Solar panels for a village grid in rural Cambodia - © Hisham Zerriffi
Solar panels for a village grid in rural Cambodia - © Hisham Zerriffi

En permettant à plus de 200 millions de pauvres d’accéder aux services financiers, la microfinance a constitué une révolution permettant aux populations auparavant exclues d’entreprendre, d’épargner et de faire face aux risques de vies souvent difficiles. Aujourd’hui,  la microfinance peut aller encore plus loin en contribuant à relever les défis de l’accès aux services essentiels dans un monde où encore 1,4 milliard de personnes n’a pas accès à l’électricité et où deux milliards de personnes n’ont pas un accès satisfaisant à l’eau.  Et ceci, grâce à la microfinance verte.

Une idée simple, au potentiel  immense

La microfinance verte – aussi appelée « microfinance plus » – est une idée simple, au potentiel immense : il s’agit d’utiliser le réseau et l’expertise des Institutions de Microfinance (IMFs) pour faciliter l’accès à des produits et services innovants répondant aux besoins essentiels des pauvres. Il existe en effet un nombre croissant d’innovation technologiques visant à répondre aux besoins essentiels sans déployer une infrastructure similaire à celle existant dans les pays développés. C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’énergie avec les solutions solaires (lanternes, solar home systems), les foyers améliorés ou les unités domestiques de biogaz mais aussi dans l’assainissement avec les systèmes d’assainissement autonomes. Les freins à leur diffusion sont souvent liés à la capacité d’assurer leur déploiement commercial de manière durable et d’offrir aux pauvres en milieu rural des solutions de financement.

Les IMFs bénéficient de la confiance de leurs clients, connaissent mieux que quiconque leur comportement financier et savent comment les aider à financer un projet. Utiliser ces liens privilégiés entre les IMFs et leurs clients, développer leur savoir-faire et créer de nouveaux partenariats pour que ces IMFs apportent, en plus des services financiers, un accès à l’électricité, à l’eau, à l’assainissement ou à la santé est une idée au potentiel immense. La microfinance verte s’inscrit profondément en cohérence avec la stratégie de nombreuses IMFs à orientation sociale dont la mission est certes l’accès aux services financiers mais aussi et surtout de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de leurs clients.

L’AFD vient de lancer l’année dernière son premier projet de Microfinance Verte dans le secteur de l’énergie. Ce dernier est réalisé au Cambodge en partenariat avec 4 IMFs ( KREDIT, TPC, Vision Fund et Chamroeun) et avec SNV en tant qu’opérateur technique. Les IMFs s’engagent ainsi à créer un produit de crédit spécifique à maturité et taux adaptés et à travailler avec des solaristes certifiés dans le cadre du projet. Les solaristes bénéficient grâce au programme d’une certification qualité, fondée notamment sur une évaluation technique des Solar Home Systems (SHS) qu’ils proposent et sur une évaluation qualité de leur service client, en particulier sur le service après-vente. Le rôle de l’opérateur technique SNV est d’apporter une assistance technique aux solaristes, de superviser le programme de certification qualité et d’aider les IMFs et les solaristes à travailler ensemble.

Le potentiel de la microfinance verte pour améliorer les conditions de vie des populations semble immense. Aujourd’hui, plusieurs initiatives similaires ont été déployées avec succès dans un certain nombre de pays, sur des technologies spécifiques. On peut citer le programme mené par IDCOL au Bangladesh ou l’initiative CleanStart d’UNCDF. Mais force est de constater que ces initiatives restent rares. Pourquoi ?

 

Pourquoi la microfinance ne se « verdit » pas plus ?

Les initiatives de Microfinance verte supposent que le pays bénéficie soit d’un secteur de la microfinance déjà bien développé ou d’un réseau de fournisseurs mature, sur lequel le programme puisse se construire. Ces conditions ne sont pas réunies dans un grand nombre de pays.

Ensuite, il n’existe en effet pas de modèle « One size fits all » pouvant être facilement reproduit d’un pays ou d’un secteur à un autre. Par exemple, la réussite du Bangladesh n’est pas réplicable à l’identique au Cambodge : dans ce pays, les IMFs sont des institutions financières réglementées et supervisées par la Banque Centrale, alors qu’au Bangladesh, beaucoup d’IMFs ont un statut d’ONG, ce qui leur donne plus de flexibilité pour lancer des initiatives de Microfinance Verte.

Le développement de la microfinance verte demande un long travail de conception et d’études en amont : tout d’abord pour bien connaitre les habitudes de consommation et les dépenses énergétiques des foyers ciblés et ainsi une offre diversifiée de produits qui répondent à leurs attentes. Quelles sont leurs aspirations en matière de confort domestique pour l’avenir ? Seraient-ils prêts à investir pour améliorer leur accès à l’électricité ? Les recherches menées pour le programme de l’AFD ont montré que les ménages ruraux aspirent non pas à se munir d’un SHS couvrant leur consommation actuelle mais qu’ils souhaitent couvrir la consommation qu’ils désirent atteindre.

Cette phase d’étude doit aussi permettre d’affiner le ciblage géographique du programme. Pour un programme dans le secteur de l’énergie, il est, par exemple, essentiel de connaitre les plans d’extension du réseau électrique pour les dix prochaines années. En effet, les clients des IMFs ne veulent pas investir dans un Solar Home System si leur village est desservi par le réseau national peu de temps après.

 

Les conditions d’une mise en œuvre réussie

La mise en œuvre repose sur un partenariat efficace entre les IMFs et les solaristes dans le respect de l’avantage comparatif de chaque acteur et sur une bonne allocation des risques.

Une des difficultés principales est de ne pas associer les IMFs au déploiement du programme au-delà de leur champ de compétences. Elles doivent avant tout assurer leur rôle sur la partie crédits et ne devraient pas s’impliquer davantage sur la distribution d’équipements dans les secteurs énergétique et de l’assainissement.

Le projet doit donc s’appuyer sur les entreprises locales. C’est la seule manière d’offrir un service fiable, réactif et disponible à long terme pour les ménages en zone rurale. Cela impose, en parallèle du travail avec les IMFs, de soutenir un tissu de petites entreprises souvent fragiles pour qu’elles augmentent leur capacité de production, qu’elles améliorent leur système de gestion et qu’elles se munissent d’un service client plus performant. Cela constitue un projet à part entière, d’appui à une filière de PME privées.

Lorsque l’IMF et l’entreprise fournissant le SHS n’ont pas de lien direct[1] , il est nécessaire d’assurer une allocation équilibrée des risques. Elle doit se baser sur les forces et faiblesses de chaque acteur et être bien comprise par les clients. Par exemple, quand le SHS tombe en panne, les IMFs craignent d’en être tenues pour responsable et que le client ne rembourse pas le crédit. Il est donc essentiel de prévoir une garantie de l’équipement sur la durée du crédit et d’un véritable service après – vente pour les clients. Cela passe souvent par des mécanismes financiers alignant les intérêts financiers des solaristes avec ceux des IMFs.

Enfin, il est nécessaire de penser à la soutenabilité du projet à long terme dans le cadre d’un marché privé : si une aide est nécessaire pour soutenir le démarrage du programme et la structuration de la filière solaire, celle-ci doit être conçue dès le départ comme transitoire et en limitant les distorsions sur les prix des équipements ou le taux des microcrédits. Arriver à retirer les subventions est souvent une difficulté dans les programmes existants. Dans le cadre du projet au Cambodge, le choix a été fait de subventionner avant tout la démarche qualité et le service client des solaristes plutôt que le prix à l’achat des SHS.

 

Quelle place pour les approches « micro » pour satisfaire les besoins fondamentaux ?

Pour un bailleur de fonds comme l’AFD, la microfinance verte amène à réfléchir aux stratégies en matière d’accès aux services essentiels à double titre : la place de ces initiatives du secteur privé par rapport au déploiement des réseaux publics et l’approche traditionnelle centralisée dans un monde d’innovations rendant toujours plus viable les solutions décentralisées.
Les réseaux centralisés ou les « mini-réseaux » occupent encore une place essentielle dans les stratégies d’accès aux services essentiels. Mais ils nécessitent de lourds investissements initiaux et sont longs à déployer. La microfinance verte n’a pas ces défauts et semble voué à un grand succès dans les années à venir. Au point de changer la donne ?

 

[1] Ce  qui n’est pas le cas au Bangladesh avec Grameen Shakti par exemple mais sera le cas dans une majorité de pays pour des raisons réglementaires

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