Après deux décennies de croissance soutenue, l’Afrique subsaharienne est confrontée à un ralentissement économique marqué . Une baisse du prix des matières premières accompagnée de restrictions des conditions de financement constituent de sérieux défis, en particulier pour les pays producteurs de pétrole et les pays à revenus intermédiaires. À court terme, ces chocs vont obligatoirement contraindre à des ajustements, notamment dans la mesure où la baisse des cours des matières premières semble perdurer. Néanmoins, le potentiel de l’Afrique reste important. Un aspect se distingue en particulier : la réduction des inégalités – notamment la réduction des inégalités de genre – pourrait dynamiser la croissance.

© Rachel Strohm / Flickr Creative Commons
© Rachel Strohm / Flickr Creative Commons

Les inégalités restent marquées en Afrique subsaharienne

 L’Afrique subsaharienne reste l’une des régions les plus inégalitaires de la planète, avec un niveau comparable à l’Amérique latine (cf. Figure 1). En fait, l’inégalité y est sensiblement plus marquée qu’ailleurs, quel que soit le niveau de revenus considéré (cf. Figure 2).

Bien que la croissance soutenue des pays d’Afrique subsaharienne depuis ces quinze dernières années ait permis de réduire l’écart de revenu par habitant avec les pays plus développés, les niveaux d’inégalité de revenu au sein des pays n’ont pas suivi cette tendance et sont restés relativement stables. L’inégalité de genre a par ailleurs reculé moins vite que dans d’autres régions.

Figure 1
Figure 1. Coefficient de Gini de l’inégalité de revenu net, 1995 et 2010. Source: Solt, Fredrick. 2014. The Standardized World Income Inequality Database
Document de travail. SWIID Version 5.0, octobre 2014.Le coefficient de Gini est une mesure statistique de la dispersion d’une distribution dans un pays donné. Il varie de 0 à 100, où 0 signifie l’égalité parfaite, c’est-à-dire que chaque individu a le même revenu, et 100 signifie l’inégalité totale où une personne reçoit tous les revenus. Plus l’indice de Gini est élevé, plus l’inégalité est importante

 

Figure 2
Figure 2. Courbe de Kuznets, PIB par habitant et coefficient de Gini Source : Solt, Fredrick. 2014. The Standardized World Income Inequality Database.
Document de travail. SWIID Version 5.0, octobre ; calculs internes du FMI 2015.

 

La réduction des inégalités est un facteur de croissance

Telle est la conclusion de l’analyse de l’édition d’octobre 2015 du Rapport sur les perspectives de l’Afrique subsaharienne. Ce rapport évoque également les leviers d’action possibles ; il s’intéresse en particulier à la question de savoir si les fortes inégalités nuisent à la prospérité de cette région et si la réduction des inégalités pourrait avoir un effet positif sur la croissance. Nos recherches indiquent que la croissance du PIB réel par habitant en Afrique subsaharienne pourrait en effet augmenter de près d’un point de pourcentage par année si les inégalités de revenus et de genre étaient ramenées à des niveaux comparables à ceux observés dans les pays émergents d’Asie en forte croissance (tels que l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande ou le Vietnam). Ce point de pourcentage représente la moitié de l’écart de croissance constaté entre ces pays asiatiques et ceux de l’Afrique subsaharienne.

 

Tous les pays ne sont pas égaux

La région en question comprenant 45 pays, les constatations ci-dessus ne s’appliquent pas de façon uniforme à chacun d’entre eux. Une analyse plus détaillée offre par contre des enseignements importants pour les décideurs, qui sont amenés à hiérarchiser leurs actions politiques :

  • Dans les pays à faible revenu de la région, les freins à la croissance découlent pour beaucoup du manque d’infrastructures ainsi que de capital humain et, dans une moindre mesure, de l’inégalité de genre. Ainsi, le traitement des problèmes d’infrastructures et de capital humain doit rester la priorité politique si l’on souhaite accélérer la croissance.
  • Dans les pays à revenu intermédiaire, une politique visant directement à réduire les inégalités pourrait être très bénéfique. Dans ces pays, ramener les niveaux d’inégalité de revenu et de genre aux niveaux des pays asiatiques aurait un impact plus fort sur la croissance que de combler le manque d’infrastructures.
  • Pour les pays exportateurs de pétrole – qui figurent parmi les plus inégaux de cette région – les législations qui restreignent la participation des femmes à la vie économique et le manque d’infrastructures sont les facteurs déterminants qui expliquent le différentiel de croissance avec l’Asie.

 

Les politiques qui combattent l’inégalité

 Quelles politiques les pays peuvent-ils mettre en œuvre pour réduire les inégalités ?

En premier lieu, la politique fiscale joue un rôle important. On peut élargir la base imposable en limitant les exonérations fiscales, y compris celle de la TVA, afin de collecter les ressources nécessaires pour financer des dépenses, telles que la santé publique ou l’éducation, qui bénéficient aux segments les plus pauvres de la population et permettent de réduire les inégalités. Les actions telles que l’abolition des subventions sur les carburants et combustibles, qui profitent avant tout aux foyers à revenu moyen ou élevé, ou encore la mise en place de systèmes de transfert monétaires visant les plus démunis, auraient un effet significatif sur la réduction des inégalités.

Ensuite, un meilleur accès aux services bancaires peut également permettre de s’attaquer aux inégalités. Par exemple, la création d’agences de notation de crédit qui centralisent les informations pourrait inciter les banques à prêter à de nouveaux clients dont les antécédents bancaires peuvent être plus facilement obtenus. De la même façon, certains pays d’Afrique, comme le Kenya en particulier, ont montré que les services financiers via les téléphones mobiles permettent d’élargir l’accès aux services bancaires partout, même dans les régions enclavées.

Enfin, l’abolition des obstacles juridiques pesant sur les femmes porterait rapidement ses fruits. Huit pays d’Afrique subsaharienne appliquent encore au moins dix articles de loi restreignant l’autonomie des femmes, tels que l’impossibilité pour une femme d’ouvrir un compte bancaire, ou son obligation d’obtenir l’accord du mari pour prendre un emploi… Abolir ces restrictions serait une mesure particulièrement simple et efficace pour les pays pétroliers de la région, qui pourraient ainsi soutenir leur croissance durant la période de chute du cours des hydrocarbures. Ces pays devraient s’inspirer de l’exemple de la Namibie : dans ce pays, l’abolition des entraves juridiques pesant sur les femmes a en effet débouché sur une plus grande participation à la population active, ce qui a renforcé la croissance.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda