Les personnes vivant avec un handicap, représente 15 % de la population mondiale. Ces personnes sont parmi les premières victimes des catastrophes naturelles. Par exemple, au cours du tsunami du 11 mars 2011 au Japon, le taux de mortalité parmi les personnes handicapées inscrites auprès du gouvernement était le double de celui du reste de la population. Pourquoi cette vulnérabilité ? Comment la réduire ? La communauté internationale se mobilise-t-elle pour répondre à ce défi ?

© Brice Blondel / Handicap International, Népal, projet de Réduction des Risques de Catastrophes (RRC) inclusive.
© Brice Blondel / Handicap International, Népal, projet de Réduction des Risques de Catastrophes (RRC) inclusive.

Pourquoi les personnes handicapées sont-elles les premières victimes des catastrophes naturelles ?

Les personnes handicapées sont bien parmi les groupes considérés comme étant plus à risque d’être impactés négativement par les catastrophes naturelles, telles que les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les glissements de terrain, les inondations, les sécheresses, les cyclones, etc… En effet, les personnes handicapées ne sont souvent pas atteintes en temps voulu par les systèmes d’alerte précoce qui permettent d’alerter les populations, ce qui contribue à leur vulnérabilité. Ce fut le cas lors du Tsunami de 2011.

Une première enquête mondiale menée par l’ONU en 2013 auprès de 5450 personnes vivant avec un handicap face aux catastrophes, confirme cette tendance. Les résultats témoignent des difficultés rencontrées par les personnes handicapées et mettent en exergue les raisons de leur vulnérabilité:

  • seulement 20 % disent pouvoir évacuer immédiatement sans difficulté dans le cas d’une catastrophe soudaine, le reste ne pourrait le faire qu’avec un certain degré de difficulté et 6 % ne serait pas en mesure de le faire du tout,
  • 71% des répondants n’ont pas de plan de préparation individuel aux risques de catastrophes,
  • seulement 31 % ont toujours quelqu’un pour les aider à évacuer, tandis que 13 % n’ont personne pour les aider,
  • seulement 17% des répondants ont connaissance du plan de préparation aux catastrophes de leur communauté,
  • seulement 14 % sont consultés au cours de l’élaboration de ces plans de préparation des catastrophes.

 

 

Comment réduire cette vulnérabilité face aux risques de catastrophes ?

Si on veut réduire la vulnérabilité des groupes les plus à risque, les intégrer dans l’ensemble des politiques et pratiques de gestion des risques de catastrophes naturelles est incontournable. Plus précisément, il s’agit de veiller à ce que les personnes handicapées et leurs organisations soient reconnues comme partenaires indispensables pour concevoir, mettre en œuvre et assurer le suivi des politiques élaborées, telle que la Stratégie internationale de Réduction des Risques de Catastrophes actuellement en cours de redéfinition (cf.infra). Elles doivent contribuer à la formulation et au suivi des politiques et des plans locaux, nationaux et régionaux et internationaux afin d’assurer une conformité avec la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Celle-ci mentionne le droit pour les personnes handicapées, dans son article 11, « à la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les conflits armés, les crises humanitaires et les catastrophes naturelles ».

Pour cela, une double approche  est nécessaire. D’une part, il faut soutenir la capacité des acteurs locaux, nationaux et internationaux à inclure les plus vulnérables dans l’atténuation, la prévention, la préparation et la programmation des secours. Concrètement, cela passe par exemple par la mise en place de systèmes d’alerte précoce accessible pour tous, la création d’abris communautaire sans barrières, l’élaboration des plans de contingence qui prennent en compte les besoins de tous.

D’autre part, il faut soutenir les groupes vulnérables afin d’accroître leurs résiliences aux risques de catastrophes et risques climatiques, pour les responsabiliser et faciliter leurs participations actives tout au long du processus de Réduction des Risques de Catastrophe. Cela passe par exemple par des formations et sensibilisations spécifiques aux risques naturels et aux mesures à prendre pour être mieux préparé, avant, pendant et après la catastrophe ou encore par la construction de plans de contingence au niveau individuel et familial.

Dans la province indonésienne de Yogyakarta , en Indonésie, six organisations ont uni leurs forces pour défendre une gestion des risques de catastrophes plus inclusive. Ari Kuriniawan, formateur dans une ONG, constate un changement de pratiques en termes de réponse en cas de catastrophe : «Quand le tremblement de terre de Yogyakarta en 2006 a eu lieu , peu d’attention a été accordée aux personnes handicapées . Cinq mille personnes sont mortes et des milliers d’autres ont été blessées. Au cours de l’éruption de 2012 à proximité du volcan Merapi, l’intervention d’urgence était plus adaptée aux besoins des personnes vulnérables , y compris les personnes handicapées. (…) Maintenant les abris ont été équipés de rampes d’accès, des toilettes accessibles aux personnes handicapées mis en place. (…) Ce sont des petits changements mais cela signifie beaucoup pour nous ».

 

La communauté internationale se mobilise-t-elle pour répondre à ce défi ? 

La réduction des risques de catastrophes est une question sur laquelle les acteurs de la coopération sont actuellement fortement mobilisés puisque les discussions autour du renouvellement de la Stratégie Internationale de Réduction des Risques de Catastrophes s’achèveront en mars 2015 à Sendai au Japon. Cette stratégie vise à assister les communautés à augmenter leur résilience face aux risques naturels, technologiques et aux catastrophes environnementales ainsi qu’à réduire les risques et les pertes liés à l’environnement, aux activités humaines, économiques et sociales. Si le souhait de la communauté internationale est de protéger la population des risques de catastrophes, une attention particulière aux personnes vivant avec un handicap doit être renforcée durant ces discussions.

Trois principes clefs doivent les guider: la participation des personnes handicapées, essentielle pour garantir la pertinence et la pérennité de toute action de développement ; la non-discrimination qui est liée à la notion d’égalité des chances ; et finalement, l’accessibilité afin que l’environnement, le transport, l’information et de la communication soient accessibles à tous.
En suivant ces principes, l’ensemble des acteurs de la coopération internationale n’ont-ils pas là une bonne occasion de promouvoir cette « fameuse » résilience, rebondir mais aussi prévenir la survenue des chocs, ou mieux s’y préparer ?

 

 

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda