Atteindre les ODD passe par une transformation sociétale générale et une mobilisation de tous les acteurs. L’IRD encourage les collaborations entre le monde de la recherche et la société favorisant la contribution sociétale de la recherche.

Nutritional paste to combat acute malnutrition in Ethiopia . UNICEF Ethiopia / 2015 / Tesfaye - Flickr Cc
Nutritional paste to combat acute malnutrition in Ethiopia . UNICEF Ethiopia / 2015 / Tesfaye - Flickr Cc

L’Agenda 2030 adopté par les Nations unies en septembre 2015 constitue un véritable projet de transformation de nos économies et de nos sociétés. Pour relever ce défi, la recherche et l’innovation doivent être mieux mobilisées et leurs contributions sociétales renforcées. Des expérimentations visant à rapprocher le monde de la recherche et la société émergent et commencent à produire des effets concrets.

 

De plus en plus d’attentes envers la recherche

L’innovation est considérée comme indispensable aux transformations des activités humaines qui permettront d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Alors que nous ne pouvons plus faire comme avant (« business as usual ») mais que nous n’avons pas encore les clés pour faire autrement, l’appel à l’innovation, sociale ou technique, est partout. Ainsi, les attentes à l’égard des chercheurs sont de plus en plus fortes : au-delà de la compréhension des phénomènes, le monde de la recherche est perçu comme pouvant apporter des solutions nouvelles. Dans ce contexte, s’il est important de réaffirmer la nécessité de la recherche fondamentale et de la protéger contre tout impératif d’utilité, il est également urgent de mobiliser davantage de recherche au service de l’invention de solutions. Car force est de constater que, face à la complexité des phénomènes et à l’ampleur des risques de tous ordres, les attentes de la société civile, des politiques, des bailleurs de fonds et des acteurs privés sont réelles et croissantes. Pour y répondre, il est nécessaire de renforcer la contribution sociétale de la recherche, une injonction qui touche particulièrement le domaine du développement, depuis toujours engagé sur des terrains qui font face aux nombreux défis économiques, sociaux et environnementaux.

 

 Collaboration, mixité et mutualisation : outils essentiels de la recherche

Il n’est ni antinomique ni vain de chercher à combiner une recherche de qualité et des apports de solutions sur le terrain. Bien au contraire. Même si ce n’est pas leur unique rôle, les chercheurs peuvent contribuer à inventer des solutions. Mieux, ils le doivent, car le temps presse. Et cela passe par une collaboration accrue avec les acteurs de terrain : dans ce processus de collaboration, chaque acteur se concentre sur sa force principale et l’écosystème entier en bénéficie. Depuis longtemps, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) innove avec des acteurs de terrains et considère cette collaboration comme fondamentale.

Le Plumpy’Nut est un exemple emblématique de ce type de collaboration : en 1998, une pâte nutritionnelle à base d’arachide est développée suite aux travaux de recherche conjoints de l’IRD et de l’entreprise Nutriset. Résulte de cette collaboration le Plumpy’Nut, produit qui, sur la seule année 2016, a permis de traiter deux millions d’enfants atteints de malnutrition aigüe. Cet exemple illustre l’apport concret et direct que peut avoir la recherche pour le développement lorsqu’elle s’associe à une entreprise à impact social.

Face à l’urgence, il faut aujourd’hui revitaliser cette relation sciences-société qui est loin d’être naturelle ou aisée. Car les chercheurs, en répondant aux incitations de leur communauté (évaluation par les publications ou les brevets déposés et non par l’impact sociétal de leurs travaux) ne sont pas suffisamment à l’écoute des besoins, ni en quête de de solutions. La recherche et la société sont trop éloignées, ce qui génère alternativement une confiance aveugle et une défiance absolue à l’égard des chercheurs. Une autre forme de relation, délibérément coopérative, est aujourd’hui nécessaire : il s’agit de coconstruire des solutions entre acteurs engagés, citoyens et chercheurs. L’innovation qui sera réellement porteuse de progrès (humain) naîtra de la rencontre entre des acteurs dissemblables mais complémentaires. Pour que cette rencontre soit féconde, de nouvelles formes de travail, de rencontre et de collaboration sont nécessaires.

 

 

Les Campus de l’innovation pour la planète: des lieux d’innovation au service du bien commun

Fort de ce constat, l’IRD a réorienté, en 2016, sa politique de valorisation de la recherche pour en renforcer l’impact sociétal. Il la met notamment en œuvre dans le cadre de ses Campus de l’innovation pour la planète. L’objectif de ces campus : disposer de lieux et d’outils innovants facilitant les rencontres et les expérimentations entre chercheurs, entrepreneurs sociaux, représentants d’ONG et autres acteurs de terrain. Le campus de Bondy, fer de lance de cette politique, a été rejoint en 2017 par des campus partenaires situés à Dakar et Ouagadougou (ce dernier bénéficiant d’un financement du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères). Après un an d’activité, le constat est sans appel : ce type de lieu peut rapidement favoriser l’émergence de solutions concrètes. À titre d’exemple, lors des journées de rencontres The Future Of Water, programmes de recherche collaborative créés par l’entreprise sociale SoScience, partenaire des Campus de l’Innovation, Abdou Maman (fondateur de l’entreprise sociale nigérienne Tech-Innov) et Geoffroy Lesage (enseignant-chercheur à l’université de Montpellier) ont décidé de s’associer. Ils collaborent pour démontrer la faisabilité de systèmes décentralisés de traitement des eaux usées, à faible coût et économes en énergie, favorisant la sécurité sanitaire des communautés rurales sahéliennes mal desservies. Ils travaillent aujourd’hui à l’intégration d’un traitement par membrane gravitaire, développé par Geoffroy Lesage, aux technologies utilisées sur le terrain par Tech-Innov. Un bel exemple de partenariat de recherche entre un laboratoire et une entreprise sociale !

Au service du développement, et plus largement au service du bien commun, le monde académique doit repenser ses liens avec les acteurs de terrain. La mise en place des Campus de l’innovation pour la planète est une expérimentation qui prouve qu’il est possible d’obtenir des résultats dans un temps court et surtout que l’appétence de tous les acteurs pour ces collaborations existe. D’autres instituts de recherche, associations et entreprises, engagent désormais des actions pour une innovation responsable. Plus nous serons nombreux à mettre en œuvre ces nouvelles formes de cocréation de solutions et plus nous pouvons espérer atteindre les objectifs de l’Agenda 2030 de façon inclusive et durable.

 

 

 Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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