Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre en se servant des TIC ? Mobilité urbaine, énergie des bâtiments, télétravail, etc. les applications ne manquent pas. Entretien avec Philippe Dumont, directeur pour l’Europe du Sud du groupe Cisco.

© uditha wickramanayaka
© uditha wickramanayaka

Que peuvent apporter les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) face aux défis climatiques ?

Les nouveaux objets connectés ont une forte incidence sur la consommation énergétique et les produits carbonés. En utilisant la technologie à bon escient et en changeant les comportements, un impact réel est possible.

Par exemple, une voiture sur trois à Paris est en train de chercher une place de stationnement. Si nous arrivions à dire tout de suite à l’automobiliste où se trouve une place libre, nous pourrions réduire la pollution et la congestion de la circulation. L’impact serait immédiat, avec une technologie qui nous permettrait de relier la place de parking à l’usager – voire lui permettre de la réserver.

De même, les transformations digitales appliquées à la ville ont de nombreuses implications. On peut réduire ou éteindre l’éclairage public en fonction des besoins et du passage des usagers par exemple. Des formules d’éclairage public intelligent ont déjà été développées en France, au Danemark et en Suède, mais leur généralisation fait encore défaut.

 

 

Comment réduire l’empreinte carbone des bâtiments ?

On peut réguler la dépense d’énergie en fonction des besoins des occupants, aussi bien dans les foyers que dans les espaces de travail. Il est en effet possible de détecter la présence de l’usager ou de le géolocaliser, de prévoir les moments de chauffage en fonction de l’utilisation habituelle, d’éteindre et allumer automatiquement les équipements électriques. Car les laisser à l’état de veille consomme de l’énergie. On peut aussi, comme dans l’éco-quartier « SmartSeille », en cours de construction par le groupe de BTP Eiffage à Marseille, récupérer l’énergie dépensée par le bâtiment pour le chauffage urbain et réaliser une double économie. Un principe de solidarité énergétique fait que la chaleur dégagée par un bâtiment peut être transférée à un autre, pour peu qu’ils soient connectés…

 

Le secteur des transports constitue la 2ème source majeure d’émissions de CO2 attribuable à l’homme. Comment réduire ces émissions ?

En nous mobilisant pour une vie plus connectée et plus responsable, nous pouvons mettre les gens en contact avec une plus haute connexion que les traditionnelles vidéo-conférences, des moyens plus clairs et rapides de transmettre des documents et de travailler en équipe. Nos systèmes Webex/Spark/Jabber sont une suite d’applications de collaboration qui permet de réduire les impressions papier et les réunions dans un même lieu. Par exemple, Webex et Spark nous permettent d’organiser des salles de réunions virtuelles ou l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise étendue peuvent échanger par écrit, par oral ou par vidéo en toute sécurité et sans se déplacer de leur poste de travail.

Pour les sociétés dont les personnels prennent souvent l’avion, nous proposons des solutions qui évitent de longs voyages, réduisent des coûts importants ainsi qu’une énorme empreinte carbone. Nous avons déjà déployé des systèmes au niveau mondial, pour des entreprises telles que Bouygues dont les salariés se déplacent beaucoup.

Outre nos systèmes de réunions virtuelles, nous avons aussi des applications de calcul du bilan carbone, qui permettent aux entreprises de savoir quel est leur empreinte exacte si tel ou tel employé prend l’avion pour faire tel ou tel voyage.

 

 

Est-ce également possible de réduire les transports de proximité ?

Bien entendu. Si vous habitez à Versailles et que vous travaillez à la Défense, vous n’êtes pas forcément obligé de vous déplacer tous les jours. Les environnements de travail peuvent être téléportés pour minimiser les déplacements et maximiser le temps de travail. Cette logique prévaut déjà à grande échelle dans des pays d’Europe du Nord tels que les Pays-Bas, qui cherchent à limiter la pollution mais aussi les embouteillages aux heures de pointe. C’est un gisement considérable d’économies d’énergie. La mise en place du télé-travail à très grande échelle, à domicile ou dans des télé-centres de proximité, ne fait plus peur aux employeurs, même si sa mise en place, pour être efficace, implique un processus de changement structuré.

Les usagers peuvent aussi faire leurs démarches administratives à partir de lieux de vie tels que les centres commerciaux, avec un accès aux services publics sur des plages horaires plus larges que les classiques heures de bureau. Nous en avons fait l’expérience avec la cabine Spot Mairie, lancée en 2013 à Nice dans un centre de la chaîne de supermarchés Leclerc, pour faire des démarches du lundi au samedi, de 8 heures à 20 heures. Cette cabine permet d’échanger avec un employé de la mairie, qui apparaît sur un écran, imprime pour vous les documents nécessaires et confirme avec vous chaque étape de la formalité. Notre outil « Cisco Remote Expert For Goverment Services » permet de conserver le contact humain, mais aussi le contrôle de l’autorité sur les pièces présentées. La cabine est en effet équipée de système de détection scanner/vidéo qui permettent de reconnaître et valider les documents officiels.

 

N’avez-vous pas peur que ces systèmes nuisent au lien social et à la communication entre les individus ?

Non, les retours qui nous sont faits depuis Nice démontrent plutôt l’inverse. L’outil fait sens pour les agents de l’administration et rapprochent d’eux les citoyens. Ces systèmes permettent de rapprocher les fournisseurs de service des usagers. La technologie peut certes être perçue comme une barrière. L’enjeu porte donc sur son appropriation par ceux qui l’utilisent.

 

 

Est-ce que ces solutions ont un avenir dans les pays en développement ?

Je préfère parler des pays « émergents », qui vont parfois beaucoup plus vite que les pays dits « développés », en partie parce qu’ils n’ont pas à prendre en compte l’existant. Par exemple, le téléphone portable s’est déployé en Afrique le plus vite au monde et très largement, parce que la ligne fixe n’était pas développée.

Se posent dans ces pays des enjeux de maintien des outils en condition opérationnelle, au-delà de la maintenance : l’énergie électrique n’est pas stable, la climatisation doit être assurée, les compétences techniques des personnels peuvent parfois faire défaut, etc. Pour le reste, toutes les solutions aujourd’hui développées dans les pays du Nord peuvent très bien s’appliquer au Sud, notamment dans le développement de villes « intelligentes » (smart cities), afin d’obtenir le même impact sur les changements climatiques et de faire face aux défis climatiques.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD

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