45 % de la surface forestière terrestre a disparu au cours du xxe siècle. Les 4 milliards d’hectares de forêts de la planète sont menacés par la déforestation, en particulier en zone tropicale. Pourtant, elles sont indispensables à l’équilibre planétaire. Les protéger est une priorité.

Déforestation et dégradation des forêts. Réserve naturelle « Biocultural del Puuc », Yucatán, Mexique. © Bénédicte Desrus/AFD

Déforestation, danger imminent

Depuis 1990, la déforestation détruit environ 13 millions d’hectares de forêts par an d’après l’agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO en anglais), soit l’équivalent de la superficie de l’Angleterre. L’urbanisation, les infrastructures de transports, l’exploitation forestière sont en partie responsables de la destruction des couverts forestiers, mais dans 80 % des cas, la déforestation est due à l’expansion des terres agricoles – plantations intensives de soja ou de palmiers à huile par exemple.

Plus grave encore, les forêts les plus touchées par la déforestation sont les forêts primaires et tropicales, celles où on ne trouve aucune trace visible de l’activité humaine et qui abritent entre 50 et 80 % des espèces végétales et animales. Principalement situées dans les pays de la ceinture équatoriale et tropicale, ces forêts d’origine représentaient 36 % des forêts du monde en 2005 et sont en voie de disparition. Pour le biologiste français Francis Hallé, « la rapidité avec laquelle ces merveilles sont parties est monstrueuse ». Elles sont surtout en danger dans trois grandes zones : l’Amazonie, l’Afrique centrale et l’Asie du Sud-Est.

 

Rôle climatique de la déforestation

Les conséquences de la déforestation sont alarmantes. Elles touchent tout d’abord la biodiversité : un nombre d’espèces animales et végétales inestimable disparaissent avec les hectares de forêts primaires chaque année. Les conséquences sont également sociales et humaines puisque la vie de 1,6 milliard de personnes dépend directement des forêts.

 

 

Mais les répercussions sont principalement climatiques. Les forêts produisent près de 40 % de l’oxygène de l’atmosphère et sont des puits de carbone indispensables. Un hectare de forêt stocke environ 15 tonnes équivalent CO2 par an. Lorsqu’un arbre est coupé, non seulement il ne produit plus d’oxygène mais en plus le carbone qu’il stockait est libéré. Près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont ainsi directement liées à la déforestation, une proportion supérieure à celle des émissions dues aux transports dans le monde. La lutte contre la déforestation représenterait environ un tiers des efforts pour limiter le réchauffement climatique planétaire à deux degrés dans les prochaines années. Pour le WWF, « si nous devions perdre les forêts, nous perdrions non seulement un nombre considérable d’espèces animales et végétales, mais aussi notre combat contre le réchauffement climatique. »

 

Forêts en sursis

Malgré une réalité préoccupante, il y a des raisons d’espérer sur le front de la sauvegarde des forêts. D’abord, même si c’est un mouvement lent, la déforestation semble ralentir ces dernières années. En partie parce que plus d’une vingtaine de pays, dont la Chine, ont amélioré leur sécurité alimentaire tout en préservant leur couvert forestier depuis 1990. C’est ce que met en avant la FAO dans son dernier rapport sur les forêts : « on peut parvenir à la sécurité alimentaire par une intensification de l’agriculture et d’autres mesures telles que la protection sociale, plutôt que par l’expansion des superficies agricoles aux dépens des forêts. »

Ensuite, la lutte contre la déforestation est bien dans le radar de la communauté internationale. La protection des forêts et leur gestion durable sont incluses depuis 2015 dans l’objectif de développement durable (ODD) sur la biodiversité. En Europe, les États se sont fixés des objectifs précis pour soutenir les productions durables, éviter les dérives (notamment dans le cas de l’huile de palme) et en finir avec la déforestation importée à l’horizon 2020. Un sujet pris particulièrement au sérieux par la France qui souhaite se doter d’une stratégie nationale en la matière, sous l’impulsion du ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot.  Les grandes lignes de cette nouvelle stratégie seront dévoilées en juillet 2018.

S’il y a des raisons de se rassurer, l’urgence demeure. Car comme le rappelle, Jean-Luc Dupouey, directeur de recherches à l’Inra, « replanter des arbres ne fera pas revenir les espèces disparues » et « une forêt non exploitée […] stocke plus de carbone que les forêts exploitées, plus jeunes, moins denses et moins riches en matière organique ».

 

 

 

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