Cette année marque le vingtième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Pékin (Beijing). Alors que nous nous apprêtons à évaluer les progrès accomplis depuis cette conférence, un domaine mérite une attention particulière : vérifier que les organismes de développement bilatéraux et multilatéraux travaillent activement à la promotion de l’égalité des sexes. En d’autres termes, vérifier qu’ils traitent l’intégration de la dimension de genre sérieusement.

© UN Women
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Un engagement qui doit se réaffirmer

S’il est indéniable que le monde a accompli des progrès dans le comblement des écarts d’égalité les plus criants entre les deux sexes, le bilan en matière d’intégration du genre se montre inégal. La plupart des organismes de développement autour de la planète souffre d’une « évaporation progressive » en matière des politiques d’égalité entre les hommes et les femmes – c’est-à-dire d’une lente érosion de leur engagement dans ce domaine.

Force est d’admettre que l’intégration de la dimension genre n’est pas facile, particulièrement pour les organismes qui ont la difficile tâche de favoriser la prospérité économique et sociale. Cette intégration est-elle pour autant une voie sans issue ? Si l’on se penche à nouveau sur les espoirs et les engagements pris lors de la conférence de Pékin, la réponse à cette question est sans équivoque : l’intégration du genre n’a rien de facultatif et les institutions de développement doivent en faire une partie intégrante de leur mandat.

 

Les principes du changement

Un réel changement est nécessaire. Les cultures organisationnelles doivent rompre avec le passé et les vieilles habitudes : il faut accepter de nouveaux concepts et passer à l’action. Pour ce faire, les institutions de développement doivent s’appuyer sur trois principes directeurs :

  • L’égalité des sexes doit être considérée comme une pierre angulaire des stratégies de développement des institutions – et pas simplement comme l’une des multiples priorités politiques en lice. L’économie se développe plus vite au sein des sociétés où les femmes et les hommes ont voix au chapitre en ce qui concerne le développement de leur communauté ou de leur pays. Elles peuvent en outre bénéficier des nouvelles opportunités générées par le développement.
  • Comme le revendique Donald Kaberuka, le Président de la Banque africaine de développement, « l’intégration de la dimension genre n’est pas pour nous une activité annexe ». Celle-ci doit être inscrite dans l’ADN même d’un organisme, dans ses règles d’exploitation, ses procédures et ses pratiques. Les dirigeants doivent faire preuve de leadership et d’engagement dans le domaine de l’intégration du genre : ils doivent accompagner leur engagement par la mise en place des ressources, des incitations ainsi qu’un système de redevabilité.
  • L’intégration de la dimension de genre exige des ressources humaines et financières.

 

Les actions de promotion de l’intégration du genre

Pris dans leur globalité, ces trois principes posent les bases nécessaires pour la mise en œuvre d’un ensemble d’actions. Si ces actions sont mises en œuvre correctement, l’institution de développement peut non seulement parvenir à mieux intégrer la dimension genre, mais il peut en outre rendre sa culture interne plus réceptive à la notion de genre.

  1. Créer un groupe d’experts et d’expertes en genre. Pour relever, identifier, analyser et comprendre les écarts d’égalité entre les hommes et les femmes et intégrer la dimension genre, la présence de personnes disposant des capacités confirmées est exigée. La mise sur pied d’un groupe d’experts et d’expertes permettra à l’ensemble du personnel de mieux appréhender la notion de genre et, en parallèle, d’attribuer les responsabilités opérationnelles visant l’intégration de cette dimension et de se doter progressivement d’une expertise et de connaissances dans ce domaine. Pour être efficace, ce groupe doit disposer de pouvoirs permettant d’exercer réellement ses responsabilités.
  2. Créer des capacités pour l’intégration du genre. L’intégration de cette dimension demande également des compétences et des savoir-faire spécifiques : la mise à disposition de connaissances, la conduite d’analyses, et la conception et le suivi des opérations doivent être confiés à des personnes qualifiées. Certaines de ces tâches peuvent être confiées à des consultants, mais il est cependant crucial de renforcer des capacités internes en matière d’intégration de la dimension. L’ensemble du personnel doit être sensibilisé aux notions fondamentales dans ce domaine et formé aux compétences nécessaires pour pouvoir effectuer les activités relatives à l’intégration du genre.
  3. Intégrer le genre dans les procédures normales d’exploitation. Les institutions de développement doivent intégrer la question du genre au sein de leur cycle d’exploitation normal et de leurs stratégies par pays. Ils doivent codifier les pratiques existantes et identifier les points d’entrée qui permettront de renforcer les moyens d’action déjà en place. La mise en place d’un système permettant d’ajouter le genre comme un indicateur clé dans les opérations peut faire ressortir celles à forte impact en terme de genre.
  4. Tirer profit des ressources existantes et complémentaires. Toutes les activités liées au genre doivent être entièrement financées par le budget administratif de l’institution. Pour éviter qu’un manque de ressources empêche l’organisme d’entreprendre les actions importantes (ou de s’en servir comme prétexte pour l’immobilisme), pendant la période de transition jusqu’au financement complet de ces activités les organismes doivent envisager la possibilité de recourir à des ressources financières complémentaires (par exemple, par le biais d’un fonds fiduciaire).

En dépit de nombreuses années de mise en pratique, l’intégration de la dimension genre est encore un « projet en cours ». Les notions exposées ci-dessus feront sans nul doute progresser les institutions dans la bonne direction mais ne sont cependant que des solutions techniques ponctuelles, et non pas une panacée. En fin de compte, rien ne remplace une politique d’engagement affirmée assorti à un leadership exemplaire. Le vingtième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes tenue à Pékin nous donne une excellente occasion d’évaluer l’engagement de nos leaders dans le domaine de l’égalité des sexes et de les rendre redevables des promesses qu’ils formulent.

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