Pour Friederike Röder, directrice France et UE de l’ONG de campagne et de plaidoyer ONE, il faut mieux actionner le levier de développement qu’est l’entrepreneuriat féminin pour atteindre l’ensemble des Objectifs de développement durable (ODD).

L'entrepreneuriat féminin peut être favorisé en améliorant l'accès des femmes aux services financiers
L'entrepreneuriat féminin peut être favorisé en améliorant l'accès des femmes aux services financiers

Des progrès ont été accomplis dans le monde entier en matière des droits des femmes et d’égalité de genre. Les femmes et les filles continuent toutefois de subir d’importantes discriminations, particulièrement visibles lorsqu’on s’intéresse à l’entrepreneuriat féminin. Inégalités d’accès à l’éducation, à la formation ou encore aux services financiers empêchent les femmes entrepreneures de réaliser leur potentiel. Friederike Röder appelle à faire de l’entrepreneuriat féminin un véritable levier de développement durable.

 

Depuis l’adoption des ODD, l’égalité de genre progresse-t-elle dans le monde ?

D’importants progrès ont été faits en matière d’éducation des filles ou de santé maternelle avec les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), adoptés en 2000, puis les ODD. Hélas beaucoup moins sur la question du genre, dans les pays en développement comme dans les pays développés. Dans certaines régions riches comme l’Amérique du Nord, nous avons même constaté une stagnation. Les choses n’avancent pas. Les États-Unis ne prévoient toujours pas de congé maternité universel, par exemple. C’est le seul pays de l’OCDE à ne pas avoir évolué sur la question. Quant au continent africain, c’est la région du monde où les différences entre les femmes et les hommes restent les plus importantes. C’est là qu’on trouve le plus de pays dans lesquels une grande partie de la population vit dans l’extrême pauvreté et où ces différences sont les plus fortes.

 

Pourquoi garantir l’égalité des genres permet d’agir sur l’ensemble des ODD ?

L’égalité des genres est en réalité le prérequis pour atteindre l’ensemble des ODD. On retrouve des indicateurs genre dans tous les ODD car l’émancipation des femmes et des filles a une incidence positive sur l’économie, la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la santé… Mais le chantier est colossal. D’après le forum économique mondial, si on continue au rythme actuel, il faudra 108 ans pour atteindre l’égalité des genres partout dans le monde. C’est trop long, l’échéance des ODD est fixée à 2030. Il faut accélérer le mouvement, et accélérer très fort. Voilà pourquoi nous militons pour que l’aide publique au développement contribue à 85 % à l’égalité des genres. Il n’y a que de cette façon que la situation pourra s’améliorer.

 

 

L’entrepreneuriat des femmes peut-il être un moyen d’atteindre l’égalité des genres ?

L’entrepreneuriat féminin a un impact économique très important et est à l’évidence un bon levier pour l’égalité des genres et pour le développement durable. Mais il faut prendre en compte le fait que beaucoup de femmes deviennent entrepreneurs parce qu’elles n’ont pas le choix. Sans accès à une éducation de qualité et ayant souvent des enfants à charge, elles accèdent plus difficilement au marché du travail classique. Poser la question de l’entrepreneuriat féminin est intéressant car elle révèle d’énormes disparités entre les femmes et les hommes à tous les niveaux. Rappelons que près de deux tiers de la population illettrée dans le monde sont des femmes. Dans certains pays, la situation est vraiment catastrophique. Au Burkina Faso par exemple, 1 % seulement des filles terminent leurs études secondaires. Sur le continent africain, même dans les pays qui présentent une croissance importante, une fille sur cinq est encore mariée avant son quinzième anniversaire.

Pour faire de l’entrepreneuriat des femmes un levier efficace pour atteindre l’égalité de genres, il faut l’inscrire dans une démarche globale, c’est-à-dire prendre en compte l’éducation et la formation des filles et des femmes, leur situation familiale mais aussi leur accès aux services de santé, aux services financiers, etc. Réduire les inégalités de genre, notamment à travers l’entrepreneuriat, c’est augmenter le PIB mondial de l’ordre de 28 000 milliards de dollars d’ici 2025. C’est gigantesque !

 

 

L’entrepreneuriat féminin est déjà important sur le continent africain. Comment le favoriser ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’Afrique affiche le taux de femmes entrepreneurs le plus élevé au monde ! En Afrique subsaharienne, plus d’une femme sur quatre fonde ou gère une entreprise. Le problème est qu’elles sont le plus souvent auto-entrepreneures, avec des moyens limités du fait de l’accaparement des ressources par les hommes. Elles n’ont par exemple pas ou peu accès au système bancaire et sont rarement formées au management d’entreprise. Pour réussir à favoriser l’entrepreneuriat féminin en Afrique, il est donc indispensable de mettre en place des programmes spécifiques qui visent les femmes exclusivement et prennent bien en compte leurs besoins.

 

Quelles initiatives ont déjà été prises pour pousser l’entrepreneuriat des femmes ?

Lors du dernier G7, fin août en France, Melinda Gates a présenté une initiative de la fondation Bill & Melinda Gates permettant à des femmes africaines d’accéder à des services financiers numériques. Selon elle, favoriser l’accès des femmes à ces services est fondamental pour elles dans une démarche d’empowerment comme pour contribuer à l’économie dans son ensemble.

Le programme Affirmative Finance Action for Women in Africa (AFAWA) de la Banque africaine de développement vise quant à lui à combler le déficit de financements estimé à 42 milliards de dollars dont pâtissent les femmes entrepreneures en Afrique. Parallèlement, il ne faut pas oublier le travail de terrain admirable que mènent tous les jours de nombreuses ONG en Afrique pour favoriser l’entrepreneuriat féminin.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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