Des mouvements sociaux d’ampleur ont secoué le Brésil ces derniers mois, portés par les classes moyennes. Pour répondre aux demandes de leurs populations, les États latino-américains doivent affronter des défis de taille, tels que réduire les inégalités des systèmes de protection sociale. Quels sont les enjeux ? La France a-t-elle un rôle à jouer dans l’accompagnement de ces réformes ?

Organisateurs

La protection sociale est désormais perçue comme un handicap pour la compétitivité des économies européennes : on dit qu’elle induit une augmentation du coût du travail, qu’elle est à l’origine des délocalisations vers des pays où les systèmes de protection sociale n’existent pas, qu’elle ralentit la croissance et qu’elle contribue au creusement des déficits publics. Doit-on alors, pour rester compétitif, renoncer à nos mécanismes de protection sociale ? Plutôt que de favoriser le dumping social et la concurrence entre les travailleurs au prix de leurs conditions de vie, la mondialisation ne devrait-elle pas encourager le réhaussement des normes sociales ? Et si la solution ne venait pas au contraire de l’extension des mécanismes de protection sociale au reste du monde ?

L’Amérique latine regroupe 9 des 15 pays les plus inégalitaires au monde. C’est en même temps la région la plus dynamique en matière d’innovation sociale. Après avoir mis très tôt en place des systèmes de couverture sociale contributifs couvrant jusqu’à 70% de la population, l’Amérique latine a privatisé ces assurances sociales, réduites comme peau de chagrin sous l’effet des politiques libérales des années 80 et 90. Face à une pauvreté endémique et des inégalités croissantes, les États ont dû innover : les mécanismes développés suscitent aujourd’hui un fort intérêt à travers le monde et sont repris sur d’autres continents. Pourtant, les mouvements sociaux d’ampleur qui ont secoué le Brésil ces derniers mois, portés par les classes moyennes, revendiquaient plus d’opportunités de progrès et plus de cohésion sociale. Pour répondre à ces demandes, les États doivent affronter des défis de taille : réduire les inégalités des systèmes de protection sociale, sécuriser des financements de long terme pour assurer la soutenabilité de ces systèmes…

Pourquoi l’Amérique Latine doit répondre aux défis de la cohésion sociale ? Quels sont les enjeux ? La France a-t-elle un rôle à jouer dans l’accompagnement des réformes des systèmes de protection sociale en Amérique Latine ?

 

 

 

 

Les réformes de protection sociale en Amérique latine : quel rôle pour la France ?

Date

jeudi 25 septembre 2014

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
Bâtiment « Mistral »
3 Place Louis Armand
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Claire Hédon, journaliste à RFI.

Interviendront :

  • Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris
  • Valérie Schmitt, cheffe du Service de la politique sociale, de la gouvernance et des normes au sein du département de la protection sociale du Bureau International du Travail
  • Julie Baron, chef de projets santé et protection sociale à l’Agence Française de Développement

La conférence introduite par Jean-Marc Gravellini, directeur exécutif en charge des Opérations à l’Agence Française de Développement

Introduction

Interventions des panelistes

Echanges avec le public

Les échanges ont été animés  par Claire Hédon, journaliste à RFI. Sont intervenus Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, Valérie Schmitt, cheffe du service de la politique sociale, de la gouvernance et des normes au sein du département de la protection sociale du Bureau international du Travail, Jean-Marc Gravellini, directeur exécutif en charge des opérations à l’Agence Française de Développement, Julie Baron, chef de projets santé et protection sociale à l’Agence Française de Développement.

 

Selon le BIT, en Amérique latine, 18 % de la population n’ont pas accès aux soins essentiels, 95 % des chômeurs ne bénéficient d’aucune couverture, 44 % de la population âgée n’a pas de sécurité des revenus. Comme l’ont montré les récents mouvements sociaux, les populations, dont le niveau de vie progresse, sont conscientes de leurs droits à un système de protection sociale inclusif et universel et les revendiquent. La France a-t-elle un rôle à jouer pour influer sur ces situations ?

Pourquoi favoriser un accès universel à la protection sociale ?

Les droits à la santé,  à la sécurité sociale et à un niveau adéquat de revenus sont inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et défendus par la France au niveau international, au travers notamment de la Recommandation No 202 sur les socles de protection sociale adoptée par les 185 Etats membres de l’Organisation internationale du Travail en Juin 2012. Contrairement à l’idée qui a prédominé pendant des décennies, il y a eu récemment un changement de paradigme, avec un nouveau consensus sur le fait que « la construction d’un système de protection sociale accompagne le développement et la croissance et les consolide » (Martin Hirsch) et permet de lutter contre les inégalités. Elle permet non seulement de sortir de la pauvreté, mais également de ne pas y retomber (Valérie Schmitt). Elle favorise la stabilité en désamorçant les inégalités sociales, évitant ainsi les conflits qui en résultent.

Au plan économique, les pays dits du Nord ont tout intérêt à la promouvoir partout dans le monde : la protection sociale est facteur de croissance car elle développe et protège le capital humain. «  En complément des enjeux de diplomatie économique, il faudrait construire une diplomatie sociale, qui consisterait à tirer les systèmes vers le haut en promouvant la convergence des normes » (Julie Baron), pour une mondialisation plus juste/inclusive. L’universalisation de l’accès à la protection sociale dans le monde permet en effet de « promouvoir une compétition internationale plus équitable, en corrigeant notamment les effets du dumping social » (Jean-Marc Gravellini).

 

La protection sociale universelle en Amérique latine : des réformes nécessaires

Les systèmes actuels latino-américains de protection sociale existent mais le niveau des inégalités y est particulièrement fort et les systèmes existants sont très fragmentés (sous la forme de programmes), alors qu’il faudrait une vision systématique, qui est la seule à même de remplir les fonctions d’un système de protection sociale. Les classes moyennes, «  importantes mais fragiles » (Jean-Marc Gravellini), subissent des effets de seuil : elles n’ont accès ni aux programmes ciblés pour les très pauvres, ni aux systèmes mutualistes trop restreints. Les modèles de redistribution ciblée ont fait leurs preuves en Amérique latine, mais ils atteignent leurs limites et des structures plus systématiques sont nécessaires pour remplir toutes les missions de la protection sociale.

Les questions de redistribution intergénérationnelle et de pensions de retraite, notamment, ne sont pas encore d’actualité dans les pays latino-américains alors que le vieillissement des populations est inéluctable : la mise en place d’une protection pour ces populations est nécessaire. « Si aucun mécanisme de transfert n’est prévu vers les générations les plus âgées, les gains en termes de réduction de la pauvreté qu’on aura pu obtenir au cours de ces dernières années grâce à la croissance peuvent s’annuler » (Martin Hirsch).

Les récentes manifestations en Amérique Latine, par exemple au Brésil et au Chili, témoignent de la demande de plus en plus forte des populations – et notamment des classes moyennes – pour des systèmes de protection sociale inclusifs et universels, au titre d’un droit. Ceci est facteur de pression sur le pouvoir politique.

 

Le modèle français, un modèle à exporter tel quel ?

« Notre modèle, même s’il est décrié en France aujourd’hui, parce qu’il est déficitaire, parce qu’il connaît ses limites, inspire et intéresse nos partenaires d’Amérique latine tout particulièrement » (Jean-Marc Gravellini). Par exemple les autorités colombiennes ont clairement manifesté leur souhait de rentrer en contact avec la France sur les questions d’assurance maladie, vu que le système de protection sociale en France est reconnu au niveau international et que les principes de solidarité et d’universalité qui le fondaient étaient ceux que le gouvernement colombien voulait réaffirmer à travers sa réforme (Julie Baron).

La France place donc son action et celle de ses opérateurs comme l’AFD ou le Groupement d’intérêt public Santé protection sociale internationale (GIP SPSI) en réponse à la demande des États, dans un rôle d’accompagnement et de conseil. L’AFD accompagne et contribue au financement (sous la forme d’un prêt budgétaire à l’Etat colombien) par exemple la réforme pour la mise en place d’une protection sociale universelle en Colombie. Le GIP SPSI appuie par la mise à disposition d’experts français les projets du BIT dans les pays du sud, comme par exemple la conception d’un système d’assurance dépendance pour les personnes âgées dépendantes en Thaïlande (Valérie Schmitt).

C’est bien dans une logique de partage et non d’importation de modèles que ces pays font appel à la France pour soutenir et inspirer la mise en place de leurs modèles sociaux.  Il ne s’agit pas en effet d’exporter un modèle avec ses défauts et ses particularismes mais d’en tirer les leçons et de l’adapter. De plus, « tous ces pays sont capables de sauter un certain nombre des étapes que les pays occidentaux ont empruntées il y a plus d’un siècle », notamment grâce aux nouvelles technologies (Martin Hirsch)

 

Favoriser les échanges pour faire évoluer les modèles de protection sociale

Cet échange n’est pas seulement bénéfique pour les pays latino-américains. Par exemple, certains pays émergents mettent en place des systèmes de paiement innovants qui pourraient inspirer la France. « Dans les pays qui ont un système de protection sociale beaucoup moins ancien que celui de la France, on remarque qu’il y a toujours pour la France des éléments à prendre, des aspects qui viennent challenger notre système certes mature, mais coûteux ». (Martin Hirsch).

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