C’est une réalité : catastrophes et crises se multiplient. Les conflits armés perpétuent des climats de violences extrêmes accentués, pour certains territoires, par un dérèglement climatique dont les signes sont tangibles. Autant de facteurs qui font office de terreau fertile et qui entretiennent des situations de vulnérabilités.

Organisateurs

Dans ce climat fragile, les acteurs du secteur privé peuvent jouer un rôle essentiel mais qui peut s’avérer à double tranchant : être acteur et levier d’une sortie de crises, ou bien alimenter des dynamiques négatives. L’intérêt de cette conférence est d’identifier quels sont les enjeux du secteur privé dans ces situations ? Quelles sont les bonnes pratiques ? Et comment appuyer efficacement ces approches ?

Conférence-débat animée par Vincent EDIN, journaliste indépendant.

Avec la participation de :

  • Essma BEN HAMIDA, co-Fondatrice de l’Institution de micro-finance tunisienne Enda Tamweel 
  • Anne-Sophie RAKOUTZ, Responsable de la division Fonds propres et participation de Proparco
  • Thomas THIVILLON, Responsable du pôle Energie de l’ONG Entrepreneurs du monde
  • Laure WESSEMIUS, Directrice de l’organisation de développement international Cordaid

Date

mardi 30 mai 2017

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

AFD (Mistral)
3 place Louis Armand
75012 Paris

Le monde est de plus en plus souvent bouleversé par des crises violentes et deux milliards de personnes vivent dans des situations d’extrême pauvreté, elles-mêmes génératrices de violences. Dans les pays vulnérables ou en crise, les interventions des bailleurs relèvent plutôt de l’urgence, ce qui peut induire des logiques court-termistes. Or pour gagner en efficacité, les projets de développement doivent s’inscrire dans le temps long. Le secteur privé apparaît comme l’une des réponses à cette approche. Trop souvent laissé de côté, il a pourtant un rôle clé à jouer aux côtés des acteurs publics et de la société civile pour accompagner la stabilisation des pays fragiles et en développement.

 

Retrouvez la synthèse de la conférence dans son intégralité

 

Le rôle du secteur privé dans le développement

Les bailleurs de fonds et les organisations internationales considèrent de plus en plus que le rôle du secteur privé est essentiel pour le développement. Ainsi, Proparco, filiale de l’AFD, est spécialisée dans le financement du secteur privé. Son objectif est « d’éviter les externalités négatives et de favoriser les dynamiques positives [d’autant plus] dans les zones de vulnérabilité. » (A.-G. Chapuis) Parallèlement, des ONG, spécialistes de l’accompagnement du secteur privé, comme Entrepreneurs du monde, utilisent le levier de l’entreprise pour améliorer l’insertion économique et l’accès aux biens et aux services essentiels. (T. Thivillon)

 

Investir dans le secteur privé pour limiter les vulnérabilités

Les acteurs du développement et de l’aide s’accordent sur l’importance du rôle du secteur privé dans les pays en développement. Pourtant, un constat s’impose : « dans les situations de crise où les donations sont nombreuses, il est très difficile de développer le secteur privé » (L. Wessemius-Chibrac) et de trouver des fonds pour le financer. Lorsque la vulnérabilité s’accroît, même lorsque la crise n’a pas encore éclaté, les investissements se raréfient faute de rentabilité et fragilisent encore davantage le pays. C’est pourquoi « il ne faut jamais laisser les situations s’envenimer car elles risquent de conduire à des crises encore plus complexes à gérer. » (E. Ben Hamida) L’organisation de développement international Cordaid se retrouve dans cette idée : « notre action est essentielle pour préserver [les populations] de la détresse et de la criminalité, sans même parler de radicalisation. » (L. Wessemius-Chibrac)

Cordaid agit spécifiquement dans les zones fragiles et touchées par des conflits. « Nous investissons dans les pays où le risque est plus élevé, car des études ont montré une forte corrélation entre chocs économiques négatifs et survenue de crises. » (L. Wessemius-Chibrac) La réflexion est la même chez certains bailleurs qui adaptent leur soutien au secteur privé afin de freiner la survenue des crises : « Notre mode d’intervention doit s’adapter car ces crises creusent les inégalités et touchent des populations qui tombent rapidement dans la pauvreté. » (A.-S. Rakoutz)

 

Maintenir les investissements dans le secteur privé pour endiguer les crises

C’est un des leitmotivs d’Entrepreneurs du monde, d’après T. Thivillon : « nous nous rendons dans des pays récemment touchés par une crise, car nous pensons que nos outils peuvent les aider à se reconstruire. » Tous les acteurs s’accordent en effet à dire que même dans les pays touchés par une crise politique ou par une catastrophe naturelle, les entrepreneurs continuent à travailler. Au Soudan du Sud, « nous avons observé que les entrepreneurs, même en période de conflit, continuaient de circuler entre le camp de réfugiés et le marché. » (L. Wessemius-Chibrac) En parallèle des actions de terrain, les bailleurs comme Proparco poursuivent également leurs activités de soutien au secteur privé : « nous travaillons sur l’amélioration de l’environnement des affaires (…) qui demande une attention particulière en temps de crise. » (A.-S. Rakoutz)

 

Soutenir les entreprises locales pour structurer la société

Inscrire des projets sur le long terme « peut paraître contre-intuitif face à l’urgence d’une crise » (V. Edin), mais ce n’est pas l’avis des acteurs de terrain dont le but est de relancer durablement un pays : « nous sommes des acteurs de développement et non des urgentistes, nous créons des entreprises locales qui portent ensuite les activités mises en place. » (T. Thivillon) Pour cela, il est « indispensable de pouvoir s’appuyer sur des institutions [de microfinance (IMF) ou des banques] qui connaissent bien les acteurs locaux, capables de valoriser et de conseiller les entrepreneurs. » (A.-S. Rakoutz) C’est le cas d’Enda Tamweel, institution de microcrédit soutenue par Proparco en Tunisie où seules les IMF ont accepté de prêter aux agriculteurs malgré la sécheresse : « sans Enda Tamweel et la banque gouvernementale, les paysans n’auraient jamais eu accès au capital. Or ils ont besoin de cet argent pour travailler et nourrir la population tunisienne. » (E. Ben Hamida)

Entrepreneurs du monde, quant à elle, intervient aux Philippines dans les bidonvilles de Manille : « nous pensons que les initiatives économiques doivent être soutenues dans ces quartiers très durs et que le micro-entrepreneuriat peut y jouer un rôle important. » (T. Thivillon) Reste que pour E. Ben Hamida, l’aide internationale peut aller plus loin dans son appui au secteur privé. Elle « ne doit pas se contenter de financer, mais doit développer un véritable savoir-faire local » afin que les populations puissent se prendre en charge elles-mêmes par la suite. C’est pourquoi « l’articulation entre les acteurs internationaux, qui ont le pouvoir de financer, et les acteurs locaux, qui connaissent l’écosystème des petites entreprises, est primordiale » pour répondre efficacement aux besoins et permettre au secteur privé de jouer son rôle structurant. (A.-S. Rakoutz)

 

Cette conférence a eu lieu mardi 6 ju30 mai 2017 à l’AFD.

Les échanges ont été animés par Vincent EDIN, journaliste indépendant

Sont intervenus :

  • Essma BEN HAMIDA, cofondatrice de l’institution de microfinance tunisienne Enda Tamweel
  • Anne-Sophie RAKOUTZ, responsable de la division Fonds propres et participations de Proparco
  • Thomas THIVILLON, responsable du pôle Énergie de l’organisation non gouvernementale Entrepreneurs du monde
  • Laure WESSEMIUS-CHIBRAC, directrice investissement de l’organisation de développement international Cordaid.

 

Pour aller + loin, retrouvez également le N°27 de la Revue Secteur Privé et Développement éditée par Proparco : « Vulnérabilités et crises : quels rôles pour les entreprises ?»

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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