Depuis plus d’un an, la République centrafricaine traverse une crise dont l’ampleur dépasse les précédentes. Pour venir en aide à un pays et à une population en situation de détresse, les acteurs internationaux se sont mobilisés collectivement. Comment relancer le développement et redémarrer une activité économique en panne ? Comment formuler une réponse collective et adaptée des acteurs de l’humanitaire et du développement ? Ces questions ont été débattues à l’Agence Française de Développement.

Organisateurs

Depuis plus d’un an, la République centrafricaine traverse une crise dont l’ampleur dépasse les précédentes : violences intercommunautaires, faillite de l’Etat, effondrement des services publics et de l’économie, crise alimentaire, déplacements de populations… Pour venir en aide à un pays et à une population en situation de détresse, les acteurs internationaux (ONG, agences de développement, forces internationales) se sont mobilisés collectivement.

Parmi les initiatives, l’Union européenne a fédéré en juillet 2014 plusieurs partenaires autour de la création d’un nouvel outil multibailleurs : le fonds « Bêkou ». Il permet aux Etats membres de mettre en commun leur expertise, leurs ressources et leur capacité de mise en œuvre sur le terrain pour apporter une réponse rapide, cohérente et durablement efficace. Ce fonds permet aussi à des pays européens ou à d’autres bailleurs internationaux de contribuer conjointement à l’effort de reconstruction de la RCA.

En RCA comme ailleurs, la transition entre l’humanitaire et le développement est un véritable défi pour concilier l’urgence et la stabilité des actions à mettre en œuvre. Comment relancer le développement et redémarrer une activité économique en panne ? Comment reconstruire un lien social et la confiance ? Comment formuler une réponse collective et adaptée des acteurs de l’humanitaire et du développement ? Parmi les réponses des partenaires internationaux, que peut-on attendre du fonds « Békou » ?

RCA : quelles réponses peuvent apporter les partenaires internationaux à la crise?

Date

mardi 09 décembre 2014

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Thomas Chauvineau, journaliste à France Inter

Avec:

  • Philippe Chedanne, directeur adjoint du département Afrique de l’Agence Française de Développement
  • Fanny Martin-Blondel, responsable géographique RCA / Cameroun / Mali, Première Urgence
  • Irchad Razaaly, gestionnaire du fonds Bêkou de l’Union européenne pour la République centrafricaine
  • Thierry Vircoulon, directeur du programme Afrique centrale d’International Crisis Group

 

La conférence sera introduite par Jean-Marc Gravellini, directeur exécutif en charge des Opérations à l’Agence Française de Développement

 

Les échanges ont été animés par  Thomas Chauvineau, journaliste à France Inter. Sont intervenus Philippe Chedanne, directeur adjoint du département Afrique de l’Agence Française de Développement ; Fanny Martin-Blondel, responsable géographique RCA / Cameroun / Mali, Première Urgence ; Irchad Razaaly, gestionnaire du fonds Bêkou de l’Union européenne pour la République centrafricaine ; Thierry Vircoulon, directeur du programme Afrique centrale d’International Crisis Group.

 

Pays parmi les plus pauvres du monde, la Centrafrique traverse une crise aiguë depuis 2013. Aux difficultés structurelles sont venus s’ajouter des conflits intercommunautaires. Ils ont nécessité la mise en place d’une aide d’urgence et l’intervention de l’armée française. Désormais, il s’agit d’innover dans le soutien à apporter sur place : les acteurs présents, parmi lesquels l’AFD, doivent parvenir à combiner l’action humanitaire, typique des situations d’urgence, et l’action de développement, qui vise à développer des politiques pérennes pour l’avenir du pays.

La Centrafrique, pays structurellement en crise

La Centrafrique est «  un pays marqué chroniquement par une crise socio-économique, politique et sécuritaire » (Fanny Martin-Blondel). Son histoire est marquée par un déclin entamé il y a plus de 20 ans : « Après la déconstruction de l’économie formelle, l’appareil d’État s’est progressivement déstructuré » (Thierry Vircoulon).

Les caractéristiques géographiques et démographiques constituent un handicap pour le développement national : la RCA est « un grand petit pays », aussi grand que la France et la Belgique réunies, mais avec seulement 4 millions d’habitants. Même s’« il ne faut pas réduire la Centrafrique à Bangui » (Thierry Vircoulon), ces contraintes rendent difficiles un maillage équilibré du territoire et une bonne connexion entre la capitale et la province.

Les classements internationaux traduisent depuis longtemps l’ampleur du problème : « les indicateurs […] qui remontent à avant la crise [de 2013] étaient déjà déplorables » (Irchad Razaaly). En termes de développement humain, le pays se situait à la 184e place sur 187, soit une situation équivalente à un pays en guerre « dans un pays pourtant considéré en paix par la communauté internationale » (Thierry Vircoulon).

 

Une crise politique qui dégénère en violences civiles

L’épisode de violence qu’a connu le pays en 2013 a contribué à une dégradation de la situation. Suite au coup d’État qui a chassé du pouvoir François Bozizé, des violences ont éclaté dans la population civile. « L’élément novateur est l’intégration d’un critère religieux » qui « rend ce conflit très contemporain » (Thierry Vircoulon) : musulmans et chrétiens se sont retrouvés face à face.
Cette phase critique n’est pas encore achevée : « un an après le pic de décembre 2013, c’est une crise régionale » (Fanny Martin-Blondel). En plus des 420 000 déplacés localisés hors du pays, la Centrafrique compte 430 000 déplacés internes. « La sécurité reste un problème » ; or « les éléments d’une sortie de crise sont assez flottants » (Thierry Vircoulon) : le gouvernement de transition rencontre des problèmes d’efficacité et de légitimité, qui fragilisent son statut d’interlocuteur pour les acteurs du développement.

On peut noter quelques signes positifs : « des déplacés ont pu rentrer dans leur quartier d’origine » à Bangui (Fanny Martin-Blondel). Entre février et septembre 2014, « un embryon d’activités reprend, basé sur des gens qui reviennent » (Philippe Chedanne). Néanmoins, « l’urgence demandera encore de la mobilisation en 2015 » (Fanny Martin-Blondel).

 

Mettre en place des dispositifs d’aide flexibles

Dans la mesure où « les conditions actuelles ne permettent pas de mettre en place un dispositif classique de développement » (Irchad Razaaly), « la communauté internationale est “condamnée” à agir dans des situations dégradées » (Philippe Chedanne). C’est ce qui fait l’originalité du fonds Bêkou : cette structure innovante, initiée par l’Union européenne et dotée de 74 millions d’euros, doit permettre de «  travailler sur les secteurs qui relèvent du Linking relief, rehabilitation and development, c’est-à-dire d’assurer le continuum entre urgence et développement » (Irchad Razaaly). L’AFD, présente depuis longtemps en Centrafrique et qui participe à ce fonds, « bouge [ses] lignes d’action » face à cette crise (Philippe Chedanne).

Le premier des défis à relever est celui de la flexibilité : « Quand nous identifions des localités dans lesquelles on veut mener des projets hors de Bangui […] nous les menons avec la faculté d’annuler et de les déployer ailleurs si nécessaire » (Irchad Razaaly). Cela implique notamment une simplification des procédures : quand il faut d’ordinaire un an pour instruire un projet à l’AFD, ici « il a fallu prendre le risque de se fixer et d’atteindre des objectifs à trois mois » (Philippe Chedanne). Le diagnostic doit être évolutif, à l’exemple du projet de formation professionnelle financé par l’AFD : la formation « a été revue pour pouvoir donner très simplement et rapidement des bases » aux jeunes (Philippe Chedanne).

Dans la mesure où « il est compliqué de maintenir le dialogue avec des autorités faibles, parfois peu légitimes », la situation nécessite aussi de faire appel à « des acteurs en circuit court » (Philippe Chedanne) comme les ONG, et d’agir en coordination avec d’autres bailleurs multilatéraux. Le fonds Bêkou, qui a « vocation à travailler sur tout type de structure » (Irchad Razaaly), entend s’appuyer sur une grande diversité d’acteurs. Cette réactivité et cette ouverture se combinent avec une vision du développement sur le long terme nécessitant un large périmètre d’action, à la fois dans le temps et dans l’espace : il faut « construire dans la durée » et « pouvoir aller au-delà de Bangui » (Philippe Chedanne).
Sur le terrain, « les outils comme le fonds Bêkou sont très bien accueillis » (Fanny Martin-Blondel) et les attentes à son égard sont fortes. Réhabilitation urbaine (mise en œuvre par l’AFD), projets de politique sociale (santé, émancipation des femmes), soutien à l’agriculture, aux services et aux PME/TPE… les actions qu’il a déjà initiées, six mois après sa création, illustrent son caractère à la fois novateur et ambitieux : « c’est une rapidité exemplaire dans le domaine » (Irchad Razaaly).

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