New-York, le 25 septembre : hélicoptères, rues bouclées, délégations officielles et drapeaux hissés. C’est l’assemblée générale des Nations unies. Mais encore ? Les 17 Objectifs du Développement Durable (ODD) sont adoptés ce jour-là à l’unanimité par les 193 membres de l’ONU et prennent officiellement le relais des 8 Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) lancés en 2000 et arrivés à terme en 2015. Le programme est ambitieux et la liste est exhaustive : il n’y a pas de « petit » ODD, tous comptent et sont interconnectés.

Organisateurs

Et maintenant ? Comment transformer cet engagement international historique en actions concrètes ? Comment s’y prendre pour mettre en œuvre les ODD d’ici à 2030 ? Quelle division du travail entre les différents acteurs (agences de développement, bilatérales et multilatérales, organisations régionales, ONG…)

La conférence sera animée par Sandrine Mercier, journaliste à RFI, avec la participation de :

  • Hubert DE MILLY, expert Aide Publique au Développement à l’AFD
  • Philippe DI LORETO, responsable Unité Coopération décentralisée, direction Attractivité et Relations Internationales, Grand Lyon
  • Claudio RINI, directeur de l’Action de Développement, Handicap International

17 ODD ambitieux adoptés. Et maintenant ?

Date

jeudi 28 avril 2016

Heure

18h00 à 19h30

Lieu

Science Po
Lyon

Les échanges étaient animés par Thomas Chauvineau, journaliste à RFI. Sont intervenus Pierre Ducret, président d’I4CE (Institut pour l’Economie du Climat) ; André Pouillès-Duplaix, directeur du département des appuis transversaux de l’AFD ; Friederike Röderdirectrice France ONE et Patrick Rabe, délégation de l’ Union Européenne auprès de l’OCDE et de l’UNESCO. La conférence était introduite par Phillipe Orliange, directeur exécutif de la stratégie, des partenariats et de la communication de l’AFD.

 

Le 25 septembre 2015, l’ONU a adopté 17 Objectifs de développement durable (ODD) pour la période 2015-2030. Cette feuille de route succède aux 8 Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont structuré l’agenda international de 2000 à 2015. Les Etats ont un « rôle moteur à jouer » (Friedericke Röder) dans la déclinaison de cet ambitieux agenda en actions concrètes. Néanmoins, l’implication de tous les acteurs (publics et privés) ainsi que des citoyens sera nécessaire pour une mise en œuvre efficace de ce nouvel agenda.

 

Une nouvelle approche du développement, au-delà de la dichotomie Nord/Sud

« Les OMD résultaient, dans une large mesure, du travail des agences de développement nationales [des pays développés] » (Philippe Orliange). Ils s’apparentaient à une prescription adressée aux pays du Sud et visaient tout particulièrement la réduction de la pauvreté. À l’inverse, les ODD sont le fruit d’une démarche collaborative initiée par les pays africains et latino-américains. Ils s’appliquent à tous, dans tous les pays. Là où les OMD se préoccupaient essentiellement de problématiques sociales, les ODD cherchent à intégrer l’ensemble des défis auxquels la planète est confrontée – inégalités, emploi, changement climatique, etc. – autour d’un impératif de croissance. Ce souci d’universalité ne doit cependant pas occulter les inégalités entre les pays : « Le défi est plus important dans les pays les moins avancés » (Patrick Rabe). Sans retomber dans la relation médecin-patient caractéristique des OMD, il importera donc d’apporter une aide ciblée aux pays les plus démunis.

 

Des politiques transversales pour répondre à des objectifs nombreux et interconnectés

Les 17 ODD sont interconnectés au même titre que le sont les dynamiques de développement qu’ils appellent. « Si l’on parle climat, c’est à la fois de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement, des villes, de l’agriculture… » (André Pouillès Duplaix). Parallèlement aux partenariats sectoriels préconisés par l’ODD 17, il est essentiel de mettre en place des politiques transversales. Des défis comme la pauvreté, les inégalités et le chômage ne peuvent être efficacement traités que de concert. Il faut par ailleurs éviter la mise en place de mesures contre-productives d’un secteur à l’autre (importance de l’enjeu de cohérence des politiques publiques au sein d’un même pays ou de celles du Nord avec leur politique d’aide publique au développement). Ainsi, en plus d’être au centre de l’ODD 13, la lutte contre le changement climatique fait l’objet de mesures au sein des autres objectifs. Il devra en être de même concernant les inégalités de genre, afin que « les progrès concernent la totalité de l’humanité, et pas uniquement sa part masculine » (Frederike Röder). Il s’agit donc de s’assurer de la cohérence des politiques publiques au sein d’un même pays ou de celles du Nord avec leur politique d’aide publique au développement.

 

Leadership politique et financier : la double responsabilité des États

La responsabilité d’amorcer les processus de développement nécessaires à l’atteinte des ODD d’ici 2 030 incombe aux États. Ceux-ci ont un double rôle à jouer, à la fois politique et financier. D’une part, des tensions apparaîtront entre les différents objectifs à atteindre : elles « sont inévitables et doivent être gérées par le politique [qui doit] faire des choix, assumer des arbitrages et établir des priorités » (André Pouillès Duplaix). Il est illusoire de penser que tous les pays pourront avancer au même rythme sur les 17 points de cette feuille de route. En fonction des ressources à sa disposition, de son niveau de développement, et des besoins particuliers de sa population, chaque État devra construire son propre agenda. D’autre part, les financements à la hauteur des ambitions de ces chantiers ne pourront venir que du secteur privé. Or, ce dernier ne se mobilisera pas de lui-même. Il appartiendra donc aux gouvernements de créer un contexte favorable et incitatif à l’investissement privé. « Le rôle de l’action publique et des finances publiques [sera] de faire levier sur ces finances privées » (Pierre Ducret).

 

Investir sur le renforcement des capacités institutionnelles des États

Cependant, dans de nombreux pays du Sud, les ressources publiques seront insuffisantes pour assumer ce rôle de leadership financier. « L’accroissement des ressources nationales » devient alors le « premier enjeu […] pour financer les ODD » (Philippe Orliange). Mais les autorités douanières, fiscales et budgétaires de ces pays sont trop faibles pour collecter et redistribuer efficacement l’argent public. Financer des projets de « renforcement étatique, c’est doter les institutions concernées de moyens plus importants et de personnels mieux qualifiés. C’est donner les moyens aux pays les plus pauvres de financer un jour seuls leur politique.

Ce renforcement de capacités, se fait « dans le cadre de petits projets à haut risque et surtout très politiques ». Actuellement, « personne ne veut donc s’en charger » (Frederike Röder). Investir sur ces projets est pourtant une nécessité (Philippe Orliange).

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

 

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