En ce début d’année 2021, iD4D choisit d’analyser les grandes évolutions démographiques à l’œuvre dans le monde. Ce premier épisode de notre série « Demain, 9 milliards d’humains » sous forme de présentation de ces évolutions majeures.

Un public assistant à un concert à Taipei, capitale de l'ile de Taiwan en république de Chine (Photo de PATRICK LIN / AFP).
Un public assistant à un concert à Taipei, capitale de l'ile de Taiwan en république de Chine (Photo de PATRICK LIN / AFP).

En moins d’un demi-siècle (2000-2050), la population mondiale aura connu deux tendances lourdes : plus de jeunes dans le monde en développement, plus de vieux dans les pays « riches ». Se dessinent des espaces démographiques renouvelés à la fois à l’intérieur des frontières des États et au-delà affectant les équilibres géopolitiques, économiques, sociétaux et environnementaux globaux et plus largement les modèles de développement.

 

Dynamique démographique : le nouveau monde (jeune-pauvre) face à l’ancien monde (âgé-riche)

Avec 75 % des moins de 35 ans et seulement 3 % des plus de 65 ans (2019) en Afrique, l’inclusion des jeunes dans la vie économique et sociale reste et va y rester l’enjeu majeur des politiques publiques. La jeunesse y sera au cœur des modèles nouveaux de développement, avec ses atouts (dynamismes, mobilités, innovations), mais aussi avec ses défis. Ainsi, les investissements en matière d’accès à des services publics de qualité (santé, éducation, environnement) sur l’ensemble du territoire et en matière d’égalité de genre seront des enjeux primordiaux.

 

La catégorisation « pays développés versus pays pauvres » va de plus en plus se doubler d’une catégorisation tout aussi structurante « pays âgés versus pays jeunes », avec un certain nombre de pays intermédiaires.

Il y a aujourd’hui presque 2 milliards de personnes âgées de 10 à 24 ans dans le monde, soit le plus grand nombre de jeunes jamais connu dans l’histoire, de plus en plus dans les pays en développement.

 

 

La Chine verra une diminution de sa population en 2050, les États-Unis connaîtront une légère augmentation de la leur et l’Europe enregistrera une diminution de la sienne et détiendra la part la plus importante de personnes de 65 ans et plus (au-delà de 23 %). Les pays d’Afrique subsaharienne en particulier, continueront de connaître une croissance démographique soutenue.

 

L’essor massif de nouvelles formes d’urbanité

En 2050, la population dans les villes aura augmenté de 59 % et représentera près de 70 % de la population mondiale. Elle avoisinera alors 6,7 milliards de personnes, contre 4,2 milliards aujourd’hui.

Dès 2030, le monde comptera 43 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants, contre 31 aujourd’hui. La plupart d’entre elles seront situées dans des pays en développement. 22 de ces villes se trouvent en Asie, principalement en Inde et en Chine.

L’Afrique comptera 6 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants à l’horizon 2050, et la densification de sa population proviendra principalement des zones rurales dans un phénomène de rurbanisation massif au point que le nombre de citadins africains dépassera le nombre de citadins chinois d’ici 2041, pour constituer un quart de la population urbaine mondiale en 2050.

Les villes continueront à être des centres de créativité et d’essor économique mais les défis en matière d’infrastructures, d’assainissement, de transport et de risques environnementaux seront gigantesques.

 

Démographie et développement durable : « modèle chinois » et équation africaine

Le modèle économique pour une planète à 9 milliards d’individus ne pourra faire l’économie d’une nouvelle approche des modes de production et de consommation actuels. Il existe de facto un lien entre les populations et l’utilisation des ressources, leur dégradation voire leur disparition (surexploitation des sols et des forêts, des ressources halieutiques, de l’eau). Cependant, l’empreinte écologique des pays à forte croissance démographique et faible niveau de vie est beaucoup plus faible que celle des pays en faible croissance ou en stagnation démographique, qui ont mis en œuvre un modèle de développement, à fort impact environnemental.

La plupart des pays sur le continent africain seront de plus en plus engagés dans une course entre leur démographie et leurs besoins/contraintes de développement durable dans un contexte de fortes inégalités, qui est une source croissante de conflits (foncier, eau) et d’instrumentalisations de toutes sortes.

La Chine doit-elle être un exemple à suivre ? Durant les 15 dernières années, elle a démontré qu’un pays à fort potentiel démographique pouvait s’engager dans un rattrapage et une assimilation rapide d’abord des évolutions industrielles manufacturières, puis des technologies de l’information produites ailleurs. Ce processus a permis non seulement de générer une capacité d’épargne individuelle et collective mais de structurer le marché du travail et de permettre le développement d’une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée. Les coûts en matière d’environnement et de biodiversité pèseront de plus en plus dans la balance des choix stratégiques d’avenir.

Les autres pays actuellement dans cette configuration démographique, en Afrique particulièrement, réunissent-ils les conditions politiques, éducatives, organisationnelles et l’attractivité suffisante pour attirer les capitaux, développer les capacités manufacturières et/ou technologiques en interne et ainsi fixer les emplois à l’intérieur de leurs frontières, le tout dans une trajectoire de soutenabilité écologique ?

 

Des flux migratoires variés mais encore très majoritairement régionaux et continentaux

La cristallisation du monde entre un bloc âgé et riche, avec des tentations à la fermeture, et un monde jeune et pauvre, avec tendance à l’expansion, constituera-t-elle une tension permanente et croissante ou sera-t-elle l’expression de relations internationales nouvelles ?

Entre 1990 et 2019, le pourcentage des migrants internationaux est passé de 2,7 à 3,5 de la population mondiale et les migrations mondiales cumulées (Sud-Sud, Nord-Sud et Nord-Nord) restent plus importantes que les migrations Sud-Nord. Ce qui est aussi le cas de l’Afrique où les migrations sont aussi majoritairement des migrations internes.

Les déterminants clés des migrations africaines restent les liens historiques et linguistiques. Selon une étude récente, les principaux corridors migratoires entre l’Afrique et la France demeurent l’Algérie et le Maroc. Les migrants africains sont plus jeunes que ceux originaires d’autres régions. La part des femmes dans les migrants africains qui s’installent dans les pays de l’OCDE est en augmentation. Elles représentent 48,3 % des migrants africains en 2015‑2016 contre 46,7 % en 2000‑2001. La parité de genre n’est donc pas loin d’être atteinte.

Le niveau d’éducation des migrants africains est en augmentation. Les aspirations à la migration de jeunes de plus en plus nombreux et éduqués devraient en effet continuer à se renforcer. Restent que les perceptions de migrations « massives » ressenties par une partie des populations européennes font le lit d’un mouvement de rejet récupéré au niveau politique et largement relayé par beaucoup de médias.

 

Fécondité et vieillissement : la démographie au cœur des choix de société pour 2050

La croissance démographique est un des déterminants des flux migratoires. Cependant, la maîtrise de la fécondité, sous réserve d’être reconnue, acceptée et mise en œuvre par les pays concernés, est un des leviers des politiques publiques à ne pas surévaluer. Les tendances lourdes de la démographie africaine sont là pour les 30 à 50 années à venir puisque les naissances ont déjà eu lieu. Si les efforts en matière de planification familiale sont utiles pour accompagner la baisse de la fécondité, les conséquences ne se feront sentir qu’à long terme.

Les implications du vieillissement mondial d’ici 2050 sont majeures : 82 pays devraient avoir au moins 20 % de leur population âgée de 65 ans et plus. Ces changements dans la structure par âge des pays auront des implications importantes pour leur trajectoire économique et sociale, les allocations des ressources et leurs politiques publiques.

De plus en plus de pays connaissent et continueront d’éprouver une augmentation constante du nombre de personnes âgées, tant en termes absolus qu’en pourcentage de la population totale. Ces pays qui disposeront des technologies et des capitaux ne seront pas ceux qui auront des populations actives dynamiques. Ils devront compenser les « actifs » manquants par des politiques publiques selon le degré et le rythme du vieillissement et leurs habitudes sociétales : encouragements à l’épargne en faveur de l’investissement productif, plus grande participation des femmes sur le marché du travail, réformes des systèmes de retraite, renforcement des systèmes de protection sociale, intégration de flux migratoires entrants.

Il devrait s’avérer nécessaire de penser la globalisation démographique en lien avec la globalisation économique et financière. Cette tendance leur posera des défis croissants pour équilibrer les prestations de retraite, de santé et d’autres avantages que les personnes âgées reçoivent habituellement avec les nécessaires investissements pour les jeunes générations. Les arbitrages couvriront aussi bien les incitations pour les personnes âgées à rester plus longtemps sur le marché du travail que le recours à des flux migratoires entrants qu’à une combinaison des deux.

 

 

Notre série « Demain, 9 milliards d’humains »

Épisode 1 : Le basculement démographique du monde comme nouvel horizon du développement

Épisode 2 : Les migrations vues du Nord : entre réalités, idéologie et choix politiques

Épisode 3 : Soutenabilité environnementale : le mythe de la bombe démographique

Épisode 4 : Regards croisés sur la croissance démographique et l’urbanisation dans les Suds

Épisode 5 : Le besoin d’un nouveau pacte mondial de développement durable ajusté aux dynamiques démographiques planétaires

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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