La journée mondiale de l’eau est une occasion pour rappeler l’enjeu majeur que représente l’eau, l’eau qu’on boit, mais également l’eau qui pollue. Les efforts pour améliorer l’accès de la population à l’eau doivent être poursuivis : 36% de la population mondiale n’a toujours pas accès à des toilettes. En outre, les Objectifs du développement durable, qui feront suite aux Objectifs du millénaire pour le développement, devront considérer l’assainissement dans toutes ses composantes, y compris environnementale.

L’assainissement : où en est-on ?

Les OMD visaient un accès à un système d’assainissement amélioré pour 75% de la population mondiale d’ici 2015. Des progrès significatifs ont été réalisés. Toutefois, l’objectif ne sera pas atteint : 2,5 milliards d’êtres humains ne bénéficient toujours pas d’un système d’assainissement amélioré. Au Niger par exemple, seulement 21 % de la population a accès à un système d’assainissement. Les 79 autres défèquent encore à l’air libre engendrant des maladies diarrhéiques mortelles qui touchent en priorité les enfants.  Et les inégalités géographiques persistent : 70% des habitants d’Afrique sub-sahariennes n’ont pas accès à des installations sanitaires satisfaisantes ; 90% de ceux déféquant à l’air libre vivent en zone rurale.µ

Dans la majorité des pays en développement, l’assainissement non collectif (latrines, fosses sceptiques) devrait perdurer dans les prochaines années. En effet, ces technologies sont faiblement consommatrices d’eau, présentent un faible coût d’investissement et des contraintes d’entretien réduites. Le réseau collectif n’est envisageable que pour certaines zones centrales des capitales, très  urbanisées donc denses, où les volumes à évacuer et la capacité à payer sont suffisamment importants.

Pour l’Afrique seulement, les besoins d’investissement en capital sont estimés à plus de 3 milliards d’euros par an (0,7 % du PIB du continent), tandis que les besoins d’entretien sont estimés à plus d’1 milliard d’euros par an (0,2 % du PIB du continent). Si des pays comme le Burkina Faso ou le Sénégal ont fait des progrès importants, la majorité des pays africains n’ont pas mobilisé les ressources financières pour répondre à ces besoins.

 

Limiter les rejets d’eaux non traités : une urgence

Au niveau mondial, plus de 80% des eaux usées sont déversées sans traitement dans les cours d’eau, les lacs et les zones côtières. L’essor des industries polluantes dans le monde depuis les années 1990 accentue cette pollution. Les eaux de surface et souterraines se dégradent et deviennent inadaptées tant pour la consommation humaine que pour le maintien de la biodiversité (la moitié des zones humides naturelles a déjà disparu depuis 1900).

Il est prévu qu’en 2025, 63% de la population mondiale subira stress hydrique ou pénurie d’eau. Le changement climatique devrait renforcer les phénomènes de sécheresses accrues dans les zones déjà vulnérables aux situations de stress hydrique. Limiter les rejets d’eaux non traités pour préserver la ressource en eau dans les milieux récepteurs est donc urgent.

 

Faire de l’assainissement une priorité des acteurs du développement

Les études d’impacts économiques montrent qu’un euro investi dans l’amélioration des systèmes d’assainissement dans les pays en voie de développement peut générer jusqu’à 9 euros de retour sur investissement, sachant que les franges pauvres de la population sont les premiers bénéficiaires de ces gains.  Une situation sans assainissement représente donc une perte colossale : au  Niger, cette perte a été estimée à 2.4% de son PIB par an.

Les progrès en assainissement requièrent l’émergence de fortes volontés politiques. Cela doit passer par la planification des investissements, la régulation des tarifs (afin d’assurer un financement durable des investissements, des opérations et de l’amortissement des infrastructures) et la structuration de l’ensemble de la filière assainissement. Cette structuration doit toucher les acteurs à tous les niveaux : les opérateurs publics, les sociétés de vidange, les constructeurs de systèmes d’assainissement autonomes, les usagers.

La coopération internationale a un rôle fort à jouer dans cette émergence en termes d’appui technique et financier. L’adoption des ODD en 2015 est également une opportunité pour faire progresser le secteur. Fixer un objectif d’augmentation du taux d’épuration des eaux usées serait prometteur pour le secteur.

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