Comment les territoires ruraux peuvent-ils contribuer, localement comme globalement, à l’atteinte des Objectifs de développement durable ? C’est la question que pose l’ouvrage Des territoires vivants pour transformer le monde (Cirad et AFD).

Photo © Cyril Le Tourneur d’Ison
Photo © Cyril Le Tourneur d’Ison

Chaque année, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Agence française de développement (AFD) publient un ouvrage dans la collection « Agricultures et défis du monde » des éditions Quae. L’objectif : mettre en avant les derniers résultats de la recherche et éclairer ainsi la prise de décision politique en matière de développement durable.

Après les agricultures familiales, le changement climatique et la relation entre les filières agricoles et le développement durable, le Cirad et l’AFD se sont intéressés en 2016 à la notion de « territoire ». Comment les territoires ruraux peuvent-ils contribuer, localement comme globalement, à l’atteinte des Objectifs de développement durable ? C’est la question que pose l’ouvrage Des territoires vivants pour transformer le monde qui sera présenté le 27 février à Paris à l’occasion du Salon international de l’agriculture.

Patrick Caron, géographe au Cirad et président du groupe d’experts de haut niveau (HLPE) du Comité des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale, revient sur cette piste de réflexion.

 

Pourquoi s’intéresser aux territoires ruraux ?

Ces dernières années, une grande attention a été portée aux enjeux de croissance urbaine et au rôle des villes dans la mise en œuvre du développement durable. Ces questions sont évidemment très importantes. Mais elles ne doivent pas nous faire oublier que les territoires ruraux sont également un levier majeur du développement durable.

Ce sont des espaces où de nouvelles formes de gouvernance s’inventent. Ce sont des espaces pourvoyeurs de services économiques, sociaux et environnementaux, essentiels à la paix et à la cohésion sociale.

À l’heure où les mutations accélérées de notre planète, et en particulier l’urbanisation, soulèvent de nombreuses questions, il nous semble important de s’intéresser à la capacité des territoires ruraux à contribuer, localement comme globalement, à l’atteinte des Objectifs de développement durable. Notre conviction est qu’il n’y aura ni prospérité, ni paix, y compris en ville, sans ruralités florissantes.

Concrètement, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit de mieux comprendre et exploiter les dynamiques et richesses territoriales. Par exemple il s’agit de savoir comment s’appuyer à l’échelle territoriale sur des constructions collectives pour organiser la production agricole, gérer des ressources foncières, hydriques, pastorales ou forestières. L’hypothèse forte, derrière cet ouvrage, est que les territoires représentent des espaces majeurs d’expérimentation et d’innovation technique, organisationnelle ou politique, et qu’à ce titre ils sont un levier fort de transformation pour atteindre les ODD.

Nous ne cherchons pas pour autant à faire du territoire un objet idyllique. Le territoire est aussi un champ de lutte qui peut générer exclusion et marginalisation de certains. Ce qui nous intéresse est de savoir quand et comment il peut devenir ce levier d’action vers le développement durable.

 

Mais quel est le levier d’action le plus important à l’échelle du territoire, entre le secteur privé et les politiques publiques ?

Quand on parle de régulation pour le développement durable, on pense souvent à l’État d’un côté et au marché de l’autre. À la fin du xxe siècle, Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, a avancé la théorie des communs comme troisième voie de régulation. La manière dont nous concevons le territoire ici se rapproche de cette conception. Le territoire, au même titre que l’État et le marché, offre un espace de régulation complémentaire et non exclusif de ces deux registres.

Dans notre ouvrage précédent sur les filières et le développement durable, il est ressorti que c’est à l’intersection des filières et des territoires que peuvent se construire des dynamiques vertueuses, en renforçant notamment l’implication des acteurs. Le nouvel ouvrage confirme notre analyse : le contrôle, par les acteurs du territoire, des dynamiques économiques est essentiel. En articulant les dynamiques économiques des filières et la capacité des acteurs du territoire à les maîtriser et à en faire un atout, on peut ainsi concevoir des innovations originales et faire du territoire une forme de régulation pour le développement durable.

 

 

Les bailleurs de fonds doivent-ils repenser leurs politiques en fonction des territoires ?

L’enjeu de l’ouvrage est de partager avec les bailleurs de fonds et l’ensemble des acteurs du développement la conviction que l’on tient une piste importante. Investir en appui aux territoires paraît d’autant plus important que la question agricole et rurale a été largement délaissée ces dernières années, avec un effondrement dramatique des soutiens publics à ce secteur.

Le désinvestissement global de l’aide publique dans les zones rurales avait déjà été évoqué dans un rapport sur l’état du développement dans le monde publié en 2008 par la Banque mondiale, juste avant les émeutes dites de la faim dans 37 pays à travers le monde, en raison de la volatilité excessive des prix des céréales et d’un pouvoir d’achat limité en milieu urbain. En 2013, un rapport du groupe d’experts de haut niveau du Comité des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale soulignait également le danger d’un tel désinvestissement.

Au-delà des bailleurs de fonds, la question concerne également les États. Des engagements ambitieux ont été pris par les chefs d’États africains, notamment à Maputo en 2003 : les États africains se sont en effet engagés à allouer au moins 10 % de leurs dépenses publiques à l’agriculture. L’engagement a été réitéré en 2014 à Malabo, mais dans la plupart des cas nous n’y sommes pas aujourd’hui.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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