La Journée mondiale des toilettes, le 19 novembre, est toujours l’occasion de rappeler l’importance de l’accès aux toilettes pour le développement. Mais il est trop rarement dit que c’est encore plus crucial pour les femmes et pour l’égalité.

© UN Photo / Patricia Esteve
© UN Photo / Patricia Esteve

Sans accès aux toilettes, les femmes sont en danger

Que sait-on du nombre de viols qui se produisent chaque jour et chaque nuit sur le chemin des toilettes publiques dans les bidonvilles de Nairobi, de Kinshasa ou de Delhi ? Des études menées dans plus de trente pays dont l’Inde, le Nigeria, l’Ouganda et le Kenya montrent que pour une femme, ne pas avoir accès aux toilettes chez elle, c’est être exposée à des risques élevés de harcèlement, de viol et de violences sexuelles sans même parler des risques pour la santé. On peut prendre le parti d’en rire, certes. Ou de laisser ce sujet à l’indifférence générale dont il est coutumier. Mais les faits sont têtus. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 4,5 milliards de personnes, soit 60 % de l’humanité, ne disposent pas d’un service d’assainissement géré en toute sécurité. C’est-à-dire de cabinets privés, non partagés avec une autre famille et reliés à un système de traitement des excréments.

Depuis 2010, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un droit humain reconnu par les Nations unies. C’est également depuis 2015 un des Objectifs de développement durable (ODD) à atteindre d’ici 2030, objectif qui mentionne expressément l’attention particulière qui doit être accordée aux femmes et aux filles dans le traitement de cette question. Car on oublie trop souvent que l’accès aux toilettes est un enjeu déterminant pour leur santé et leur dignité.

 

 

Donner accès aux toilettes et résoudre un triple problème de santé, de scolarisation et de sécurité

En attendant l’atteinte des ODD, près de 900 millions de personnes sont obligées de faire leurs besoins dans la nature ou dans la rue, ce qui a des conséquences dramatiques en termes de scolarisation et de santé publique. La corrélation est évidente entre l’absence de toilettes, à l’origine de maladies diarrhéiques, et la mortalité infantile : au Tchad, pays parmi les plus pauvres de la planète, 68 % de la population n’a accès à aucune toilette et 1 enfant sur 7 décède avant l’âge de cinq ans selon l’Unicef. Près de 40 % des établissements de santé dans les pays pauvres ne disposent pas d’eau potable, de toilettes ou de dispositifs d’hygiène, indique l’OMS. Le taux d’équipement est encore plus faible pour les centres de santé primaires où de nombreuses femmes accouchent. Une large part de la mortalité infantile et maternelle est imputable au manque d’hygiène et d’assainissement dans les établissements de santé.

 

 

L’absence de W.-C. séparées entre les filles et les garçons à l’école, garantissant l’intimité et équipées d’un point d’eau fondamental pour l’hygiène menstruelle, est une cause d’absentéisme des filles, voire de déscolarisation progressive. Ce qui alimente la spirale de la pauvreté. Selon l’Unicef, seuls deux tiers des écoles dans le monde disposent de toilettes (séparées par sexes ou non). En Tanzanie et au Bangladesh, une augmentation annuelle de plus de 10 % de la scolarisation des filles a été observée,  suite à la construction de toilettes séparées.

Faute d’avoir accès aux toilettes chez elles, des femmes de tous âges doivent attendre la nuit pour se soulager dans la nature ou se rendre aux toilettes publiques. Dans la pénombre, elles sont alors exposées à des attaques physiques et à des violences sexuelles. Sans oublier que ne pas pouvoir satisfaire ses besoins représente un risque pour la santé et peut provoquer de graves infections.

 

Un accès aux toilettes fondamental pour l’égalité

L’accès aux toilettes et à un service d’assainissement constitue un facteur essentiel d’égalité entre les femmes et les hommes. Tout l’enjeu consiste à faire plus pour le généraliser avec une attention particulière portée aux femmes.

À Kibera, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique situé à Nairobi (Kenya), l’Agence française de développement (AFD) finance 50 blocs sanitaires publics avec l’appui d’une ONG kényane. Cela améliore les conditions de vie de 15 000 personnes. Avant leur installation, 40 % des habitants vivant à proximité n’avaient pas accès à des toilettes décentes et 20 % recouraient aux flying toilets, c’est-à-dire faisaient leurs besoins dans des sacs plastiques. Le trajet domicile-toilettes a été fortement réduit et l’éclairage aux abords et à l’intérieur du bâtiment assuré pendant les heures d’ouverture, contribuant à la sécurité des femmes. L’AFD finance également la construction de latrines dans 26 écoles des quartiers périphériques de N’Djamena, la capitale tchadienne, outre un millier de toilettes dans les foyers avec une priorité accordée aux femmes cheffes de famille.

 

 

Malgré tous ces constats, l’accès aux toilettes, à ce service de base, n’est pas encore une priorité dans les politiques publiques. L’Inde qui affiche le nombre de personnes pratiquant la défécation à l’air libre le plus élevé au monde est de ce point de vue un cas exceptionnel. Le pays a lancé en 2014 un programme sans précédent et sans équivalent dans le monde à ce jour : Swachh Bharat Mission (ou programme Nettoyer l’Inde) prévoit ni plus ni moins d’équiper tous les foyers en toilettes d’ici 2019 pour un investissement de 25 milliards de dollars. Un exemple à suivre.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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