Photo Copyright Trevor Samson World Bank
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Depuis une quinzaine d’années, le paysage du développement est beaucoup plus complexe et multiforme que lorsque les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont été officiellement adoptés en 2000.  L’Aide publique au développement est loin d’être la seule ressource pour le développement. Une diversité d’acteurs et différentes formes de financement sont en train d’émerger dans l’écosystème de l’aide au développement. Les investissements privés, les transferts d’argent des migrants et la philanthropie individuelle ont contribué à largement augmenter le flux de ressources. La mise en place d’un partenariat entre tous les acteurs doit être un élément essentiel du nouveau programme de développement.

 

Renforcer l’effet de levier de l’aide

Globalement, les flux financiers vers les pays en développement ont représenté près 680 milliards de dollars US en 2011 : 138 milliards de dollars US pour l’APD, 59 milliards de dollars US pour les dons philanthropiques (qui ont augmenté de 128% depuis 2000) et 410 milliards de dollars US pour les investissements privés (investissements directs étrangers, crédits d’export,…) qui restent la source la plus importante de financement pour les pays en développement [1] .

Les envois de fonds des populations migrantes jouent également un rôle de plus en plus important dans les économies de nombreux pays, contribuant à la croissance économique et à la subsistance des populations les moins prospères, sans toutefois véritablement toucher les plus pauvres. Selon les estimations de la Banque mondiale, les flux financiers des migrants, bien que sensibles aux conditions économiques des pays développés, représentent en général 3 fois le volume d’APD. En 2014, 436 milliards de dollar US sont attendus.
Aujourd’hui les interactions entre aide au développement, investissements privés, échanges et nouveaux acteurs du développement offrent de nouvelles possibilités pour faire jouer l’effet de levier de l’aide sur les flux de ressources privées. L’enjeu est évident : une réelle coopération entre les acteurs du développement permettrait que les ressources supplémentaires de toutes origines soient utilisées dans un souci d’efficacité maximum. C’est précisément ce que préconisait le Consensus de Monterrey de 2002, dont les principes ont été réaffirmés lors de la conférence de Doha de 2008 et par le panel de haut niveau pour l’agenda post-2015.

 

Mettre en place un partenariat entre tous les acteurs

Les conclusions de ces instances convergent vers l’idée que la lutte contre la pauvreté et les inégalités ne peut plus reposer exclusivement sur les gouvernements et que la mise en place d’un partenariat entre tous les acteurs doit être un élément essentiel du nouveau programme de développement [2] .

Le rôle des OMD dans les remarquables progrès sociaux enregistrés depuis 2000 est reconnu : en 13 ans le nombre de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté mondial s’est réduit de 500 millions. Mais, même si de nombreux pays en développement ont connu une croissance économique significative, les OMD seront loin d’être tous atteints en 2015. De plus, certaines grandes évolutions mondiales sont inquiétantes : les inégalités s’accroissent entre et à l’intérieur de la plupart des pays du monde et même les sociétés des pays à haut revenus s’en trouvent fragilisées. La croissance démographique risque d’amplifier ces tensions : la population de la planète va passer de 7 milliards aujourd’hui à 8 milliards en 2030 dont 5 milliards d’urbains.

Il est désormais indispensable que les agendas de l’aide au développement, de la croissance et de la protection de l’environnement se rejoignent pour atteindre un développement plus équitable, stable, soutenable et sans pauvreté. Tel est le principal défi auquel répond le rapport du Panel de haut niveau pour le post-2015 en appelant la promotion d’un développement durable et la mise en place d’un partenariat mondial entre les acteurs publics, privés et la société civile.

L’APD reste évidemment une source de financement vitale pour des pays les moins avancés, notamment les pays les plus pauvres d’Afrique subsaharienne qui subissent une baisse des flux d’aide et n’attirent pas les IDE. Mais à l’approche de l’échéance des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en 2015 et à la veille de l’adoption d’Objectifs pour le développement durable (ODD), l’APD doit revoir son rôle pour être un véritable catalyseur de la construction d’un environnement institutionnel, social et politique favorable à l’arrivée d’autres types de capitaux.

L’enjeu consiste à adopter des politiques économiques qui permettent aux pauvres et aux groupes vulnérables, notamment les femmes, de bénéficier de la croissance économique et du développement. Cette démarche d’économie « inclusive » est précisément cette qui est proposée par Emmanuel Faber et Jai Naidoo dans leur rapport de 2014 : « 10 propositions pour une nouvelle approche de l’aide au développement »[3] . Ils préconisent de « repenser l’aide au développement pour mieux l’articuler avec la richesse et la complexité des nouvelles démarches de l’économie inclusive, mettre en place des coalitions d’acteurs sur des projets concrets où, entreprises, ONG, pouvoirs publics, travaillent ensemble dans une logique de co-création ».

Les entreprises interviennent d’ores et déjà en mettant en place des stratégies marketing pour attendre de nouveaux marchés à la Base de la Pyramide, ciblant les 4 milliards de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour. Grâce à des initiatives de social business, activités rentables économiquement mais à finalité sociale, elles démontrent également leur capacité à démultiplier les innovations sociales portées initialement par les ONG et associations.

Poursuivre les efforts pour une finance toujours plus robuste et inclusive

La mise en place d’un secteur financier solide et solidaire est essentielle à la mobilisation des ressources nationales et devrait être un élément important des stratégies nationales de développement. En effet, pour parvenir à un développement équitable et promouvoir une économie dynamique, il est indispensable de disposer de systèmes financiers diversifiés, bien réglementés et inclusifs qui favorisent l’épargne et la dirigent vers des projets viables générateurs de croissance. L’infrastructure financière doit pouvoir un accès particulier pour les femmes, les populations rurales et les pauvres mais aussi offrir un choix de produits et de services viables aux très petites, petites et moyennes entreprises, dont l’impact en termes d’emploi et de lutte contre la pauvreté et la précarité est décisif.

La microfinance, y compris le microcrédit, s’est révélée efficace pour créer des emplois indépendants productifs qui sont susceptibles de contribuer à la réalisation des objectifs de développement convenus au niveau international. Il est aujourd’hui nécessaire de soutenir de façon appropriée et coordonnée les efforts déployés par les pays en développement, en particulier pour renforcer les capacités de leurs institutions de microfinance, y compris celles de microcrédit.

Le Forum Mondial Convergences, invitant les acteurs privés, publics et solidaires à construire tous ensemble l’agenda post-2015, représente le type même d’événement fédérateur qui peut faire tomber les barrières entre l’aide au développement des Etats, l’action de solidarité internationale des ONG et les investissements à fort impacts sociaux des entreprises, des banques et des philanthropes individuels. Cette initiative citoyenne favorise l’émergence de coalitions d’acteurs pour mieux contribuer à remporter le combat contre la pauvreté, la maladie et l’ignorance, et co-construire une économie réellement inclusive. C’est ensemble également qu’ils trouveront les solutions pour changer nos modèles de croissance, n’assurant pas le renouvellement des ressources naturelles, énergivores, et générant d’importantes inégalités.

 

 

[1] Hudson Institute, Center for Global Prosperity : The Index of Global Philanthropy and Remittances 2013.

[2] ONU (2013) « Pour un nouveau partenariat mondial : Vers l’éradication de la pauvreté et la transformation des économies par le biais du développement durable », Rapport du Groupe de personnalités de haut niveau chargé du programme de développement pour l’après 2015.

[3] Ministère des Affaires Etrangères et du développement international, Direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats, « Innover par la mobilisation des acteurs : 10 propositions pour une nouvelle approche de l’aide au développement », Rapport d’orientation, 2014.

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