L’approche One Health invite à penser la santé autrement. Explications sur cette lecture de l’interdépendance entre hommes, animaux et écosystèmes.

Comment penser la santé dans un monde où les dynamiques démographiques, écologiques et sociales accroissent les pressions à l’interface entre les hommes, les animaux et la nature ? L’approche « One Health » appelle à renouveler notre vision de la santé. Cela commence par la reconnaissance de l’interdépendance du bien-être des populations humaines avec celui des êtres vivants et écosystèmes qui nous entourent.

 

La santé, un bien-être global partagé par les hommes, les animaux et les écosystèmes

La santé, vécue par chacun et partagée par tous, est une priorité pour les populations du monde. Ce secteur tend à rester très anthropocentré, réduit aux maux et maladies des hommes. Or, notre vision de la santé a aujourd’hui tout intérêt à se renouveler au regard des dynamiques démographiques, écologiques et sociales qui animent le monde. Force est de rappeler l’aspect multidimensionnel et positif de la santé : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la définissait dès 1946 comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et pas seulement comme une absence de maladie ou d’infirmité ». Au tournant du xxie siècle, est venue s’ajouter à cette idée l’interdépendance entre ce bien-être humain et la santé animale ainsi que celle des écosystèmes. Plusieurs approches conceptuelles de la santé se développent, en particulier l’approche « One Health/Une seule santé ». Ce concept a émergé ces dix dernières années dans les travaux de trois organisations internationales – l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – ainsi que dans les stratégies de plusieurs États (France, Viêt Nam, Union européenne…). Cette approche « One Health » rappelle que la santé humaine ne peut être envisagée seule et qu’elle est intimement liée aux santés animale et écosystémique.

Cette idée n’est pas fondamentalement nouvelle et renvoie à des conceptions antiques de la santé, oubliées et peu appliquées. L’association de la santé à un bien-être global partagé par les hommes, les animaux et les écosystèmes est particulièrement percutante dans un monde en mutation où les réflexions et l’expertise tendent à opérer en silos.

 

 

Figure 1 : Diagramme des interfaces « One Health »
Référence : Inspiré de Destoumieux Garzon D. et al., Frontiers in Veterinary Science, 2018

 

 

L’accroissement des pressions entre les hommes, les animaux et l’environnement

Une vision renouvelée « One Health » est aujourd’hui nécessaire en raison d’un ensemble de facteurs anthropiques. Les pressions à l’interface entre les hommes, les animaux et leurs environnements augmentent et nuisent à la santé. La pression démographique, l’urbanisation croissante, les migrations et les circulations accrues sont autant d’éléments de la mondialisation qui brisent les barrières et démultiplient les contacts entre les hommes, les animaux et les espaces naturels. À cela s’ajoutent les pollutions et certains modes de production qui participent à l’érosion de la biodiversité. Le changement climatique et les catastrophes naturelles transforment le visage de la planète et modifient les interfaces hommes-nature. Tous ces éléments impactent à différents niveaux les écosystèmes et avec eux le bien-être global. Ils entraînent des risques de (ré)émergence de maladies et de diffusion d’agents pathogènes résistants aux médicaments.

C’est dans ce contexte qu’une sensibilité pour l’approche « One Health » se dessine sur la scène internationale. Elle rappelle que deux tiers des maladies infectieuses humaines sont issues des animaux (les « zoonoses »), une valeur qui atteint même 75 % dans le cas des maladies infectieuses émergentes. Plusieurs épidémies transfrontalières comme la grippe aviaire ou plus récemment Ebola ont illustré ce passage fluide du règne animal vers les populations humaines dans des contextes environnementaux favorables. Les résistances antimicrobiennes croissantes peuvent aussi se diffuser entre les animaux, l’alimentation, les vecteurs environnementaux et les humains et ont contribué à éveiller une conscience « One Health ». La précarité de la condition animale induite par certains modes d’élevage dans des environnements insalubres mène en effet à une utilisation excessive d’antibiotiques qui  peut nuire à la santé et au bien-être humains par le biais de l’alimentation. Néanmoins, cette approche intégratrice va au-delà des zoonoses et de la résistance antimicrobienne en mettant la santé en perspective avec les grands enjeux environnementaux et climatiques.

 

Figure 2 : L’iceberg « One Health » : des sujets émergés et émergents
Crédit image : Jeremy Wanner

 

De la conservation de la biodiversité…

L’approche « One Health » invite à réfléchir aux liens entre la biodiversité, reflet d’un écosystème en bonne santé, et les santés humaine et animale. Ces liens sont tangibles dans le domaine de la nutrition : la biodiversité est essentielle à une production agricole variée et durable qui permet des régimes alimentaires riches en nutriments. La biodiversité est aussi une ressource précieuse de la recherche médicale et de la médecine traditionnelle. Son érosion peut agir sur les réservoirs d’agents infectieux et donc sur la diffusion de maladies.

Lien souvent négligé entre la biodiversité et la santé humaine, les micro-organismes sont la forme la plus abondante de biodiversité sur terre. L’importance de la microflore humaine pour le système immunitaire, son rôle dans les maladies non transmissibles et ses liens avec la biodiversité des écosystèmes à plus large échelle sont autant de pistes à approfondir autour du nexus biodiversité-santé. Il en va de même pour les liens entre la biodiversité urbaine et la santé physiologique et mentale, parfois décrits comme les cobénéfices spirituels de la biodiversité.

 

 

« L’approche « One Health » invite à réfléchir aux liens entre la biodiversité, reflet d’un écosystème en bonne santé, et les santés humaine et animale.Elle appelle également à considérer les impacts sanitaires du changement climatique. »
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… à l’adaptation au changement climatique

L’approche « One Health » appelle également à considérer les impacts sanitaires du changement climatique. Sans cette anticipation et le développement de systèmes de santé plus résilients, aucune stratégie d’adaptation au changement climatique ne pourra être véritablement efficace. Les nombreux effets du réchauffement planétaire sur les santés humaine et animale sont déjà ressentis et anticipés. Les chaleurs extrêmes entraînent une hausse des maladies cardio-vasculaires ou respiratoires, et les catastrophes naturelles et les fortes précipitations favorisent les maladies à transmission hydrique. Le changement climatique a aussi la capacité de modifier la répartition géographique de certaines espèces comme les moustiques vecteurs des maladies telles que le paludisme et le chikungunya.

 

Les enjeux et opportunités de l’approche « One Health » pour le développement

L’approche « One Health » a bénéficié ces dix dernières années d’une attention et d’un soutien accrus. Elle se caractérise principalement par la formation d’une alliance tripartite « One Health » par l’OMS, l’OIE et la FAO en 2010. Les acteurs du développement s’y intéressent aussi de plus en plus, en particulier la Banque mondiale.

La mise en pratique de l’approche n’en est toutefois qu’à ses débuts. Elle se limite en général à la gestion des zoonoses via le renforcement d’une surveillance coordonnée en santé humaine et animale et de systèmes de riposte plus robustes et collaboratifs. C’est le cas par exemple du programme « REDISSE » de la Banque mondiale en Afrique de l’Ouest, ou du réseau d’investigation et de surveillance épidémiologique régional « SEGA » soutenu par l’AFD dans l’océan Indien.

Quelques expériences pilotes émergent en lien avec les préoccupations environnementales et climatiques de l’approche. On peut citer par exemple le nouveau projet du Fonds français pour l’environnement mondial au nord du parc national de Kibale en Ouganda. Son objectif est de développer des filières d’agroécologie et de protéger la biodiversité tout en surveillant l’impact sur la santé humaine et animale de l’exposition aux polluants chimiques issus des pratiques agricoles.

Beaucoup reste à faire pour répondre au double défi porté par l’approche « One Health », à savoir renouveler notre vision de la santé et démontrer que ce changement peut s’accompagner d’actions concrètes. Les acteurs du développement ont un rôle majeur à jouer afin qu’elle bénéficie aux régions du monde les plus fragiles. Ce travail doit passer par un véritable dialogue intersectoriel pour davantage de collaboration interdisciplinaire dans le champ de la santé. L’AFD et ses partenaires sont en mesure de faire vivre et évoluer ces discussions passionnantes mais surtout nécessaires dans la construction d’un monde en commun.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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