Le Maroc s’est doté en 2009 d’un plan national d’actions en matière d’énergies renouvelables, visant 6000 Mégawatts (MW) de capacité installée d’ici 2020, entre le solaire, l’éolien et l’hydraulique. Qu’en est-il de sa mise en œuvre ? Entretien avec Saïd Mouline, directeur général de l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (Aderee).

Ain Beni Mathar Integrated Combined Cycle Thermo-Solar Power Plant - Photo: Dana Smillie / World Bank
Ain Beni Mathar Integrated Combined Cycle Thermo-Solar Power Plant - Photo: Dana Smillie / World Bank

Quelle est la politique du Maroc en matière d’énergies renouvelables ?

Depuis 2009, le Royaume donne la priorité au renouvelable et à l’efficacité des politiques énergétiques. Nous avons un programme identifié avec des objectifs chiffrés, qui vise une capacité installée de 2000 MW de solaire (programme « Noor »), 2000 MW d’éolien et 2000 MW dans l’hydraulique d’ici 2020.

Nous sommes à 3000 MW déjà réalisés dans le solaire et l’éolien. Et nous allons inaugurer avant la fin 2015 la plus grande centrale solaire d’Afrique, à Ouarzazate. Ce site, qui sera construit en plusieurs tranches, aura une capacité totale de 500 MW. Quant au secteur hydraulique, les 2000 MW sont pratiquement déjà installés.

Il faut aussi souligner que pour réduire le volet intermittent, la centrale solaire de Ouarzazate prévoit du stockage de chaleur pour fonctionner la nuit. Dans l’hydraulique, des barrages avec station de pompage et turbinage font office de piles, qui permettent de stocker l’électricité.

Tout notre projet énergie renouvelable va permettre à notre pays de réduire sa dépendance énergétique, en la faisant passer d’ici 2020 à 75%, contre plus de 95% aujourd’hui, soit 20 points de moins. Autre avantage : nous allons valoriser au mieux nos ressources nationales et développer des industries dans ce secteur, tout en amenant du développement régional dans des endroits enclavés.

 

Comment la centrale solaire de Ouarzazate a-t-elle été financée ?

Les trois quarts du montage financier de la première tranche de 160 MW, dont le coût global atteint le milliard d’euros, est venue des banques de développement. L’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI), la banque allemande de développement (Kreditanstalt für Wiederaufbau – KFW), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) sont parties prenantes. Le Fonds de technologie propre a été mobilisé, à travers la Banque mondiale et la BAD.

Quant au quart du montage restant, il est venu de l’Agence solaire marocaine (Masen) et d’un partenaire privé choisi après appel d’offres, car c’est dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) que ce projet a été réalisé.

La seconde et troisième phases de la centrale de Ouarzazate, qui doivent être mise en service en 2017 pour une capacité de 350 MW, va être financée à hauteur de 2 milliards de dollars, à 20 % sur fonds propres par Acwa Power (Arabie Saoudite) et à 80 % sur une dette contractée par Masen, par le biais de fonds garantis par les banques de développement déjà citées, ainsi que par le Fonds pour les technologies propres, qui fait partie des Fonds d’investissements climatiques (FIC).

 

Quelles sont les particularités de ces financements verts, par rapport à d’autres lignes de crédit plus classiques ?

 Leur intérêt principal vient du taux proposé et des accompagnements qui s’ajoutent comme ceux proposés par le Fonds de technologie propre (échéance de 40 ans avec un différé d’amortissement de 10 ans, taux de 0,75%).

Le secteur bancaire marocain finance-t-il le secteur des énergies renouvelables ?

Bien entendu, il est présent dans les grands projets éoliens et solaires mais aussi dans des projets purement privés. Notre stratégie a été de mettre en place des institutions dédiées (Masen pour la mise en œuvre du plan solaire, l’Aderee qui est un peu l’équivalent de l’Ademe) mais aussi des règlementations comme la loi 13.09 de 2010 sur les énergies renouvelables. Ce texte permet aux privés, particuliers ou entreprises, d’investir pour produire leur propre énergie à partir des énergies renouvelables.

Tout ce dispositif a permis la mobilisation des financements verts dans un cadre public-privé pour des projets « propres » qui n’émettent pas de CO2 mais aussi le développement de projets purement privés. Aujourd’hui, près de 500 MW éoliens servent des gros consommateurs dans les secteurs du ciment, de la sidérurgie ou de la mine, pour lequel le secteur bancaire marocain intervient.

Par ailleurs, de grands projets éoliens nationaux sont accompagnés par l’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE), la société nationale. Celle-ci lance des appels d’offres avec une part de préfinancement privé, qui voit des promoteurs venir soumissionner.

Les projets réalisés en partenariats public-privé (PPP) voient les banques marocaines et étrangères également sollicitées, pour apporter des financements à côté des grandes banques de développement. Un fonds spécial, le Morseff, doté de 80 millions d’euros, a été mis en place en juin 2015 par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), l’AFD, la KfW et la BEI. Il vise à accompagner le secteur privé marocain dans les projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Il s’appuie sur les banques locales marocaines (BMCE Bank) qui proposent à leurs clients cette ligne de crédit spécifique. Certaines banques (ATW Banque, Crédit Agricole) ont aussi mis en place des lignes propres, dédiées à l’efficacité énergétique ou au pompage solaire.

 

Peut-on dire, comme quelqu’un la relevé dans la salle lors du dernier Forum Convergences à Paris, auquel vous avez participé, que les financements verts voient tout le risque assumé par la puissance publique et tout le bénéfice aller vers le secteur privé ?

 Non, nombre d’initiatives prouvent au Maroc que le risque est partagé, parce que l’Etat n’a pas les moyens de tout financer. L’Office chérifien des phosphates (OCP) a réduit ses émissions de carbone et sa consommation d’énergie à l’aide d’un pipeline pour transporter le phosphate. Le groupe français Renault, à Tanger, dispose de la première usine automobile du monde à être « carbone neutre », parce qu’elle tourne avec des chaudières à biomasse et de l’électricité qui vient de l’éolien. A Tétouan, le groupe Lafarge a construit un parc éolien financé en partie par des banques privées marocaines. A Laayoune, le cimentier Italcimenti a fait de même. Le secteur privé prend sa part de risque et l’Etat met en place les structures et les réglementations pour accompagner.

 

Votre pays devrait-il être considéré comme un modèle à l’échelle de l’Afrique ?

Oui, car notre approche a été assez exceptionnelle. Le Maroc mène sur le continent une politique volontariste pilotée au plus haut niveau de l’Etat. L’Afrique est une priorité pour le Royaume, et nous nous rendons dans nombre de pays dans le cadre de forums et de partenariats, aussi bien pour les projets d’énergie renouvelable que d’électrification. En un temps record (15 ans), nous sommes passés de 25 % à 99 % de taux d’électrification rurale au Maroc.

Nous connaissons les besoins africains, notamment en matière d’électrification. L’exportation de notre modèle n’est pas seulement une question de financement. Elle dépend aussi d’une bonne approche à adopter avec les institutions africaines concernées.

Enfin, il ne faut pas oublier les petites applications liées aux énergies renouvelables comme le pompage solaire ou les toits solaires dont le modèle économique est de plus en plus intéressant grâce au coût en constante régression du photovoltaïque. Avec l’ensoleillement existant dans notre région, le coût est devenu très compétitif. A l’Aderee nous donnons l’exemple avec un toit solaire, chose qui pourra être généralisée aux bâtiments publics et aux particuliers là où l’architecture le permet.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

 

 

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