En dépit de plus de vingt années de croissance économique soutenue, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne n’affichent pas encore les progrès escomptés en matière d’amélioration du niveau de vie, de baisse de la pauvreté et d’indicateurs sociaux. Le potentiel de croissance économique de l’Afrique reste immense : les investissements nationaux et étrangers continuent à croître rapidement. Le grand défi pour l’Afrique durant les deux prochaines décennies consistera à faire que cette croissance soit créatrice d’emplois et bénéficie aux pauvres.

© : GPE/Michelle Mesen
© : GPE/Michelle Mesen

Une croissance économique rapide mais aux retombées inégalement réparties

L’Afrique a fait preuve d’une résilience extraordinaire durant la période qui a suivi la crise financière de 2007-2008. La croissance est retombée à 3,6 % en 2009, mais elle est rapidement repassée au-dessus des 5,5 % les années suivantes. Des décisions de politiques économiques avisées, soutenues par des institutions plus fortes ainsi qu’un niveau d’investissement public et privé soutenu, ont assuré la réussite économique de la région. Les indicateurs du développement humain portant sur la santé et l’éducation se sont également améliorés dans de nombreux pays. Cependant, les progrès ont été inégaux selon les pays et cette croissance semble avoir souvent oublié les plus pauvres et les plus vulnérables. La question est donc de savoir comment traduire ces performances économiques impressionnantes en une croissance plus inclusive – et en particulier, comment faire en sorte que la croissance économique génère de l’emploi pour les jeunes, toujours plus nombreux. Le département Africain du Fonds monétaire international a étudié les facteurs qui pourraient expliquer la performance relative des pays en termes de revenus par habitant et de recul de la pauvreté. Il en ressort qu’un environnement économique stable, de meilleures infrastructures et une hausse de la productivité agricole peuvent avoir de profonds effets sur l’inclusion et la création d’emplois.

 

Les leviers de la croissance inclusive

En termes de politique économique, le FMI a identifié deux domaines complémentaires favorisant la croissance inclusive : Le premier concerne la création d’emplois, particulièrement au sein des entreprises familiales des secteurs de l’agriculture et des services. La grande majorité de la population active africaine travaille au sein de petites structures familiales, souvent dans des zones rurales. Veiller à ce que les politiques économiques favorisent le développement de ces secteurs aura un impact marqué sur la création d’emploi. Les expériences menées en Asie, au Vietnam notamment, peuvent servir de modèle. Les prévisions de croissance de la population active africaine renforcent la pertinence du thème de l’emploi. En effet, un surplus de personnes en âge de travailler ne représente un atout pour un pays que si ce dernier dispose d’un vivier d’emplois. Le second concerne l’inclusion financière et la facilité d’accès à des sources de financement fiables et abordables. L’Afrique affiche encore un des taux le plus bas d’accès aux services financiers, ce qui limite les possibilités d’investissement, tant pour les épargnants que pour les petits entrepreneurs. Cependant, les nouvelles technologies pourraient bien bouleverser la donne. On peut citer l’exemple du Kenya, où les services bancaires sur téléphone mobile connaissent une expansion rapide et démocratisent l’accès aux services financiers aux personnes auparavant non bancarisées.

 

Les raisons d’espérer

Lors de la conférence de haut niveau « L’essor africain » (Africa Rising), coanimée à Maputo par le FMI et le gouvernement du Mozambique les 29 et 30 mai 2014, les participants ont abordé ce sujet. Dès le début de la conférence, les sujets de l’emploi et de la productivité ont émergé comme étant les enjeux principaux d’une croissance inclusive. Il a été reconnu que la promotion des secteurs à plus haute valeur ajoutée et la dynamisation du secteur privé constituaient les clefs d’une croissance inclusive et durable sur le long terme. En effet, l’agriculture, le secteur qui fournit le plus d’emplois, souffre encore d’une faible productivité et d’un recours limité aux technologies ; le secteur industriel reste pour sa part modeste dans la plupart des pays de la région. Les secteurs minières, souvent exploités dans des enclaves appartenant à des entreprises étrangères, font peu ou pas appel au tissu économique local. Afin de créer un environnement propice au soutien et à la stimulation d’un secteur privé qui crée des emplois qualifiés et de réelles opportunités d’investissement, les décideurs politiques s’efforcent de réduire les charges pour les entreprises, de simplifier la législation et de faciliter l’accès aux financements. Il a été souligné que les carences quantitatives et qualitatives en matière de réseau de transport, d’énergie et d’eau représentent également un obstacle majeur pour la productivité, le développement commercial et la compétitivité à l’export. Les participants ont souligné que la modernisation des infrastructures africaines nécessitera l’apparition d’alternatives en matière de possibilités de financement, des structures incitatives adaptées pour le secteur privé et enfin un budget d’exploitation et de maintenance à la hauteur. Enfin, les participants ont mentionné que la question des infrastructures aura peut-être besoin d’être résolue au-delà des seuls niveaux nationaux. En effet, des projets transfrontaliers permettraient de réaliser des économies d’échelle et pourraient dynamiser la croissance en favorisant l’intégration régionale.

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