Dix jours avant les élections présidentielles au Mali, iD4D revient sur la situation du pays depuis 2013, sur le conflit qui ne trouve pas d’issue et sur les perspectives qui semblent possibles.

Les élections présidentielles auront lieu le 29 juillet au Mali. Depuis 2012, le pays est en proie à l’islamisme dans le Nord et à la faillite de l’État mis en déroute par les djihadistes à plusieurs reprises. En 2017, l’ONU a encore recensé 63 attaques qualifiées de terroristes contre les forces armées maliennes, françaises et internationales. La situation est loin d’être apaisée.

 

Un État affaibli depuis des années

En 2012, quand Ansar Dine, un mouvement salafiste, prend le contrôle de Gao et de Tombouctou pour y imposer la loi islamique, le Gouvernement malien dénonce « la furie destructrice assimilable à des crimes de guerre ». Mais il ne peut pas réellement s’y opposer : l’armée est défaite et sous-équipée, et un coup d’État militaire vient d’avoir lieu.

Deux ans plus tard, Antoine Glaser, spécialiste de l’Afrique, déclare : « Le Gouvernement malien est totalement dépassé par ce qu’il se passe dans le pays ». Et ce, malgré la réponse de la France à l’appel à l’aide de Bamako depuis janvier 2013 et les reprises de plusieurs villes aux djihadistes. Les forces françaises déployées au Mali et dans le Sahel agissent encore aujourd’hui aux côtés de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Les accords de paix signés entre le Gouvernement du Mali et les rebelles touaregs en 2013 ont été remis en cause en 2014 par des attentats. Les accords d’Alger signés en juin 2015 à Bamako devraient être suffisants pour mettre le pays sur la voie de la sécurité mais, d’après Jean-Yves Le Drian, un manque de volonté politique empêche de transformer l’accord en réalité.

 

Les élections comme solution ?

À la veille des élections, l’espoir de la population malienne renaît, en particulier avec les discours de Soumaïla Cissé, chef de l’opposition et candidat à la présidence du Mali. Même s’il n’incarne pas vraiment le renouvellement, lui qui a 68 ans et qui a déjà été ministre à plusieurs reprises depuis 1993. D’autant que la liste des reproches de l’opposition au Gouvernement est longue et que son bilan divise : la déroute de l’armée, la défaillance de l’État, la corruption et l’absence totale de politiques sociales… Mais ceux qui dénoncent la corruption et l’immobilisme ne font pas non plus l’unanimité, comme Ras Bath par exemple.

Pourtant, pour Antoine Glaser, l’élection n’est pas magique : pour preuve, le fait qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu n’a rien changé à la fragmentation du pays ces dernières années : « Même s’il y a eu des élections et qu’un président a été élu, le pays est encore profondément déchiré. » D’ailleurs, AfricaNews relève que les récentes élections en Afrique se sont soldées par des heurts très violents. Pour Mamadou Ismaïla Konaté, avocat, le Mali ne prend pas la mesure des dangers d’une élection ratée dans un contexte politique et socio-économique fragile : le seul respect de la date prévue des élections ne suffira pas à apaiser le pays.

Alors que l’échéance approche, tous les électeurs ne sont pas sûrs de pouvoir participer au scrutin et les soupçons de fraudes à venir sont grands, notamment dans le Nord du pays. Les résultats se feront sans doute attendre le 29 juillet au soir, et le Mali comme la communauté internationale retiendront leur souffle.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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