En RCA comme ailleurs, la transition entre l’humanitaire et le développement est un véritable défi pour concilier l’urgence et la stabilité des actions à mettre en œuvre. Comment relancer le développement et redémarrer une activité économique en panne ? Comment reconstruire un lien social et la confiance ? Comment formuler une réponse collective et adaptée des acteurs de l’humanitaire et du développement ? Parmi les réponses des partenaires internationaux, que peut-on attendre du fonds « Békou » ?

Organisateurs

Depuis 2013, la République centrafricaine traverse une crise dont l’ampleur dépasse les précédentes : violences intercommunautaires, faillite de l’Etat, effondrement des services publics et de l’économie, crise alimentaire, déplacements de populations… Pour venir en aide à un pays et à une population en situation de détresse, les acteurs internationaux (ONG, agences de développement, forces internationales) se sont mobilisés collectivement.

Parmi les initiatives, l’Union européenne a fédéré en juillet 2014 plusieurs partenaires autour de la création d’un nouvel outil multibailleurs : le fonds « Bêkou  ». Il permet aux Etats membres de mettre en commun leur expertise, leurs ressources et leur capacité de mise en œuvre sur le terrain pour apporter une réponse rapide, cohérente et durablement efficace. Ce fonds permet aussi à des pays européens ou à d’autres bailleurs internationaux de contribuer conjointement à l’effort de reconstruction de la RCA.

En RCA comme ailleurs, la transition entre l’humanitaire et le développement est un véritable défi pour concilier l’urgence et la stabilité des actions à mettre en œuvre. Comment relancer le développement et redémarrer une activité économique en panne ? Comment reconstruire un lien social et la confiance ? Comment formuler une réponse collective et adaptée des acteurs de l’humanitaire et du développement ? Parmi les réponses des partenaires internationaux, que peut-on attendre du fonds « Békou » ?

 

Centrafrique : comment répondre aux besoins humanitaires et de développement ?

Date

mercredi 17 juin 2015

Heure

15h00 - 17h00

Lieu

Parlement européen
Bruxelles

La Conférence-débat sera sous le parrainage de Gilles PARGNEAUX, et animée par Johnny Viannet Bissakonou, journaliste.

Avec:

  • Gilles PARGNEAUX, Député européen, membre de la Sous-Commission sécurité et Défense, membre suppléant de la Commission Affaires étrangères.
  • Philippe CHEDANNE, directeur adjoint du département Afrique de l’Agence Française de Développement.
  • Jan FROELICH, gestionnaire de projets Education, Santé en Afrique de l’Ouest à la banque publique d’investissement allemande (KfW).
  • Ewelina GASIOROWSKA, responsable Géographique RCA / Cameroun / Mali, Première Urgence – Aide Médicale Internationale.
  • Irchad RAZAALY, gestionnaire du Fonds fiduciaire européen Bêkou pour la RCA.

La Conférence-débat , parrainée par Gilles PARGNEAUX, était animée par Johnny Viannet Bissakonou, journaliste. Sont intervenus : Gilles Pargneaux, Député européen, membre de la Sous-Commission sécurité et Défense, membre suppléant de la Commission Affaires étrangères ; Philippe Chedanne, directeur adjoint du département Afrique de l’Agence Française de Développement ; Jan Froelich, gestionnaire de projets Education, Santé en Afrique de l’Ouest à la banque publique d’investissement allemande (KfW) ; Ewelina Gasiorowska, responsable Géographique RCA / Cameroun / Mali, Première Urgence – Aide Médicale Internationale, et Irchad Razaaly, gestionnaire du Fonds fiduciaire européen Bêkou pour la RCA.

 

Pays souffrant depuis longtemps de très nombreux handicaps, la Centrafrique a vu depuis 2013 ses difficultés s’aggraver. L’instabilité politique et des conflits intercommunautaires y ont suscité une crise humanitaire majeure qui a attiré l’attention de la communauté internationale. La réponse de l’Union européenne a été la mise en place en 2014 d’un fonds fiduciaire novateur, le fonds Bêkou. Sa spécificité est de permettre une articulation de l’urgence humanitaire et du développement de long terme du pays.

Quand une crise majeure s’ajoute aux difficultés structurelles

La République centrafricaine présente depuis longtemps des difficultés structurelles qui en font l’un des pays les plus pauvres de la planète : « Avant la crise, la RCA était un pays sous-développé, au 185e rang sur 187 en termes d’IDH » (Émilie Poisson). Aujourd’hui la situation s’est aggravée : le pays « est dévasté sur les plans sécuritaire, humanitaire, politique, économique ». La société est en plein chaos : des conflits intercommunautaires prennent la forme d’« affrontements entre les ex-Séléka et les Antibalaka » (Gilles Pargneaux). La « crise humanitaire multiforme » a porté le nombre des personnes déplacées à 100 000, parmi lesquels des membres de « la communauté musulmane, qui était un acteur économique très fort ». Les structures politiques et administratives font défaut : « l’État est défaillant ». Cette crise a lieu alors que « le climat sous-régional est préoccupant » (Émilie Poisson) : présence de Boko Haram au nord-ouest du pays, de groupes paramilitaires à l’est, élections prévues l’an prochain en RDC et Congo-Brazzaville…

Le forum de Bangui qui s’est tenu en mai 2015 a néanmoins permis « d’établir les bases d’une paix durable » (Gilles Pargneaux) : il a été l’occasion d’amorcer une transition politique avec la mise en place d’un gouvernement qui « fait preuve de souplesse, d’ouverture » (Philippe Chedanne). L’un des buts de ce forum était aussi de « mobiliser la communauté internationale » (Patrick Illing). Les fonds récoltés servent un objectif bien identifié : articuler aide humanitaire et aide à la sortie de crise « selon une approche globale », avec « une stratégie ancrée sur les politiques publiques de rétablissement des conditions du développement et du retour à une vie normale » (Jean Lamy).

 

Des acteurs qui ont repensé leur mode d’intervention

Par la force des choses, les acteurs sur le terrain ont déjà modifié leur approche de manière à établir un continuum entre aide humanitaire et développement. Après avoir travaillé depuis 2007 au renforcement de diverses infrastructures en Centrafrique, ACTED a dû faire face en décembre 2013 à une situation de crise : l’association « s’est dans les premiers temps  efforcée d’apporter une réponse rapide aux déplacements de population. Ensuite, peu à peu, des investissements structurels ont été réalisés » (Émilie Poisson).

Même sursaut nécessaire pour l’AFD, confrontée en Centrafrique à « trois défis majeurs » : celui de la souplesse et de la réactivité, « pour répondre très rapidement à une très forte demande » ; de la créativité, pour « innover dans son approche », et enfin de la coopération : il a fallu « construire une réponse européenne », car « intervenir isolément aurait été insensé » (Philippe Chedanne).

 

Le fonds Bêkou : une approche commune, souple et ambitieuse

Cette réponse européenne s’est faite via le fonds Bêkou, « dont le mandat porte sur le lien, la résilience entre humanitaire et développement » (Patrick Illing) : il donne aux acteurs de terrain les moyens financiers pour une démarche dite « LRRD » (Linking Relief, Rehabilitation and Development). La diversité des domaines que recouvre le fonds révèle l’étendue de son ambition : il cible en priorité « la sécurité alimentaire […] des jeunes enfants ; la reprise des secteurs publics essentiels […] ; l’aide aux réfugiés dans les pays voisins ; la relance de l’activité économique et la reconstruction des infrastructures urbaines » (Gilles Pargneaux). Ses impacts sont conséquents : « Après à peine 10 mois d’existence pour le fonds, les activités mises en œuvre concernent 1,2 million de Centrafricains » (Patrick Illing).

Il faut noter qu’un trust fund comme le fonds Bêkou « n’est pas en soi une idée révolutionnaire », mais qu’il constitue « une excellente opportunité dans la situation actuelle en RCA ». Il permet « de mettre en commun les capacités et structures préexistantes, et de les renforcer au niveau financier » : sans le fonds Bêkou, la KfW, institution de développement allemande « dont la coopération bilatérale avec la RCA s’est arrêtée il y a dix ans », n’aurait que des possibilités d’action très restreintes (Jan Froelich).

Un autre atout du fonds Bêkou est le mode opératoire « rapide et flexible » qu’il permet : cela « favorise les circuits courts » et permet d’éviter les phénomènes de corruption (Patrick Illing). Cette souplesse est typique du fonctionnement par « phasage », qui est « l’essence même du fonds » (Patrick Illing) : il « permet d’envisager un avenir soit dégradé, soit positif, avec des phases à venir conçues en fonction de l’évolution de la situation » (Philippe Chedanne). ACTED mène ainsi un projet dans deux quartiers de Bangui affectés par les violences : il s’agit à la fois de faire revenir des déplacés dans leur quartier d’origine, dans une logique humanitaire, et de leur donner les moyens de créer une activité économique dans ces lieux, selon une logique de plus long terme. Le projet se déploie progressivement : « Au cours d’une étape, on valide la suivante, en apprenant des précédentes » (Émilie Poisson).

Lancé à l’été 2014, le fonds Bêkou «  doit encore faire ses preuves ». Mais on enregistre d’ores et déjà des signes positifs : « Les autorités centrafricaines le plébiscitent » (Philippe Chedanne). Il pourrait susciter d’autres initiatives du même genre : « la Commission européenne a décidé de créer un trust fund pour la Syrie et réfléchit à la possibilité d’en créer d’autres, thématiques ou régionaux » (Jean Lamy).

 

Sur le même thème

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda