Pauline de la Cruz - Batik International
Pauline de la Cruz - Batik International

C’est la question qui était posée l’an dernier aux participants du colloque organisé par le Ministère des Affaires étrangères français qui souhaitait, à la veille de la journée du 8 mars, « rendre hommage au rôle des femmes dans les printemps arabes et marquer son attachement aux libertés qu’elles conquièrent à cette occasion ».

Un an plus tard, les menaces qui pèsent sur ces libertés sont plus présentes que jamais et, dans de nombreux pays de la région, les droits des femmes sont remis en question. Les crises économiques qui frappent aujourd’hui la Tunisie et l’Égypte sont une autre forme de violence au quotidien pour les populations, impatientes de voir s’achever la transition.

La pauvreté n’est ni une question de sexe, ni de genre

Pourtant, un nombre croissant de recherches montre que le renforcement du rôle économique des femmes stimule les économies nationales. Dans son discours de clôture des Assises du développement et de la solidarité internationale le 1er mars, François Hollande a rappelé que « lorsque l’aide passe par les femmes, elle est souvent plus efficace et plus durable et mise au service également de l’éducation des enfants ». C’est pourquoi, parmi les trois objectifs affichés par le président dans les orientations de la politique de développement, « la promotion des femmes est un critère de notre aide ».

Depuis 2004, BATIK International accompagne des acteurs locaux des pays de la rive sud de la Méditerranée dans la mise en œuvre de projets favorisant l’indépendance économique des femmes. Répondre aux besoins pratiques et économiques (grâce à l’accès aux ressources) n’est pas une fin en soi, mais participe d’une stratégie d’évolution de la situation des femmes qui contribue, à plus ou moins long terme, à répondre aux besoins stratégiques (droits politiques, protection juridique, etc.). L’indépendance économique des femmes exerce un véritable effet levier sur leur indépendance sociale, politique et familiale à condition que l’accès aux ressources s’accompagne d’un contrôle de celles-ci.

Accompagner les femmes pour renforcer leur rôle

C’est pour présenter l’un des ces projets, Genre et économie Pluri’Elles (soutenu par l’Agence Française de Développement et par la Commission européenne), mis en œuvre au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Égypte, que BATIK International avait été invité le 7 mars 2012 pour débattre des conditions de l’autonomie économique des femmes dans la région.

Élaboré et initié avant les révolutions du printemps arabe, ce projet a mis l’accent sur la complémentarité des approches économique et sociale dans l’accompagnement des femmes. C’est bien cette approche globale de l’accompagnement qui répond tant aux besoins sociaux (accès aux soins, à l’éducation pour leurs enfants, à une médiation ou assistance juridique en cas de violence, etc.) qu’économiques des femmes qui permet le passage de l’accès au contrôle des ressources.

Cette approche favorise un renforcement du rôle des femmes dans la prise de décision au sein du foyer et de la communauté.

Malgré les menaces actuelles sur leurs libertés, les crises économiques poussent les femmes à chercher un emploi ou à créer une activité. Par le biais de l’accompagnement global, le développement économique devient vecteur d’empowerment et de défense des droits des femmes. Elles retrouvent ainsi une place stratégique dans les processus de transition démocratique.

Ce dispositif d’accompagnement est enrichi d’actions de sensibilisation en direction des acteurs privés et publics du monde économique, principaux acteurs de l’évolution des politiques publiques en matière d’égalité économique.

Enfin, les partenaires locaux du projet Genre et économie Pluri’Elles s’inscrivent dans des dynamiques de partage d’expériences au niveau régional qui favorisent l’innovation et le dialogue entre les cultures et les populations. Cette mise en réseau franchit la Méditerranée puisque le 23 mai prochain, BATIK International organise, à Paris, un forum d’échanges entre acteurs franciliens et méditerranéens sur les enjeux de l’insertion économique des femmes.

Accompagnement global, pluri-acteurs, échanges sud-sud et nord-sud, sont les trois facteurs de réussite complémentaires de ce type de projets. Si le facteur pluri-acteurs est actuellement bien soutenu par les partenaires publics, cela l’est moins pour les deux autres. L’aide au développement soutient de moins en moins les projets axés sur les questions sociales et les échanges entre pays sont difficiles à développer car ils sont coûteux et souffrent des entraves à la libre circulation des personnes.

La participation active des femmes aux révolutions du printemps arabe a mis en lumière le combat quotidien qu’elles mènent, autrefois dans l’ombre, pour le respect de leurs droits. Les crises politiques et économiques ont rapidement renforcé les menaces sur ces libertés nouvellement revendiquées. Le soutien aux organisations de la société civile qui accompagnent ces femmes dans leur combat pour l’autonomie doit tenir compte de l’indispensable prise en charge des questions sociales : c’est à cette condition que les femmes pourront encore dans les années à venir être actrices à part entière des transitions démocratiques.

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