La densité des populations en Asie, l’explosion démographique de l’Afrique constituent des facteurs de pression extrêmement forts sur les milieux naturels. Il est particulièrement difficile de lutter contre le morcellement et la dégradation des habitats naturels lié à l’exploitation des terres au profit des activités agro-alimentaires, industrielles, minières, à l’expansion urbaine, au développement des infrastructures de transport et d’énergie … Les modèles de conservation, constitués autour des parcs nationaux et des réserves naturelles, sont nécessaires, mais ne résisteront que partiellement aux pressions économiques, démographiques et climatiques. Pour retrouver des espaces naturels, il convient aussi de reconquérir des terres, au cœur de forêts dégradées, de champs de pétrole épuisés … C’est ici tout l’enjeu de la restauration écologique. Elle constitue aujourd’hui une nouvelle priorité pour limiter la dégradation des milieux, la disparition des habitats et des espèces. En y intégrant les valeurs  humaines, les dimensions économiques, sociales et culturelles, la restauration des écosystèmes est un instrument puissant au service du développement local.

La restauration écologique pour lutter contre la perte de biodiversité

Le dramatique appauvrissement de la diversité biologique et de la dégradation des services écosystémiques a permis de légitimer une évolution marquée du contexte politique au niveau international, européen et français. Parmi les 20 cibles prioritaires d’Aïchi adoptées en octobre 2010 à la Convention pour la diversité biologique à Nagoya, la communauté internationale s’est engagée à réduire de moitié au moins le rythme d’appauvrissement de tous les habitats naturels et à restaurer au moins 15% des écosystèmes dégradés à l’horizon 2020.

Le concept et les principes de la restauration écologique ont émergé en Europe et aux Etats-Unis au début du XXème siècle, avec pour objectif de soigner « les paysages blessés ». Les premières actions se sont inscrites dans des démarches de lutte contre l’érosion dans des terrains de montagne et de lutte contre la dégradation des milieux forestiers. Ces actions se sont répandues, se sont diversifiées pour répondre à des situations de dégradation environnementale multiples dans des milieux naturels variés.

La restauration écologique a pour ambition le retour d’un écosystème à sa trajectoire biologique historique. Il s’agit bien entendu de processus longs. Ceux-ci consistent à assister la régénération, la reconstitution des écosystèmes dégradés, endommagés ou détruits, résultat direct ou indirect de l’activité humaine.

Concrètement, il s’agit d’établir des diagnostics des milieux et des facteurs de pressions, de définir des mesures appropriées pour reconstituer des cheminements d’évolution naturels : travaux de revégétalisation et réintroduction d’espèces natives, lutte contre les phénomènes érosifs, dépollution des sols, etc. Ceci nécessite de l’expertise dans les domaines de l’ingénierie écologique, biologique et hydraulique, de la restauration paysagère et de l’aménagement de sites, de la dépollution des sols et du traitement des eaux.

 

La restauration écologique pour promouvoir le développement local

Les bénéfices économiques, sociaux et culturels générés par les programmes de restauration écologique sont très souvent ignorés ou peu évoqués. Pourtant, les programmes de restauration écologique constituent un moyen efficace pour réconcilier des objectifs de préservation de la biodiversité et des écosystèmes, du développement local et de la lutte contre la pauvreté.

Pour ce faire, il faut compléter l’ingénierie écologique, par notre connaissance des sociétés, en sachant replacer l’homme au cœur de son milieu, en élevant sa prise de conscience des valeurs environnementales, pour lui permettre de mieux s’inscrire, se réinscrire dans son paysage, dans son territoire.

Il convient aussi de mieux mesurer les services rendus par les écosystèmes, de renforcer les analyses coûts-bénéfices, de quantifier les retours sur investissement afin de démontrer, notamment aux décideurs, que ces programmes de restauration ne sont pas uniquement des centres de coûts. Une récente étude[1]  a démontré, sur une base de 200 projets analysés sur 9 biomes, que les bénéfices économiques sont pourtant bien supérieurs aux coûts d’investissement et de maintenance. Mis à part certains projets de restauration de récifs coralliens ou de zones côtières dont les coûts peuvent être particulièrement élevés, les ratios coût/bénéfice sont très significatifs : 1/12 pour les zones humides terrestres, 1/14 pour les forêts tropicales et 1/35 pour les prairies.

Les bénéfices sont encore bien supérieurs si l’on prend également en considération le fait que les écosystèmes restaurés sont plus résilients notamment face aux pressions liées au changement climatique. A l’avenir, ceci devrait donc permettre de limiter les coûts permettant d’assurer la préservation des écosystèmes.

 

La restauration d’une zone humide dans le nord-est de la chine

La Chine, l’un des 17 pays de méga-diversité biologique au monde, est confronté à une crise environnementale sans précédent liée à une très forte pression démographique et à une croissance effrénée. Elle connait une dégradation et une disparition très préoccupantes des zones humides durant les dernières décennies : réduction de 13% des lacs, de 23% des marécages et de 51% des zones humides littorales.

Afin de limiter ce processus, les autorités chinoises mettent en œuvre une politique plus active sur le plan environnemental. Le 12ème plan quinquennal a fixé des objectifs et a engagé des actions concrètes pour préserver la biodiversité et engager le pays dans la voie d’une « civilisation écologique ».

Les autorités chinoises ont souhaité restaurer la zone humide du delta du Liaohe dans la province du Liaoning, reconnue site Ramsar (convention internationale relative aux zones humides). Le delta du Liaohe abrite l’une des plus grandes roselières au monde et assure la continuité de la voie migratoire des oiseaux d’Asie de l’Est, dont certaines espèces emblématiques, telles la mouette de Saunders, la grue de Sibérie et la grue du Japon.

Cette zone a été complètement artificialisée dans les années 1950, afin de structurer une économie locale autour du roseau, pour la fabrication de la pâte à papier. L’installation de l’industrie pétrolière dans les années 1970 a accentué le processus de dégradation de la zone humide via la pollution des eaux et des sols, la fragmentation des milieux naturels, la dégradation des paysages …

La restauration de cette zone humide d’importance mondiale vise en priorité le rétablissement des fonctions hydrologiques et écologiques du delta : réhabilitation d’infrastructures hydrauliques, remédiation des zones dégradées, dépollution des puits de pétrole, revégétalisation d’anciennes routes, de prés salants et de zones aquacoles … Elle vise aussi la conservation des habitats naturels et l’expansion des sites de nidification et de repos de plus de 200 espèces d’oiseaux migrateurs.

L’amélioration du fonctionnement hydrologique permettra également l’augmentation de la productivité de la roselière au bénéfice des 50 000 habitants qui en dépendent. En complément des activités liées à l’exploitation du roseau, il s’agit ici d’assurer une meilleure valorisation des ressources naturelles et des sites, en tenant compte des valeurs culturelles propres au delta, au travers d’actions visant le développement raisonné de l’écotourisme, de la pêche et de l’aquaculture.

Améliorer la compréhension des enjeux écologiques de ce territoire par les populations et les administrations est également un objectif de ce programme. Tout d’abord par des actions d’éducation environnementale, mais aussi par du dialogue, en mettant en place des plateformes multi-acteurs pour permettre à ceux-ci de participer plus activement au débat d’idées, pour s’approprier les évolutions engagées dans la gestion du territoire. La réussite de ce programme dépendra donc de l’engagement de l’ensemble des parties prenantes du delta, et ce n’est déjà pas rien, mais aussi, au-delà, des acteurs du bassin versant du Liaohe. Mesures techniques de restauration et renforcement des institutions de gestion durable du territoire iront de pair.

 

La restauration écologique : vers un mode de développement plus inclusif

La restauration écologique doit être une priorité pour limiter le processus de dégradation des milieux, pour contribuer à la préservation des habitats fragiles et des espèces en danger critique et pour assurer la valorisation des ressources naturelles. Avec la prise en compte des dimensions économiques, sociales et culturelles, la restauration des écosystèmes devient un axe fort d’intervention pour les acteurs du développement. En visant l’adoption de mode de développement plus inclusif, la restauration écologique s’inscrit dans le temps long, celui des changements de comportements des individus et des sociétés, celui qui devrait être le nôtre. Beaucoup de pays du Nord l’ont compris et peuvent mobiliser des ressources et leurs institutions à cet effet. Nous devons aider les pays du Sud à prendre le même chemin le plus rapidement et le plus largement possible car il y va de la qualité de leur développement. Il faut pour cela que la volonté politique soit clairement exprimée.

 

 

Les enjeux de la restauration écologique à grande échelle pour le développement sera le thème de la 7e conférence de prospective environnementale de l’Institut Véolia Environnement, co-organisée cette année par l’Agence Française de Développement, l’UICN international et  le Comité National Américain de Recherche pour les Sciences de l’Eau. Cette conférence se tiendra à Washington D.C. les 29 et 30 mai 2014.

 

[1] Benefits of investing in ecosystem restoration, Rudolf S. De Groot, James Blignaut, Sander Van Der Ploeg, James Aronson, Thomas Elmqvist,Johsua Farley, Society for Conservation Biology, April 2013.

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