Alors que les enjeux des Objectifs de développement durable constituent une véritable urgence, ID4D vous présente ce livret scientifique transversal regroupant la parole de 11 spécialistes du développement sur des thématiques diverses allant de l’eau à la bonne gouvernance, en passant la biodiversité, les inégalités, l’entrepreneuriat.

Adoptés en décembre 2015 par les Nations unies, les dix-sept Objectifs de développement durable (ODD) offrent, par leur ampleur et leur caractère universel, une promesse inédite d’un changement porteur d’espoir. Empreinte d’humanisme, cette perspective de transformation de nos sociétés répond à une double nécessité : protéger les citoyens à travers le monde – par l’emploi décent, l’égalité entre les sexes et l’accès à une éducation de qualité, par exemple – et préserver la planète – en promouvant des villes durables, en luttant contre le changement climatique ou, comme l’Amazonie nous le rappelle tragiquement, en combattant la déforestation.

Alors que ces deux grands enjeux constituent une urgence vitale et que les appels à l’action se multiplient à mesure que les risques de l’attentisme à horizon 2030 se matérialisent, les réponses apportées pour atteindre les ODD demeurent insuffisantes. Ce contraste s’explique par un dilemme janusien. Nous souhaitons construire un avenir plus juste et plus durable en nous appuyant sur des instruments du passé qui n’ont pas été révisés à l’aune de cette ambition. Si la communauté internationale a fait le plein de multilatéralisme en 2015, le triptyque Addis-New York-Paris n’a en effet pas permis de faire émerger un concept, un cadre de référence et une méthodologie permettant de mener des initiatives commensurables aux ODD.

En particulier, l’équation du financement de l’agenda international – à savoir l’orientation des investissements vers les ODD en mobilisant plus fortement les financements internationaux, nationaux et du secteur privé – n’a pas été résolue. Dans le domaine du financement du développement, la seule référence internationale demeure l’ « aide publique au développement » (APD), aujourd’hui sommée de financer les ODD alors qu’elle a été conçue dans une tout autre logique et qu’elle ne mesure qu’une partie très minoritaire des flux financiers internationaux à mobiliser. Pas question, bien sûr, de remettre en cause l’APD, preuve de la solidarité des pays les plus riches envers les plus pauvres et dont le volume doit s’accroître comme s’y est engagé le Président de la République. Mais les 150 milliards de dollars d’APD générés chaque année ne seront jamais à l’échelle des ODD.

C’est pourquoi il nous faut inventer, à côté et en complément de l’APD, un nouveau cadre de financement mobilisateur et lisible, à la hauteur des Objectifs de développement durable, qui pourrait s’appeler l’ « investissement de développement durable » (IDD). C’est la thèse que je défends dans un essai consacré au développement et intitulé Réconciliations. Ce concept de l’IDD complémentaire de l’APD s’inscrirait dans une logique d’engagement, dont la finalité ne serait pas le retour financier mais la préservation des biens communs, et viserait à créer des mécanismes, de labellisation notamment, pour que le maximum de flux financiers soit transformé en IDD. L’objectif ? Réorienter les 20 trillions de dollars d’investissements annuels dans le monde vers le climat et les ODD.

De très nombreuses initiatives existent déjà et des labels émergent : investissement socialement responsable, finance durable, verte ou solidaire etc. Cependant, il manque un référentiel englobant et fédérateur. L’IDD serait à la fois une mesure et un label. Loin d’être une abstraction, cette démarche se traduit déjà à l’AFD par des investissements dans des fonds à impact, mixant ressource publique et de marché, ainsi que par un dialogue constant avec des philanthropes, des banques et des gestionnaires d’actifs afin de les convaincre d’investir au Sud.

Aujourd’hui, nous percevons les symptômes des difficultés qui s’annoncent « si rien n’est fait » – incipit invariable de mises en garde répétées. Mais bientôt, nous nous dirons « on s’était dit rendez-vous dans dix ans ». Assumerons-nous, alors, de ne pas avoir fait preuve de plus d’audace ?

 

Rémy Rioux, Directeur général de l’Agence française de développement

 

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