Les océans recouvrent 71 % de la surface de la planète et représentent une source de revenus estimée à 2 500 milliards de dollars par an selon le WWF. Impactés par le réchauffement climatique et les activités humaines, ils sont de plus en plus menacés. Pourtant, les solutions existent.

Océans au bord de l’épuisement

Deux tiers de l’oxygène que nous respirons sont produits grâce aux phytoplanctons des océans. Ils absorbent aussi environ 30 % du CO2 produit par les humains, atténuant les impacts terrestres du réchauffement climatique. Mais « on ne sait pas jusqu’à quand [l’océan] va pouvoir stocker toujours plus de CO2, car cela provoque une acidification de l’écosystème, avec des conséquences fortes sur la biodiversité » : comme l’explique Françoise Gaill, chercheuse au CNRS, cet effet-tampon se paye cher.

 

 

L’augmentation de la température des eaux océaniques est en effet de plus en plus préoccupante car ses conséquences sont loin d’être anodines. Elle contribue notamment à la baisse de leur teneur en oxygène. Il y a aujourd’hui quatre fois plus de zones océaniques mortes (dépourvues d’oxygène) qu’il y a 50 ans. Les zones marines côtières à faible teneur en oxygène sont aussi dix fois plus nombreuses qu’en 1950. La vie s’y raréfie et les bactéries s’y multiplient, se nourrissant des pollutions humaines (eaux usées et résidus agricoles). Les organismes marins quittent donc ces zones pour éviter d’y mourir asphyxiés, s’exposant aux prédateurs des autres milieux marins et à la pêche. La pêche a d’ailleurs elle aussi quadruplé depuis 1950 et les ressources s’amenuisent : 82 millions de tonnes de poissons par an sont pêchées chaque année, plus de 50 % des océans sont exploités par de grands chalutiers industriels et la consommation de poisson des pays développés augmentant, leurs importations croissent. Or, à l’autre bout de la chaîne, des millions de personnes dépendent du poisson pour leur apport en protéines, sans alternative possible, selon WWF.

Quant à la pollution des eaux, prenons l’exemple des plastiques, qui a récemment fait la une des médias et ne fait qu’aggraver la situation des écosystèmes : en 2014, 269 000 tonnes de plastiques flottaient sur les eaux du globe. Ces déchets de tailles variées sont entraînés au cœur de gyres océaniques par des courants marins convergents et forment de véritables continents de plastiques. Les macro-plastiques sont de véritables pièges pour les animaux marins – 90 % des oiseaux marins auraient déjà ingéré du plastique ; les micro-plastiques, eux, sont ingérés par les organismes marins et contaminent toute la chaîne alimentaire, jusqu’à nos assiettes.

 

Préserver les océans : une ambition internationale

Les océans et leurs ressources sont par nature partagés, les risques et les conséquences de leur dégradation sont mutualisés, les solutions doivent être communes. C’est bien parce que l’enjeu est global qu’un objectif de développement durable leur est consacré depuis septembre 2015. Ainsi, l’ODD 14 vise à « conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable ».

Les aires marines protégées (AMP), créées par la Convention sur la diversité biologique (CDB) en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio, sont des havres de biodiversité où pêche et exploitation sont gérées voire interdites dans un but de préservation et de restauration des écosystèmes marins. Une étude internationale sur leurs impacts vient d’être conduite : « on en conclut que les AMP peuvent effectivement contribuer à l’atténuation des bouleversements en cours », rapporte Philippe Cury de l’Institut de recherche pour le développement.

Dans ces zones protégées, la vie reprend ses droits et l’intégralité de l’écosystème en bénéficie, du phytoplancton aux humains qui vivent de la pêche dans un périmètre proche. Les AMP sont donc véritablement à considérer comme « un investissement réalisé par la société et qui bénéficie à certains acteurs », explique Jean Boncoeur, professeur au Centre de droit et d’économie de la mer (Cedem) en 2012.

 

 

Il existe aujourd’hui plus de 15 000 AMP dans le monde, ce qui représente près de 7 % de la surface océanique. L’objectif de la CDB est fixé à 10 % de la surface océanique protégée en 2020. Isabelle Autissier, militante WWF et ancienne navigatrice, rappelle que l’ONG plaide pour que les AMP couvrent 30 % des océans d’ici 2050 et estime que les gains seraient de l’ordre 850 milliards d’euros par an.

Selon Dan Laffoley, vice-président de la Commission mondiale des aires protégées de l’Union internationale pour la conservation de la nature, « les changements dans l’océan se font cinq fois plus vite que dans n’importe quel écosystème terrestre ». C’est dire s’il est urgent d’agir, mais ce ratio donne aussi des raisons d’espérer : les effets des réparations seront rapidement visibles.

 

A lire aussi : 
L'eau, un défi mondial

 

Découvrez chaque mois sur ID4D les « Actualités du développement », qui proposent un bref état des lieux sur un sujet d’actualité, et les «Revues de presse », qui présentent une sélection d’articles web de réflexions et de décryptages.

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda