La microfinance est peu mentionnée dans les textes solennellement adoptés par la communauté internationale. Elle est pourtant un outil essentiel pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) fixés en septembre 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies.

© Agrosolidaria
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Les 17 Objectifs de développement durable (ODD) visent un développement sobre ne laissant personne de côté, une société de progrès durable et partagé à l’échelle mondiale. Ils reposent sur un socle commun, doté de cibles quantifiées et mesurables, dans lequel tous peuvent s’inscrire.

 

Un secteur propice à la co-construction et aux synergies de services…

Les ODD sont un outil de mobilisation, un accélérateur d’action permettant de créer des dynamiques multi-acteurs. Ils rassemblent toutes les parties prenantes, y compris les personnes les plus vulnérables, en misant sur la complémentarité de la société civile, des territoires, des citoyens, des entreprises, des ONG et des collectivités. Car les problématiques de l’exclusion, de la pauvreté et du changement climatique ne sont pas indépendantes les unes des autres mais cumulent dans une large mesure leurs effets au détriment des pays et des personnes les plus défavorisés. Ils doivent donc être abordés de façon globale et intégrée. L’accès de tous à des outils financiers et à l’autonomie qui en découle est un levier central qui doit être encore renforcé et normé.

Au sein de Convergences, plus de 240 organisations de tous types travaillent collectivement au sein de groupes de travail, autour d’un objectif commun : celui d’un monde « Zéro exclusion, Zéro carbone, Zéro pauvreté », au Nord comme au Sud. Leurs membres contribuent à des groupes de travail qui centralisent et analysent les données des secteurs mobilisés pour le développement durable. La microfinance est le lieu de convergence historique entre les compétences des ONG, des banques et des Etats. De cette réflexion collective ressort chaque année le Baromètre de la Microfinance, qui présente en exclusivité les chiffres de la microfinance en France et en Europe. Quelles sont les principales tendances mises en avant dans cette nouvelle édition ?

Essor de la microfinance au Nord comme au Sud

La microfinance démontre à nouveau son fort impact avec une croissance estimée à deux chiffres pour 2015. Un développement significatif sur 2015 avec des encours qui progressent de 10 % et un nombre d’emprunteurs en hausse de 15,8 %. Un portefeuille qui est évalué à 87 milliards de dollars et 111 millions de clients en 2014.. Les pays en développement restent majoritairement concernés : l’Inde, le Pérou et le Vietnam sont sur le podium des pays emprunteurs ; l’Asie du Sud enregistre la plus grande progression et compte davantage d’emprunteurs que le reste du monde. On note un développement du secteur au Nord notamment grâce au Programme de l’UE pour l’emploi et l’innovation sociale (EaSI) : environ 20 000 microentreprises pourront bénéficier de prêts totalisant 237 millions d’euros grâce à ce dispositif selon les spécialistes du secteur .

Les Institutions financières non bancaires continuent de dominer le marché avec 43,3% du marché global contre 27% du marché détenu par des  banques et des organisations non gouvernementales (ONG).  Ces institutions étoffent l’offre de services avec des produits non-financiers et la micro-assurance pourrait révolutionner l’accès aux soins en Afrique de l’Ouest. Des exemples concrets, notamment en Inde avec l’institution de microfinance Ujjivan dans le domaine de l’éducation et le programme Watsan dans le domaine de l’accès à l’eau potable ou encore le Fonds de cohésion sociale en France illustrent le potentiel de cette palette d’outils financiers inclusifs.

 

 

Remettre l’utilisateur au cœur du système

Face à ce développement exponentiel, il est important de poursuivre les initiatives pour construire une microfinance responsable et réactive qui place les clients au cœur  des stratégies et actions du secteur. Facteur d’inclusion financière et favorisant l’accès aux services de base comme la santé, la sécurité alimentaire, l’éducation, l’énergie et l’habitat, le secteur confirme son rôle catalyseur pour un développement global et inclusif. Les outils doivent rester accessibles aux clients et aux acteurs non bancaires.

La responsabilité passe également par la rigueur de mesure de la performance sociale de l’outil, au-delà de son efficacité économique. Les normes universelles, références au niveau mondial en termes de pratiques rigoureuses de gestion de la performance sociale dans le secteur de la finance inclusive, sont de plus en plus utilisées par les acteurs historiques, mais insuffisamment maîtrisées par les acteurs entrants. Elles sont pourtant indispensables au développement d’une microfinance fidèle à son inspiration sociale d’origine, offrant des services de prêt, d’épargne, d’assurance adaptés et accessibles aux plus vulnérables, ainsi que des services non financiers qui contribuent à éradiquer la pauvreté en permettant aux plus démunis de développer des projets générateurs de revenus et en les accompagnant par des actions de formation et de conseil.

La microfinance contribuera ainsi à léguer un monde économiquement stable et viable aux générations futures et à diffuser de façon conséquente le bien-être, la santé et l’accès aux services de base. L’omniprésence de la finance responsable dans l’agenda 2030 relève, nous en sommes persuadés, d’un réel changement de perspective et non juste d’un effet de mode. C’est dans ce sens que Convergences continuera son action.

Cette tribune est le fruit du travail collégial de Convergences et des partenaires du Baromètre de la microfinance 2016, représentés par Florence Rainex, Directrice générale de la Fédération nationale des Caisses d’Epargne, Ann Miles, Directrice de l’Inclusion financière et de l’apprentissage des jeunes de la MasterCard Foundation, Christoph Pausch, Secrétaire exécutif de la Plateforme européenne de la microfinance (e-MFP) et Gaël Marteau, Directeur France de Oikocrédit. 

 

Le Baromètre de la microfinance en vidéo :

 

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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