La pollution plastique est un défi environnemental majeur et malgré des initiatives encourageantes, la gestion des déchets reste complexe. Masques, matériel médical, gants… autant d’objets non recyclables qui matérialisent le lien entre crise du plastique et Covid.

In Jakarta, Indonesia, on July 21, 2019. Activists are trying to alert their fellow citizens about the harmfulness of single-use plastics. (Photo by ADEK BERRY / AFP)
In Jakarta, Indonesia, on July 21, 2019. Activists are trying to alert their fellow citizens about the harmfulness of single-use plastics. (Photo by ADEK BERRY / AFP)

Dans les eaux, la pollution plastique est un danger mortel pour la faune marine et l’avifaune. Sur terre, les déchets jonchent les littoraux et les microparticules de plastique présentes dans l’eau potable comme dans les airs menacent la santé humaine. Omniprésents, les déchets plastiques constituent même ce qu’on appelle désormais le 7e continent. Et à long terme, le plastique, succès industriel, rime avec crise économique, notamment dans le secteur du tourisme.

 

Face à la crise du plastique, quelles réponses ?

Bon marché, polyvalent et fiable, le plastique est un matériau de choix dont la production s’est intensifiée dans les années 1950, marquant l’essor de la pétrochimie. Selon les estimations, d’ici 2050, cette industrie rejettera 2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, soit bien plus que l’industrie du transport. Principalement fabriqué à partir de pétrole, le plastique est aussi la preuve de la dépendance planétaire aux matières premières extrêmement polluantes.

Sensibles et sensibilisés aux enjeux écologiques, économiques et sociétaux de la crise du plastique, les gouvernements tentent de répondre au problème. La Commission européenne a ainsi voté un projet de directive pour interdire la vente de produits en plastique à usage unique en 2021. La directive fixe aussi aux États membres l’objectif de collecter 90 % des bouteilles en plastique d’ici 2029. En Afrique, 34 pays ont pris la décision de bannir le sac plastique en interdisant sa fabrication et sa distribution.

À l’échelle internationale, les pays membres de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement ont signé en 2018 un accord sur la réduction de l’usage du plastique, qui consacre quatre résolutions aux déchets marins et microplastiques. La même année, le G7 a, quant à lui, élaboré une charte sur les plastiques dans les océans. Autant de progrès notables et significatifs mais sans réels impacts en l’absence d’un consensus international.

 

Gestion des déchets plastiques : on se décharge, du Nord au Sud

Selon Glen Wright, chercheur en politique internationale de l’Océan à l’Iddri, « le cadre international est assez fragmenté et mal adapté à la pollution plastique des océans ». Que ce soit la Convention de Londres sur la prévention de la pollution des mers ou la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination, aucun instrument de lutte contre la pollution plastique ne fournit de réponse globale au problème.

 

 

À cette réponse fragmentée, s’ajoute le fait que l’économie de traitement des déchets est sous pression. Dans l’incapacité de recycler la totalité des déchets plastiques produits, certains pays industrialisés du Nord exportaient massivement leurs rebuts, notamment vers l’Asie. Mais dans une volonté de lutter contre la pollution plastique et incapables d’accueillir le nombre grandissant de détritus, la Chine et ses voisins ont restreint les flux d’importation de déchets laissant le recyclage mondial en plein chaos. Un embargo qui vise surtout à interdire l’entrée de certains types de déchets sur leurs territoires.

Ailleurs dans les pays en développement, décharges publiques ou illégales pullulent faute de budgets gouvernementaux permettant la mise en place de systèmes formels de collecte et de recyclage efficaces. L’humanité produit plus de déchets en plastique que l’industrie du recyclage ne peut supporter.

 

Un avant et un après Covid-19 : de mal en pis ?

D’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), sur 8,3 milliards de tonnes de plastique produites depuis les années 1950, 79 % sont déjà passés à l’état de déchets et seuls 9 % de l’intégralité des déchets produits à ce jour ont pu être recyclés – car tous les plastiques ne se recyclent pas. Une situation encore aggravée par la pandémie de coronavirus.

Emballages, suremballages, masques, visières, protections pour les commerçants et plexiglas ont été produits en masse pour se prémunir du virus. Faussement perçu par beaucoup comme incontournable, ce retour en force du plastique jetable à usage unique est un pas en arrière important dans la lutte contre la pollution plastique. Les scientifiques craignent le renforcement dramatique de la pollution plastique, pourtant déjà considérée par le PNUE comme l’un des plus grands fléaux environnementaux de notre temps.

Si la crise sanitaire du Covid-19 aggrave la pollution plastique, elle s’accompagne aussi d’un regain de prise de conscience. Des solutions comme la modification des matériaux de fabrication impurs en matériaux recyclables, l’utilisation de masques et de gants réutilisables ou le tri sélectif sont recommandées. Quant à la mise en place de réseaux économiques circulaires à long terme, elle apparaît comme une réponse viable mais nécessite l’implication de tous les acteurs concernés : publics, privés, locaux et internationaux.

 

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