Tribune publiée sur Le Monde Afrique.

D’ici à la fin du siècle, les paysages et les sociétés d’Afrique connaîtront d’importantes transformations. La croissance du continent sera forte. On le souhaite pour qu’y soit éradiquée la faim. Les moteurs en sont les progrès en matière de gouvernance, d’éducation, de santé et d’infrastructures, ainsi que le potentiel que représentent les ressources du sous-sol et l’agriculture dont on ne mesure pas toujours toute l’importance.

"Woman planting crops" Madagascar. Photo: Yosef Hadar / World Bank
"Woman planting crops" Madagascar. Photo: Yosef Hadar / World Bank

Importance politique d’abord. La population rurale restera majoritaire en Afrique durant les trente années à venir. Le continent vit une rapide urbanisation mais, dans le même temps, ses campagnes continuent de se peupler. Pour des raisons économiques et climatiques, on migre vers les villes mais aussi vers des zones rurales moins peuplées où l’agriculture offre des opportunités.

Importance économique ensuite. L’Afrique est le continent où une extension des cultures et une progression des rendements sont possibles. Cela permettra de créer de nombreux emplois dans l’agriculture et les activités connexes et de réduire des déficits commerciaux injustifiés.

L’Afrique devient ainsi le pôle de croissance alors que nous réalisons qu’un développement à base d’énergies fossiles bon marché a déclenché le dérèglement du climat. L’Afrique peut-elle suivre cette voie ? Non, car si l’Afrique suivait ce « modèle » historique, les crises que ses populations endurent depuis les années 1970, de la Corne de l’Afrique au Sahel, se multiplieraient. Le continent africain peut faire de son agriculture un levier de développement et de lutte contre le bouleversement climatique qui le frappe.

Vers une révolution agronomique

Les agriculteurs d’Afrique peuvent contribuer à la nouvelle révolution agronomique qui, dépassant la première révolution verte, réconcilie intensification agricole et climat, de la parcelle au paysage. Le formidable puits de carbone qu’est le massif forestier du bassin du Congo doit continuer à être protégé de la déforestation et de la dégradation. Des paysages agricoles, agroforestiers ou pastoraux qui stockent du carbone et capturent l’azote atmosphérique doivent être défendus voir restaurés comme on l’a fait au Niger ou au Burkina Faso. Car, en agriculture tropicale, les rendements comme la tolérance à la sécheresse dépendent de la teneur en matière organique des sols. Les forêts, les arbres, les haies atténuent les irrégularités et les excès de l’eau et de la température. Leurs racines, leurs feuilles enrichissent les sols.

Pour émerger comme puissance agricole mondiale, l’Afrique doit mobiliser l’intelligence de ses jeunes agriculteurs et ses jeunes agronomes pour mettre au point les associations et les successions les plus savantes des plantes, des techniques de fertilisation, des solutions de conservation de l’eau et des sols, de lutte contre les ravageurs, etc.

L’Afrique peut faire de son agriculture un levier de développement et de lutte contre le bouleversement climatique qui la frappe.

En outre, car « on ne fera pas une révolution doublement verte dans une seule ferme », l’Afrique pourra compter sur la capacité de ses communautés rurales à gérer ensemble leurs territoires, c’est-à-dire à appliquer des règles nouvelles de partage juste et équitable des espaces cultivés et pâturés, des espaces privés et des communs et de respect des ressources naturelles à conserver car elles rendent des services à tous, au-delà de la génération présente.

 

Lire la suite la tribune de Jean-Luc François, responsable de la division agriculture, développement rural et biodiversité de l’Agence française de développement sur Le Monde Afrique.

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