de la route maritime prévoit qu’elle contourne le continent asiatique par le Sud pour relier les ports chinois aux pays du golfe du Bengale, avant de traverser l’océan Indien pour rejoindre l’Afrique de l’Est. Quatre pays ont des ports sur cette route : le Kenya, le Soudan, l’Éthiopie et Djibouti.

Les relations entre l’Empire du milieu et le continent africain ne sont pas nouvelles : on compte en Afrique 52 missions diplomatiques chinoises et les échanges commerciaux étaient estimés à 220 milliards de dollars en 2014 par l’Initiative de recherche Chine-Afrique (CARI) de l’université Johns-Hopkins. Ce sont ces relations et ces échanges que la Chine cherche à favoriser avec ce projet qui bénéficiera aux exportations de produits manufacturés chinois comme aux importations de matières premières, si l’on en croit Françoise Nicolas, directrice du Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri). La Chine est aussi attirée par les matières premières que par le marché de consommateurs offert par le continent.

Si les débouchés évidents du projet « nouvelle route de la soie » sont commerciaux et économiques, les intérêts diplomatiques et politiques ne sont pas à minimiser. Certains spécialistes comme Tom Harper, de l’université du Surrey, soutiennent qu’un des objectifs de cette route est de « transformer les relations de la Chine avec ses voisins asiatiques et avec le monde entier » ; d’autres vont un peu plus loin en affirmant que la Chine cherche à affirmer son rôle de leader des pays en voie de développement.

 

Chine en Afrique : une certaine vision du développement

Pour Branko Milanovic, économiste des inégalités et professeur à l’université de New York, alors que les pays du Nord s’embourbent dans une vision douce, la nouvelle route de la soie permet au gouvernement chinois de réactiver la définition du développement majoritaire avant les années 1980. Selon cette vision « hard », « le développement n’arrive pas par lui-même et les justes prix, l’abaissement des taxes et la dérégulation ne suffisent pas » ; les pays en développement ont surtout besoin d’éléments concrets comme les infrastructures. Et c’est effectivement ce que la Chine travaille à fournir aux pays africains partenaires : entre 2003 et 2015, l’aide de la Chine vers l’Afrique est passée de 631 millions d’euros à près de 3 milliards, selon l’université Johns-Hopkins. Les investissements chinois financent principalement des grands axes de communication et des unités de production, comme le montre cette liste des projets emblématiques établie par The Guardian.

 

Actuellement, les pays africains accueillent favorablement ces investisseurs, et cette nouvelle source d’aide est souvent considérée comme un partenariat économique gagnant-gagnant plus que comme une politique d’aide. Les résultats d’un sondage Afrobarometer de 2016 réalisé dans 36 pays du continent montrent que 63 % des Africains pensent que les investissements chinois ont une influence positive dans leur pays. Selon Jing Gu, directrice du Centre pour les puissances émergentes et le développement global à l’université du Sussex, « il est important pour la Chine que sa relation avec l’Afrique apparaisse comme mutuellement bénéfique. »

D’autres sont plus circonspects face à l’implication de la Chine et des entreprises chinoises en Afrique et s’interrogent sur la nouvelle dépendance du continent africain. Le caricaturiste Godfrey Mwampenbwa représente ainsi souvent l’iniquité qu’il perçoit des échanges Afrique-Chine (iciici ou ici). Quant à Lauren A. Johnston, chercheuse à l’Institut de recherches sociales et d’économie appliquée de l’université de Melbourne, elle estime que dans leurs négociations avec les autorités chinoises, « les gouvernements africains doivent être intransigeants […] afin de sélectionner une combinaison de politiques et de structures de gouvernance qui maximise les gains pour l’Afrique. »

Toutes ces questions sur la coopération Chine-Afrique seront au cœur de la deuxième édition du China-Africa Investment Forum organisé les 25 et 26 novembre 2017 à Marrakech.

 

 

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