Quelques jours après la journée mondiale de lutte contre la faim dans le monde et alors que l’ONU vient de condamner le recours à la famine comme arme de guerre, iD4D fait le point sur l’insécurité alimentaire sur la planète.

Un état des lieux des plus alarmants

Après être passée de 18,5 % de la population mondiale en 1990 à 10,9 % en 2016, la faim progresse à nouveau dans le monde. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 815 millions de personnes souffraient de sous-alimentation chronique dans le monde en 2017 contre 777 millions en 2016. Un quart de ces personnes vivent en Afrique et la moitié en Asie. Parmi elles, 90 millions de personnes avaient besoin d’une aide alimentaire d’urgence en 2017 d’après le rapport annuel sur les crises alimentaires du programme stratégique global Integrated Food Security Phase Classification (IPC). 37 pays, dont 29 en Afrique, sont aujourd’hui considérés en insécurité alimentaire par la FAO : leur population n’a plus accès économiquement ou physiquement à la nourriture, ni en quantité et ni en qualité suffisante.

 

 

Un problème protéiforme

Conflits, changement climatique et prix des produits alimentaires sont trois facteurs majeurs d’explication de la faim dans le monde. Surtout qu’ils se combinent et s’aggravent les uns les autres. Les périodes de sécheresse, et notamment la faiblesse des saisons des pluies, limitent les récoltes et génèrent des pénuries qui participent à l’accroissement des prix, en hausse régulière depuis 2008. Par ailleurs, comme le rappelle David Beasley, responsable du Programme alimentaire mondial, « le changement climatique mis à part, […] les famines sont la responsabilité de l’homme, elles sont dues aux guerres provoquées par les humains ». Si l’on excepte la Chine et l’Inde, 90 % des personnes qui ont faim aujourd’hui dans le monde vivent en zone de conflits. Car les conflits désorganisent la production et « la guerre perturbe les approvisionnements en vivres et l’accès à l’alimentation », souligne le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, Mark Lowcock. Du Nord-Est du Nigeria à la Somalie, les conflits armés durent : quand ils n’ont pas fui, les paysans ne peuvent plus travailler les terres et l’aide humanitaire n’arrive pas toujours jusqu’aux populations.

 

 

Des solutions à court et à long terme

Face à ces crises aiguës, les campagnes des ONG et les appels aux dons sont nombreux. Les Nations unies ont lancé un appel de fonds humanitaires record en décembre 2017, demandant 22,5 milliards de dollars aux contributeurs : les besoins mondiaux d’aide estimés par l’ONU et les ONG pour l’année 2018 sont immenses et quatre famines ont été anticipées, triste record quand on sait que la dernière a eu lieu en 2012 en Somalie. Dans les seuls pays de la bande sahélienne, toujours d’après le rapport de l’IPC, 35 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire urgente.

Comme le rappelait Marc Dufumier en 2014, le problème de la faim dans le monde n’est pas un problème de quantité mais d’inégalités de répartition et de gaspillage. Sur quatre milliards de tonnes produites chaque année, un tiers est perdu. Dans les pays développés, le gaspillage est le fait du consommateur final ; dans les pays en développement, c’est pendant la production qu’il a lieu faute de stockage adéquat ou de circuits de distribution efficaces. Des solutions pour réduire les pertes au Nord et améliorer les capacités de stockage au Sud se développent. Mais il ne suffira pas que la communauté internationale consacre d’importantes ressources à la lutte contre le gaspillage, aux distributions alimentaires et à l’aide humanitaire pour parvenir à atteindre d’ici 2030 l’objectif Faim Zéro fixé par les Nations unies en 2015. Pour David Beasley, « il faudrait surtout mettre fin aux guerres. Or si je pense que l’on pourrait en finir avec les famines et la malnutrition dues à la pauvreté et au sous-développement d’ici à 2030, je ne crois pas que nous mettrons un terme aux guerres. ».

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda