Alors que la productivité agricole et la sécurité alimentaire mondiale sont compromises par le changement climatique, les NBT (new breeding techniques) représentent aux yeux de certains LA solution d’avenir pour répondre à ces défis. Pour d’autres, ces « nouveaux OGM » menacent la biodiversité et les consommateurs.

Des membres de l'ONG environnementale Greenpeace France devant le ministère français de la Transition écologique à Paris le 26 avril 2021, pour demander au gouvernement une réglementation de tous les nouveaux OGM. (Photo par GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Des membres de l'ONG environnementale Greenpeace France devant le ministère français de la Transition écologique à Paris le 26 avril 2021, pour demander au gouvernement une réglementation de tous les nouveaux OGM. (Photo par GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Les NBT, plus communément appelées « les nouveaux OGM », sont une technique récente de sélection génomique. Il ne s’agit plus d’implanter des gènes d’espèces étrangères dans un végétal (transgénèse) mais d’en éditer directement l’ADN pour faire de la sélection accélérée (mutagenèse). Avec les NBT, on vient en fait modifier un gène déjà présent dans la plante. Ce qui, pour ses défenseurs, revient à dire qu’il ne s’agit pas à proprement parler de modification génétique. Le ministre français de l’agriculture, Julien Denormandie, ne dit pas autre chose : « une plante issue des NBT est une plante qui, un jour donné, dans un endroit donné du globe, aurait pu apparaître ou être développée par des méthodes classiques de sélection variétale… »

L’une des techniques de mutagenèse les plus connues est Crispr-Cas9, distinguée par le prix Nobel de chimie en 2020. Les possibilités qui lui sont associées sont légion : des cultures plus résistantes aux herbicides et aux maladies, des tomates plus sucrées, du soja contenant moins d’acides gras, etc. Par rapport aux « anciens OGM », les NBT seraient aussi beaucoup moins onéreux, plus rapides et bien plus efficaces, permettant d’obtenir de nouvelles variétés plus rapidement et de diminuer les coûts pour les agriculteurs.

 

Le génie génétique au défi du réchauffement climatique

Argument phare des promoteurs de cette technique : elle pourrait rendre les cultures moins consommatrices en eau et donc plus adaptées à la situation climatique. De là à les dire plus durables, il n’y a qu’un pas. Pour le président du Groupement national interprofessionnel des semences, François Desprez, « l’accompagnement de la transition écologique serait plus compliqué, plus lent, moins vigoureux [sans] utiliser la mutagenèse et les NBT ».

 

 

Partout en Europe, industriels et politiques de tous bords poussent pour une réglementation plus moderne de ces nouveaux OGM. En Allemagne, plus de 20 membres du parti des Verts ont signé en 2020 une tribune pro-NBT. Selon eux, face aux défis du changement climatique, il est impossible d’ignorer les nouvelles technologies.

 

La Commission européenne entrouvre la porte aux NBT

En février 2020, le Conseil d’État français indiquait qu’il fallait inclure les NBT dans la réglementation OGM : jusque-là, ils échappaient en effet aux règles strictes appliquées aux OGM et avaient donc commencé à proliférer. Une décision qui a notamment affecté des variétés de colza et de tournesol tolérantes aux herbicides. Au moment du jugement, celles-ci représentaient déjà respectivement 20 à 30 % de la surface plantée en graines de tournesol et 2 à 5 % de la surface plantée en colza.

Mais dans un rapport qui vient de paraître (le 29 avril 2021), la Commission européenne a émis un avis favorable à l’utilisation des NBT. Selon ce rapport, la réglementation de 2001 qui encadre les OGM n’est pas adaptée aux nouvelles techniques de sélection variétale. Toutefois, la Commission souligne que des questions se posent sur la coexistence de ces NBT avec l’agriculture biologique et sans OGM, notamment sur l’inter-perméabilité entre ces deux approches et cultures. Cette interrogation, liée en grande partie à la non-traçabilité des produits issus des NBT, renvoie à un autre sujet de préoccupation : l’étiquetage et le droit des consommateurs à l’information et à la liberté de choix.

 

Liberté, biodiversité, santé : la société civile veille

Les ONG sont vent debout pour alerter sur les menaces que cachent, selon elles, les NBT. Greenpeace retourne ainsi l’un des arguments phares des pro-NBT, qui invitent à se focaliser sur le résultat (une plante qui présente zéro trace d’intervention humaine après modification génétique) plutôt que sur la technique : « C’est justement la technique qui engendre le risque d’erreurs génétiques, indépendamment de l’introduction ou non d’un gène étranger. », affirme l’ONG. Christophe Noisette, de l’association Inf’OGM, prolonge le raisonnement : « S’il en faut [du temps] pour qu’une plante s’adapte à un champ, il faudra prendre ce temps. Parce que les variétés qui se sont configurées sur plusieurs générations ont une plus forte résilience. Les plantes issues d’une accélération du temps ont besoin de « béquilles chimiques » et ne nous aider[ont] pas à lutter contre le changement climatique ».

Les avantages relatifs au développement durable avancés par les défenseurs des NBT ne font donc pas l’unanimité. Les ONG appellent à prendre le temps de l’étude et à ne pas jouer aux apprentis sorciers : « L’impact des organismes produits par ces nouvelles techniques sur notre environnement et sur notre santé est méconnu  », avance ainsi Greenpeace. Sans parler des inquiétudes liées à la non-traçabilité et à la désinformation des consommateurs finaux si les produits issus des NBT ne sont pas encadrés comme les OGM.

Enfin, ces « nouveaux OGM » posent la question du brevetage du vivant. Les semences produites grâce au génie génétique sont brevetables puisqu’elles relèvent d’une invention du semencier. Les principales industries agrochimiques, comme Syngenta, BASF ou Monsanto, ont déjà enregistré des dizaines de demandes de brevets auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi) pour des semences obtenues grâce aux NBT, selon un rapport de l’ONG TestBiotech.

La préemption de ce nouveau marché par ces géants n’est pas pour rassurer les détracteurs de organismes modifiés nouvelle génération. Perte massive de biodiversité, dépendance extrême des agriculteurs… Les dérives des pratiques commerciales de ces acteurs industriels sont déjà relativement connues du grand public.

 

 

Les opinions exprimées dans ce site sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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