Le flux des échanges de lAfrique sub-saharienne sest brusquement accru, avec un volume multiplié par cinq sur les deux dernières décennies. Cette explosion des échanges repose-t-elle sur les seuls produits primaires ? À mon sens, pas du tout ! De nombreux pays ont amélioré lintégration dans le domaine des chaînes de valeur globales. Il reste cependant bien clair que lAfrique sub-saharienne a encore du chemin à parcourir.

Nettoyage du café - Kenya - © Adam Posey
Nettoyage du café - Kenya - © Adam Posey

Un accroissement des échanges qui dope la croissance

Au cours des deux dernières décennies, le ratio des exportations rapporté au PIB de l’Afrique sub-saharienne est passé de 20,5 % en 1995 à 27,5 % en 2013. Cela est dû en grande partie à un accroissement de la demande de matières premières, mais pas uniquement : dans cette région, certains exportateurs hors produits de base ont réalisé des progrès impressionnants. Durant cette période, les zones vers lesquelles l’Afrique sub-saharienne exporte ont également beaucoup évolué en raison du développement des échanges avec les pays émergents tels que le Brésil, la Chine et l’Inde. La Chine est notamment devenue le plus important partenaire commercial de l’Afrique sub-saharienne.

Notre analyse indique qu’une meilleure intégration des échanges a exercé une influence forte sur la croissance de l’Afrique sub-saharienne. Le PIB réel moyen par habitant a augmenté de 2,9 %  pendant les années 90 et de 4,3 % au cours des années 2000. La variation de 1,4 % (en point de pourcentage) entre ces deux valeurs est due pour moitié à une meilleure intégration des échanges.

 

Un grand potentiel inexploité

 Cependant, en dépit de sa forte croissance, la région a peiné à suivre l’expansion mondiale des réseaux commerciaux lors des vingt dernières années. Bien sûr, cela est lié en partie au niveau général des pays à revenus plus faibles, aux distances à couvrir qui sont souvent plus longues, et aux défis auxquels sont confrontés les pays enclavés. Pourtant, même en tenant compte de tous ces facteurs, on note que les flux d’échanges de l’Afrique sub-saharienne ne représentent que la moitié des volumes généralement observés ailleurs, avec en outre des échanges intra-régionaux ne représentant que 15 à 20 % des volumes observés en Asie du Sud ou de l’Est ou encore en Europe.

 

Où positionner la chaîne de valeur globale ?

Pendant les dernières décennies, l’une des principales dimensions de la globalisation réside dans le développement de chaînes de valeur de taille mondiale : de longues chaînes logistiques où l’on ajoute de la valeur à chaque étape de production avant l’exportation et le passage à l’étape suivante. Au plan mondial, l’approfondissement de l’intégration de la chaîne de valeur s’est accompagné d’une augmentation des niveaux de revenus sur la période, particulièrement en Asie et en Europe de l’Est : ces pays ont en effet réussi à trouver leur place en aval des réseaux de chaînes logistiques, notamment dans le domaine de la transformation et de l’assemblage de produits importés.

Le graphique 1 indique que la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne ont accru l’intégration de leur chaîne de valeur, comme le montre la mesure de la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations nationales de chaque pays. Néanmoins, les inégalités marquées subsistent au sein de la région. On constate en outre que l’Afrique sub-saharienne a encore du chemin à parcourir.

 

Nord 1

 

 

Comment saisir l’opportunité ?

Comment accélérer l’intégration de la chaîne de valeur dans la région ? L’expérience de cinq pays – la Tanzanie, l’Éthiopie, les Seychelles, l’Afrique du Sud et le Kenya – est édifiante. Ces pays se distinguent par l’augmentation de leur niveau d’intégration sur les deux dernières décennies, un niveau comparable à celui des régions qui ont le mieux réussi – telles que la Pologne ou le Vietnam.

Dans ces cinq pays, les secteurs manufacturiers, l’agriculture et l’agroalimentaire, et dans une moindre mesure, le textile, les transports et le tourisme (cf. graphique 2) ont le plus bénéficié d’une intégration plus profonde. Cela met en évidence les domaines dans lesquels l’Afrique sub-saharienne pourrait le mieux tirer parti de ses atouts : une population active jeune et en croissance ; une réserve de terres encore inexploitées ; un climat propice – pour autant que l’environnement des affaires s’y prête.

 

Nord 2

 

 

Les infrastructures, notamment de transport ou d’énergie, représentent l’obstacle le plus important pour les échanges au sein de cette région (cf. graphique 3) : relever la qualité des infrastructures à un niveau équivalent au reste du monde pourrait augmenter jusqu’à 40 % les échanges de la région. De la même façon, la croissance serait favorisée par la mise en place de politiques en faveur de l’accès des entreprises au crédit, l’amélioration de l’état de droit et des droits de douane moins élevées.

 

Nord 3

 

 

Les futurs défis

La conjoncture actuelle d’une économie chinoise en ralentissement, une croissance anémique en Europe, un fléchissement du prix des matières premières, une plus forte volatilité du risque global : tous ces facteurs ont récemment rendu l’environnement global plus difficile. Cet environnement offre pourtant à l’Afrique sub-saharienne une opportunité à ne pas manquer de reconcentrer ses politiques sur la diversification de l’économie et sur les transformations structurelles. Une intégration améliorée et plus poussée peut permettre de saisir cette opportunité, de débloquer des gains de productivité et de générer beaucoup d’emplois. Les leviers à actionner pour y parvenir sont accessibles pour les pays d’Afrique sub-saharienne et plusieurs pays ont commencé à agir sur ces leviers. Cet effort doit se poursuivre et s’accélérer afin de profiter de l’effet de levier offert par les atouts remarquables dont dispose cette région.

 

 

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