La question des inégalités est au cœur des débats en cours pour le renouvellement des priorités mondiales du développement après 2015. En effet, si les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) représentent un effort concerté pour lutter contre la pauvreté mondiale, les analyses ont montré que tous n’en bénéficient pas. L’un des écarts les plus frappants entre les intentions des OMD et la réalité est l’oubli de près d’un milliard de personnes handicapées dans le monde1, dont 80% vivent dans les pays en développement.

« La question la plus préoccupante pour les personnes handicapées n’est pas leur handicap, mais plutôt leur manque d’accès aux services d’éducation, d’emploi, d’accompagnement social, de santé, d’aide juridique, qui entraine un nombre disproportionné de personnes handicapées dans la grande pauvreté. »

En septembre dernier, la Réunion de Haut Niveau sur le Handicap et le Développement organisée dans le cadre de l’Assemblée Générale de l’ONU a porté un coup de projecteur sur cet oubli, et a donné l’occasion aux Etats de s’engager plus fermement pour un développement inclusif et accessible aux personnes handicapées. Le rapport du panel d’experts conseillant le Secrétaire Général sur le programme de développement pour l’après-2015 (« Pour un nouveau partenariat mondial ») appelle à cinq grandes réorientations transformatrices, en commençant par « ne laisser personne de côté », y compris les personnes handicapées2.

Quels sont les besoins et les attentes des personnes handicapées ? Comment y répondre dans un contexte de ressources limitées ? Que peuvent faire les acteurs de la coopération internationale ? Sur base de mon expérience d’insertion des groupes marginalisés, notamment au sein de Handicap International, je vous propose ici des pistes d’actions pour permettre la réalisation de cet objectif ambitieux mais possible.

 

Quels sont les besoins des personnes handicapées ?

Le handicap est souvent perçu comme une affaire de spécialistes. Pourtant, les personnes handicapées ont essentiellement les mêmes besoins que le reste de la population. Les experts, chercheurs et activistes du domaine du handicap sont d’accord pour reconnaitre que la question la plus préoccupante pour les personnes handicapées n’est pas leur handicap, mais plutôt leur manque d’accès aux services d’éducation, d’emploi, d’accompagnement social, de santé, d’aide juridique,  qui  entraine un nombre disproportionné de personnes handicapées dans la grande pauvreté.

Les personnes handicapées rencontrent des obstacles à tous les niveaux. L’ignorance, la stigmatisation et les idées reçues sur le handicap conduisent à des attitudes de rejet, et à l’isolement des personnes handicapées. En raison de barrières environnementales, comme des infrastructures inaccessibles et l’impossibilité d’accéder à l’information dans des formats adaptés, les personnes handicapées sont encore moins susceptibles que les autres d’accéder aux ressources et services nécessaires à une vie digne. Le manque de données sur leur situation renforce leur invisibilité notamment au moment de l’identification des priorités et l’élaboration de politiques de développement, comme cela a été le cas pour les OMD. Enfin, les personnes handicapées elles-mêmes ne sont pas consultées et ne peuvent donc pas exprimer les besoins et attentes qui sont les leurs.

C’est pour répondre à ces multiples discriminations que la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées a été adoptée en 2006. Elle rappelle que les personnes handicapées ont les mêmes droits que les autres. Mais elle apporte aussi une innovation majeure en reconnaissant les liens étroits entre handicap et pauvreté, et en créant des obligations pour les acteurs de la coopération internationale de prendre en compte la question du handicap dans l’ensemble de leurs actions3.

 

Comment faire en sorte que les personnes handicapées bénéficient pleinement des efforts de développement ?

Une double approche est nécessaire. Prendre en compte les personnes handicapées, c’est d’abord concevoir, mettre en œuvre et évaluer des actions de développement « pour tous », en anticipant les implications et pré-requis pour permettre leur pleine participation aux efforts de développement. Quel que soit le secteur, il s’agit d’assurer que ces actions ne sont pas discriminantes, sont accessibles et associent pleinement les intéressés à la prise de décision. Par exemple, tout projet d’éducation doit s’assurer que les nouvelles infrastructures construites et les pédagogies utilisées sont accessibles à des personnes ayant différentes façons de se mouvoir, d’assimiler et d’accéder à l’information. Une couverture de santé dite universelle implique que l’on s’interroge sur la formation de personnels de santé à la prise en compte d’un public handicapé, en assurant par exemple des consultations en langue des signes.

Pour permettre une participation égale des personnes handicapées, des mesures spécifiques sont aussi nécessaires. Celles-ci doivent permettre de renforcer leurs capacités, comme par exemple l’accès à des services de réadaptation pour améliorer la mobilité, l’apprentissage du Braille ou de la Langue des Signes, mais aussi un appui aux associations de personnes handicapées pour les préparer à mieux défendre leurs droits.

 

Que peuvent faire les acteurs de la coopération internationale pour améliorer la participation des personnes handicapées aux processus de développement ?

Des actions sont nécessaires au niveau des politiques et des pratiques. Alors que l’exclusion des personnes handicapées a un coût important pour une société, on estime que l’utilisation des principes du dessin universel n’ajoute qu’entre 0.4 et 0.78% du coût total d’une construction19. Mettre en accessibilité un bâtiment déjà construit est en revanche bien plus coûteux. On estime par ailleurs que seuls 20% des besoins de réadaptation des personnes handicapées nécessitent un référencement vers des services spécialisés. De nombreuses solutions concrètes et peu coûteuses peuvent ainsi être facilement mises en œuvre pour répondre de manière rapide et efficace aux besoins des personnes handicapées, en adoptant un « réflexe handicap ».

Afin que les efforts de développement ne laissent réellement « personne de côté », il est donc essentiel que les acteurs de la coopération internationale intègrent cette question de manière plus systématique, par exemple en adoptant une politique en matière de handicap, en formant leurs personnels à cette question, et se donnent les moyens de mesurer l’impact de leurs actions pour les personnes handicapées. Écouter les personnes handicapées et consulter leurs organisations représentatives est souvent la solution la plus efficace pour commencer.

Afin d’initier cette réflexion et d’accompagner l’AFD dans ce travail, Handicap International a organisé une journée de sensibilisation et produit un cd-rom de ressources en ligne pour mieux prendre en compte les personnes handicapées dans les actions de coopération internationale. Il comprend notamment une série d’outils pratiques permettant d’intégrer la question du handicap dans le cycle de projet, et des exemples d’applications dans différents secteurs comme l’emploi ou le VIH/SIDA.

 

 

1 Rapport Mondial sur le Handicap, Organisation Mondiale de la Santé et Banque Mondiale, 2011.
2 « Pour un nouveau partenariat mondial : vers l’éradication de la pauvreté et la transformation des économies par le biais du développement durable », 2013, p.9.
3 Voir Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées, 2006, Article 32.
Illustration : Education inclusive, Mandira apprenant le braille avec son professeur Lalsubba, Amarshing Higher Secondary School, Pokhara, Kaski District, Népal. © Priscille Geiser / Handicap International

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda