L’action internationale des collectivités connait aujourd’hui des transformations importantes. De nouvelles formes de projets, dans lesquels la dimension économique s’affirme, émergent progressivement. Sans remettre en cause les objectifs de solidarité, ces projets ambitionnent de créer des partenariats économiques contribuant au développement des deux territoires, c’est-à-dire du Sud comme du Nord.

Organisateurs

L’action internationale des collectivités connait aujourd’hui des transformations importantes. De nouvelles formes de projets, dans lesquels la dimension économique s’affirme, émergent progressivement. Sans remettre en cause les objectifs de solidarité, ces projets ambitionnent de créer des partenariats économiques contribuant au développement des deux territoires, c’est-à-dire du Sud comme du Nord.

Différents facteurs expliquent cette évolution. Les collectivités du Sud, dont les compétences croissent avec la décentralisation, font face à des défis sans cesse renouvelés. Elles formulent ainsi, de manière croissante, des demandes concrètes auprès de leurs partenaires français : mobilité urbaine, transition énergétique, aménagement du territoire, lutte contre le changement climatique, développement économique… Ces demandes rencontrent justement l’offre d’expertise que sont en mesure de fournir les collectivités européennes.

Confrontées de leur côté à un contexte économique difficile, les collectivités du Nord sont tentées de revisiter leur action à l’international. La dynamique des projets doit pouvoir bénéficier à leur territoire. Elles cherchent un retour pour les acteurs de leur territoire (bureaux d’études, entreprises, associations) mais aussi un retour pour la collectivité. Par exemple, certaines considèrent que les innovations des territoires du Sud peuvent alimenter la réflexion sur leurs politiques publiques.

Ces nouvelles formes de coopération vont-elles progressivement remplacer le modèle plus traditionnel de coopération « solidaire » ? Comment s’assurer que ces partenariats entre les deux territoires soient équilibrés ? Comment coordonner l’ensemble des acteurs impliqués ? Enfin, quels moyens, notamment financiers, doivent être mobilisés pour mener à bien ces nouvelles ambitions ?

Date

mardi 07 octobre 2014

Heure

10h00 - 12h00

Lieu

Parlement européen
Bruxelles

La conférence-débat sera animée par Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI.

 

Interviendront :

  • Mary Gely, doctorante en Sciences du Territoire, PACTE, Université de Grenoble Alpes
  • Jérémie Daussin Charpantier, référent thématique finances locales et décentralisation à l’Agence Française de Développement
  • Anne Raimat, directrice des Relations internationales et Affaires européennes de la communauté urbaine de Bordeaux
  • Jeannot Ahoussou Kouadio, président de la Région du Bélier et président de l’ARDCI, ancien Premier ministre de Côte d’Ivoire

Les échanges ont été animés par  Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI. Sont intervenus Jeannot Kouadio-Ahoussou, président de la Région du Bélier et président de l’Association des Régions Districts de Côte d’Ivoire, ancien Premier ministre de Côte d’Ivoire, avocat; Gilles Pargneaux, député européen, président du groupe d’amitié Union européenne-Maroc, secrétaire national du Parti socialiste français chargé des relations Nord-Sud; Mary Gely, doctorante en Sciences du Territoire, laboratoire PACTE, Université de Grenoble Alpes, ancienne chargée de mission Coopération décentralisée au Conseil général de l’Isère Jérémie Daussin Charpantier, référent thématique Finances locales et Décentralisation à l’Agence Française de Développement; Anne Raimat, directrice des Relations internationales et Affaires européennes de la communauté urbaine de Bordeaux.

Au cœur d’une crise économique mondiale majeure, la coopération décentralisée est remise en question et ses objectifs de solidarité discutés. L’action internationale des collectivités locales subit une pression accrue sur ses budgets, sur ses moyens humains. Sans devoir disparaître, elle est contrainte de se renouveler. L’un des enjeux majeurs est alors de savoir si la coopération décentralisée peut allier solidarité en direction du Sud et retombées économiques pour les territoires du Nord.

Évolutions récentes de la coopération décentralisée

« 4 800 collectivités territoriales en France sont impliquées dans des projets de coopération décentralisée » (Jérémie Daussin Charpantier). Dans la période récente, et en particulier depuis la loi du 7 juillet 2014 relative à la politique de développement et de solidarité internationale, la coopération décentralisée a changé. Un glissement s’est opéré d’une coopération basée principalement sur la solidarité internationale vers une action extérieure plus globale permettant aux collectivités de « rechercher dans leur action internationale des retombées au Nord » (Mary Gely).

Pour les territoires, la coopération décentralisée permet désormais de rechercher des retombées économiques, de favoriser le mieux-vivre ensemble local et global, de s’enrichir des savoir-faire de leurs homologues et d’accroître leur rayonnement. Les grandes collectivités recherchent également une visibilité internationale. Les collectivités du Sud elles-mêmes sont souvent sensibles à cette logique de partenariat « gagnant-gagnant ».

L’enrichissement peut être mutuel : « les expériences du Nord doivent permettre au Sud de gagner en temps et de réduire au maximum les erreurs » tandis que les pays du Sud et leur croissance à 2 chiffres peuvent être le moteur de la reprise économique au Nord (Jeannot Kouadio-Ahoussou). Néanmoins, « réduire la coopération à cet objectif économique, c’est en perdre une partie du sens » (Anne Raimat). Éthique et économie peuvent être pensées ensemble dans un rapport d’égalité entre les territoires qui échangent.

 

Crise économique et manque de moyens

Nouveaux objectifs devraient être synonymes de nouveaux moyens. « Théoriquement, les moyens alloués par les collectivités devraient être en relation avec les objectifs politiques affichés » (Mary Gely). Mais le contexte budgétaire européen provoque une contraction des moyens financiers et humains des collectivités et les services de l’action internationale sont particulièrement touchés.

Pour remédier à ces manques de moyens, les collectivités territoriales peuvent aujourd’hui se tourner vers de nouvelles formes de financement. Par exemple, « les collectivités peuvent se tourner vers des bailleurs internationaux » ou chercher des appuis comme celui de la DAECT (Mary Gely).

Pour pérenniser ces financements dans ce contexte de difficultés économiques et politiques des pays du Nord et du Sud,  démontrer que les retombées sont réelles doit être une préoccupation permanente (Gilles Pargneaux).

 

Agir dans un cadre multi-acteurs

C’est pourquoi les partenariats de coopération décentralisée s’intègrent de plus en plus dans un cadre multi-acteurs au niveau local comme aux niveaux national et international. Au niveau local, les collectivités organisent leurs échanges au sein de réseaux d’acteurs locaux pour accroître la portée de leurs messages sur la scène internationale, défendre les intérêts de la coopération décentralisée et promouvoir le rôle des autorités locales. Aux niveaux national et international, l’AFD, l’Union européenne ou le PNUD appuient la coopération décentralisée des collectivités françaises à travers différents outils financiers (Ficol, délégation de fonds…).

« La coopération décentralisée est alors un partenariat triangulaire entre les régions du Nord, les régions du Sud et le partenaire financier dans un rôle de pivot » (Jeannot Kouadio-Ahoussou). Ce dernier met souvent l’accent sur le renforcement de capacités par l’appui aux échanges de savoir-faire et de bonnes pratiques de gestion locale.

 

Coopération décentralisée et processus de décentralisation

Il est en effet indispensable que les collectivités locales, notamment africaines, soient replacées au cœur des projets de territoire, et « l’autonomie institutionnelle est nécessaire pour l’efficacité des collectivités territoriales » (Koné Souleymane). Pourtant, alors que « partout en Afrique, la décentralisation a une ossature cadrée dans les textes qui n’a rien à envier à ce qui existe en Europe, le problème est l’écart incroyable entre les textes et les mises en œuvre » (Jérémie Daussin Charpantier).

Les dialogues entretenus avec des collectivités locales du Nord peuvent encourager les collectivités du Sud à revendiquer et affirmer leur positionnement et leur légitimité locale. La coopération décentralisée est pour elles un bon levier pour être reconnues comme véritables acteurs politiques et institutionnels sur les projets de territoire.

 

La nécessité de renforcer le dialogue

Renforcer le dialogue entre collectivités du Sud et du Nord s’avère capital. D’une part, parce que les référentiels culturels et politiques trop différents des collectivités peuvent empêcher leur bonne coopération : « un historique de relations et un langage commun permettent d’établir une relation de confiance laquelle autorise l’établissement de projets » (Jérémie Daussin Charpantier).

D’autre part, parce que les savoir-faire et les méthodologies des collectivités du Nord ne sont pas toujours adaptés au Sud : « les collectivités du Nord doivent se remettre en question et questionner leurs pratiques en permanence » (Anne Raimat). Enfin, parce que les pays du Nord ont également à apprendre des pays du Sud : « le Nord profite de l’apport de l’innovation au Sud » (Jeannot Kouadio-Ahoussou).

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