Fillettes, adolescentes ou jeunes femmes, à la veille d’un mariage ou en voyage… Trois millions de femmes sont mutilées chaque année. Avant la Journée internationale pour l’élimination des mutilations génitales féminines, iD4D fait le point sur ces pratiques.

200 millions de filles et de femmes vivent mutilées dans le monde. D’après l’UNICEF, elles seront au moins 30 millions en plus dans dix ans. Les voix qui s’élèvent contre ces pratiques gagnent heureusement du terrain, mais la prévalence des mutilations génitales reste alarmante.

Une tradition patriarcale mondiale

Excision, clitoridectomie, infibulation… ne sont qu’une poignée des nombreuses mutilations génitales encore infligées aux filles et aux femmes dans une trentaine de pays. La majorité des victimes vivent en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. 5 % d’entre elles vivent en Europe et sont issues de familles immigrées qui perpétuent ces pratiques en dépit de la loi. Au Mali, en Mauritanie, en Gambie, en Guinée Bissau, à Djibouti et au Soudan, encore 40 % des petites filles de moins de 14 ans sont mutilées. Au Somaliland, dans la capitale, 82 % des filles subissent encore l’infibulation, dite « excision pharaonique » – la forme la plus grave de mutilation génitale.

L’OMS définit les mutilations génitales féminines ou MGF comme des « interventions qui altèrent ou lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales ». Ces mutilations qui mettent les filles et les femmes en danger de mort et engendrent de graves problèmes de santé physique et psychologique sont reconnues comme une violation des droits humains. « Quand on se permet de faire ça à une femme, on ne la considère plus tout à fait comme un être humain », affirme Pierre Foldès, chirurgien français qui a inventé une technique de reconstruction des appareils génitaux mutilés.

Ceux (et souvent celles) qui perpétuent ces pratiques traditionnelles patriarcales les justifient pourtant en évoquant la cohésion sociale, la beauté, l’hygiène, la santé ou encore le contrôle de la sexualité des femmes. Pour Pierre Foldès, la prévalence des mutilations génitales provient d’une « peur ancestrale qu’ont les hommes de la sexualité féminine ».

 

 

La loi face aux traditions

Dans de très nombreux pays, les États ont légiféré pour tenter d’éradiquer le phénomène. Une « fatwa » a été prononcée contre l’infibulation au Somaliland en février 2018. Au Burkina Faso, où ces pratiques sont criminelles depuis 1996, Amnesty International a recensé 48 filles souffrant de complications suites à des mutilations génitales en septembre 2018. 38 d’entre elles vivent dans la capitale.

Au Togo, comme dans tous les pays où elles ont cours, ces mutilations génitales étaient réalisées par des femmes jusqu’à la loi de criminalisation de 1998. D’anciennes exciseuses nient encore aujourd’hui les souffrances qu’elles ont infligées. « Les mutilations génitales sont profondément ancrées dans des coutumes rétrogrades qui persistent malgré l’avancée des législations en la matière », a déclaré l’an dernier « l’homme qui répare les femmes », le docteur Denis Mukwege qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2018 pour son travail et sa fondation Panzi en République démocratique du Congo.

Changer la législation ne suffira pas à transformer les pratiques. « Pendant longtemps, ces mutilations étaient vues comme relevant du domaine privé, mais pour créer le changement social, il faut les rendre publiques », explique Mariya Taher, victime et militante indienne.

 

Élever la voix

En Inde, où les mutilations génitales ne sont pas illégales, les femmes de la communauté Bohra ont créé l’ONG Sahiyo et lancé plusieurs pétitions pour briser le silence. Au Kurdistan irakien, l’ONG Wadi mène des actions de sensibilisation auprès des jeunes mères pour qu’elles refusent de reproduire sur leurs filles les violences qu’elles ont elles-mêmes subies de leurs mères.

Lors de la conférence internationale sur les mutilations génitales à Ouagadougou en octobre 2018, les acteurs politiques et associatifs du monde entier ont échangé sur les stratégies nationales à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif d’éradication des mutilations génitales féminines d’ici 2030 fixé par les Nations unies. Le travail conjoint des États et des acteurs de terrain commence à porter ses fruits. Une récente enquête de la revue British Medical Global Health révèle une baisse du nombre global de mutilations, particulièrement chez les enfants de moins de 14 ans.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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