A l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, des spécialistes venus d’horizon divers rappelleront ce qu’est la réalité de l’excision et débattront des questions de formation, de prévention, de protection et de prise en charge, pour aller vers l’abandon de l’excision partout dans le monde.

Organisateurs

Si les mutilations sexuelles féminines tendent à reculer d’année en année, leur incidence dans le monde demeure scandaleusement élevée (200 millions de femmes touchées selon les chiffres 2016 de l’UNICEF), notamment dans certains pays de la Corne d’Afrique, en Afrique de l’Ouest, au Moyen-Orient, ou en Asie. Chaque année, environ 3 millions de filles courent le risque d’être excisées à leur tour.

Mais le combat contre ces pratiques ne se joue pas qu’au « Sud ». En France, l’Institut national d’études démographiques estimait en 2009 que 53 000 femmes ayant subi une mutilation vivaient sur le territoire métropolitain, et que de nombreuses adolescentes restaient à risque, notamment lors de séjours dans les pays où la pratique se perpétue et dont leurs familles sont originaires.

Comment identifier et protéger ces jeunes filles ? Comment prendre en charge psychologiquement et physiquement, les femmes qui pour certaines souffrent des graves séquelles de leur excision ? Comment mettre un terme à une pratique millénaire qui concerne tous les continents et des milliers de communautés aux traditions différentes ?

A l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, des spécialistes venus d’horizon divers rappelleront ce qu’est la réalité de l’excision et débattront des questions de formation, de prévention, de protection et de prise en charge, pour aller vers l’abandon de l’excision partout dans le monde.

Enfin, en exclusivité pour l’AFD, l’ONG Excision, parlons-en ! dévoilera la plateforme de formation en ligne « United to end FGM ». Destinée à une multitude de  professionnel-le-s confronté-e-s dans leur activité quotidienne à la problématique de l’excision (enseignants, médecins, juristes, avocats, etc.), la plateforme devra leur permettre de mieux agir face au risque et aux conséquences de l’excision. Cofinancée par la Commission Européenne et la Fondation Kering, elle est le fruit d’un travail entre 12 associations européennes – dont  Excision, parlons-en !

A l’issu de la conférence, les participants pourront découvrir dans la rue intérieure de l’AFD l’exposition d’Excision, parlons-en ! « Fuir l’excision : parcours de femmes réfugiées ». Un cocktail sera offert à cette occasion.

 

 

Conférence organisée en partenariat avec:

logo-excision-baseline-1

« Mettre fin aux mutilations sexuelles féminines : le défi commun du Nord et du Sud »

Date

lundi 06 février 2017

Heure

17h00 - 19h00

Lieu

AFD
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

Conférence-débat animée par Claire HÉDON, journaliste à RFI.

Avec la participation de :

  • Alpha Amadou BANO BARRY, sociologue et maître de conférences à l’Université Sonfonia de Conakry, Professeur invité Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • André POUILLES-DUPLAIX, Responsable du Département Appui Transversaux à l’Agence Française de Développement
  • Ghada HATEM, médecin-chef de la Maison des femmes de Saint Denis
  • Marion SCHAEFER, déléguée Générale de l’association Excision, parlons-en !

 

Cette conférence débat sera clôturée par Laurence ROSSIGNOL, Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.

« Mettre fin aux mutilations sexuelles féminines : le défi commun du Nord et du Sud »

 

 

Tous les pays du monde sont concernés

Les mutilations sexuelles féminines peuvent prendre des formes différentes : clitoridectomie, excision, infibulation, ponction, percement, incision, scarification… Des pratiques qui touchent chaque année 3 millions de personnes : début 2016, au moins 200 millions de femmes et de jeunes filles vivaient avec une mutilation sexuelle selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). Parmi elles, 44 millions avaient moins de 15 ans.

Ces pratiques touchent de nombreux pays. Elles sont répandues en Afrique de l’Ouest et dans la corne d’Afrique, bien que leur incidence varie selon les États et les ethnies. « Certains pays présentent des taux de prévalence particulièrement élevés : c’est le cas de Djibouti, de la Guinée-Conakry, du Mali, de la Somalie ou encore de l’Éthiopie, où l’excision est dite universelle » (M. Schaefer). Elles sont également présentes en Amérique du Sud, dans certaines communautés péruviennes et colombiennes, au Moyen-Orient, en Iran, en Irak ou encore en Égypte, ainsi qu’en Asie : en Inde, en Thaïlande, en Indonésie et en Malaisie, par exemple.

Les mutilations sexuelles féminines concernent aussi les pays occidentaux. « On retrouve l’excision dans les pays européens, en Australie, au Canada et aux États-Unis, où elle ne représente pas une pratique traditionnelle mais persiste parmi les communautés immigrantes. » (M. Schaefer). Selon le Parlement européen, 500 000 femmes ayant subi une mutilation sexuelle en Europe ou dans leur pays d’origine vivent aujourd’hui sur le territoire européen. En France, ce chiffre était de 53 000 en 2004 selon l’Institut national d’études démographiques (INED).

 

Des souffrances tout au long de la vie

À la fois physiques et psychologiques, les dégâts causés par une mutilation sexuelle peuvent apparaître tout au long de la vie : infections urinaires, douleurs menstruelles, douleurs lors des rapports sexuels, anxiété chronique… « Même lorsque la cicatrice se développe bien, le premier rapport est généralement très mal vécu car il réveille le traumatisme originel. Ce risque concerne les filles qui ont la chance de ne pas avoir été infibulées ou dont les petites lèvres n’ont pas cicatrisé en se collant : ce cas de figure provoque en effet une pseudo-infibulation qui rend le rapport quasiment impossible » (G. Hatem).

Des risques peuvent également survenir au moment de l’accouchement. « La complication la plus redoutée est la fistule […]. Il n’y a alors plus de continence : la femme urine et perd ses selles sans avoir aucun contrôle sur la situation, elle sent mauvais et se voit rejetée par son mari. Le destin de ces filles fistuleuses est catastrophique » (G. Hatem).

 

Identifier les victimes potentielles

Dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud, la lutte contre les mutilations sexuelles féminines passe d’abord par l’identification des populations les plus exposées. Or leur profil évolue : en France, par exemple, les petites filles sont désormais bien protégées, mais « le problème s’est décalé vers les adolescentes » (M. Schaefer). En Guinée-Conakry, l’âge moyen de l’excision a également changé : « il se situait auparavant entre 12 et 16 ans, durant la période de puberté. Aujourd’hui, il varie entre 5 et 9 ans. L’excision au-delà de 15 ans se pratique exclusivement dans des communautés de la Guinée forestière » (A. A. Bano Barry).

Parallèlement, les pratiques gagnent en opacité. En Guinée-Conakry, l’excision se fait de plus en plus au domicile familial ou dans les centres de soin, à l’abri des regards. Elle se déplace ainsi « de la sphère publique à la sphère privée. Une fois qu’elle sera entièrement dans la sphère privée, elle deviendra invisible » (A. A. Bano Barry).

Ces évolutions imposent d’affiner la façon dont les données sur les mutilations sexuelles féminines sont recueillies. Elles requièrent aussi de renforcer la formation des professionnels susceptibles de détecter les signaux d’alerte : les pédiatres, les infirmiers et les médecins scolaires, les gynécologues, les agents de police, les juristes, les travailleurs sociaux… La plateforme de formation en ligne « United to end FGM », cofinancée par la Commission européenne et la fondation Kering, a été lancée en février 2017 pour répondre à cette ambition : « En Europe, nous espérons avoir au moins 5 000 personnes formées en un an sur cette plateforme » (M. Schaefer).

 

Sensibiliser les différentes générations

La pénalisation est un aspect fondamental de la lutte contre les mutilations sexuelles féminines. Mais, pour porter ses fruits, elle doit se conjuguer à des activités d’information et de sensibilisation ciblant toutes les générations. « Le tabou qui reste dans les familles autour de cette pratique, ainsi que son intériorisation comme une nécessité, rendent indispensable d’informer les femmes sur leurs droits et sur les conséquences de ces mutilations » (L. Rossignol).

À cet égard, le secteur éducatif représente un cadre d’action privilégié. « En travaillant auprès des filles à l’école primaire, au collège, au lycée ou à l’université, il sera possible d’inverser la tendance d’ici dix ans » (A. A. Bano Barry). En France, le Haut Conseil français à l’égalité entre les femmes et les hommes propose par exemple « que le clitoris apparaisse dans les cours d’éducation à la sexualité ou de sciences de la vie et de la Terre » (L. Rossignol).

Il est également essentiel de faire évoluer les représentations sociales en donnant « plus de visibilité aux familles qui ne pratiquent pas l’excision. Aucun acteur, qu’il soit national ou international, ne le fait à l’heure actuelle. Or cela permettrait de créer une dynamique nouvelle, un contre-modèle au modèle dominant » (A. Bano Barry). Les industries culturelles et créatives ont un rôle à jouer sur ce sujet : par exemple, « Une série africaine, C’est la vie – l’équivalent de Plus belle la vie en France –, traite aujourd’hui de l’excision sans tabous » (A. Pouilles-Duplaix). La première saison a rencontré un franc succès et est désormais diffusée par une quarantaine de chaînes francophones et anglophones du continent africain.

Dans les pays du Nord, la lutte contre l’excision peut aussi passer par des campagnes de sensibilisation conjointes impliquant les pays d’origine. « Un geste fort serait de créer des initiatives conjointes entre le ministère des Droits des femmes français et ses homologues étrangers » (A. Pouilles-Duplaix). « Il faut faire comprendre qu’il n’existe pas deux points de vue : celui de la France, qui ne comprendrait rien aux coutumes et aux traditions du pays d’origine, et ce dernier, qui serait plus conciliant et plus respectueux. Il est indispensable, pour les familles qui vivent en France, que le même message soit délivré par les deux États et gouvernements » (L. Rossignol).

 

Retrouvez :

 

Conférence organisée en partenariat avec :

logo-excision-baseline-1

 

Retrouvez la plateforme de formation en ligne :

uefmg

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

Sur le même thème

10 ans pour investir dans le développement durable

Publication
Lire

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda