Covid-19, Ebola, paludisme… Alors que les activités humaines ravagent la biodiversité et augmentent les températures mondiales, les zoonoses menacent les humains à une fréquence de plus en plus élevée. Comment la santé animale nous affecte-t-elle ? Serait-elle le parent pauvre du développement ?

Séance de désinfection dans un élevage de volailles à Haian, dans la province du Jiangsu (est de la Chine), en 2005, suite au déclenchement d’une nouvelle épidémie de grippe aviaire. (Photo STR / AFP)
Séance de désinfection dans un élevage de volailles à Haian, dans la province du Jiangsu (est de la Chine), en 2005, suite au déclenchement d’une nouvelle épidémie de grippe aviaire. (Photo STR / AFP)

La pandémie de Covid-19 en est la dernière illustration fulgurante : le monde du vivant et plus particulièrement la santé animale ont un impact direct sur nos vies. Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, trois maladies infectieuses nouvelles ou émergentes sur quatre proviennent des animaux.

 

Non-humain, trop humain : le continuum de la santé mondiale

Covid-19, Ebola ou SRAS ont tous été au centre de nos attentions ces dernières années, mais leur plus petit dénominateur commun commence juste à être mis en lumière : ce sont tous des zoonoses. Autrement dit, des maladies transmises par les animaux aux humains : Ebola et SRAS via des chauves-souris, le chikungunya via des moustiques, la grippe aviaire par des oiseaux et volailles d’élevage. La récurrence de ces maladies nous met brutalement face à une réalité que notre héritage cartésien nous incite à oublier : nous sommes reliés à – et non possesseurs de – la nature qui nous entoure.

 

 

À ce titre, nous jouons aussi un rôle de premier plan dans le maintien d’une bonne santé animale. Aux zoonoses, transmises des animaux aux hommes, s’ajoutent les maladies vectorielles qui peuvent toucher humains et/ou animaux et pour lesquelles le vivant (humains ou animaux) est vecteur de transmission. Le paludisme en fait partie : il touche les humains par un vecteur animal. La peste porcine africaine également : elle se propage par les humains sans que ceux-ci soient infectés, et tuent des populations entières de porcs.

 

Des zoonoses et maladies vectorielles de plus en plus fréquentes

L’augmentation de la fréquence et de l’importance des zoonoses a déjà été observée : elle est fortement liée au réchauffement climatique, lui-même indexé sur un modèle de croissance économique effréné. En Alaska, plusieurs chercheurs alertent sur l’effet accélérateur des hausses de température sur la transmission de ces maladies. Le professeur Christian Chidiac, chef du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Lyon, rappelle que le changement climatique entraîne déjà une extension géographique des maladies.

L’expansion des territoires humains, par exemple via la déforestation, augmente en outre les interactions entre humains et animaux sauvages, et donc la probabilité de contaminations. En République démocratique du Congo, la dégradation du couvert forestier a accéléré la propagation d’Ebola. « 31 % des épidémies telles que les virus Ebola, Zika et Nipah sont liées à la déforestation », rappelle l’économiste Laurence Tubiana.

Du côté des animaux voués à la consommation humaine, le surpeuplement et les nombreux déplacements intégrés au modèle de l’élevage intensif accroissent les contaminations. En 2016, un groupe de travail des Nations unies établissait un lien direct entre les modes de production de l’élevage intensif et les contaminations à la souche H5N8 de grippe aviaire. L’uniformisation génétique des animaux dans un tel modèle de production crée également un terrain propice aux transmissions.

 

Pays en développement, premières cibles

De plus en plus fréquentes, ces zoonoses et maladies vectorielles touchent en majorité des pays en développement. C’est le cas du paludisme en Afrique. En 2018, le continent comptait à lui seul 94 % des décès imputables à cette maladie dans le monde, révèle l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces maladies qui affectent des pays aux systèmes de santé déjà fragiles sont un pas en arrière considérable pour leur développement durable. Le Covid-19 aurait, en moins d’un an, sapé des dizaines d’années d’efforts pour réduire la pauvreté, améliorer l’éducation et renforcer la santé dans le monde, rappelaient récemment les Nations unies.

 

 

Outre les zoonoses, les maladies animales non transmissibles aux humains, comme la peste des petits ruminants, ont un impact considérable sur l’économie des pays, les inégalités, le genre ou l’éducation, explique l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Les troupeaux de chèvres et de moutons décimés par cette maladie précarisent des petits élevages familiaux situés dans des zones reculées, et dans lesquels les filles et les femmes jouent un rôle de premier plan. Faciliter l’accès de ces petits élevages aux vaccins est un enjeu de taille pour protéger ces modes d’élevages traditionnels et durables.

 

« Une seule santé » : mieux prendre en compte les interactions du vivant

L’actualité le rappelle : les synergies entre des institutions comme l’OIE, l’OMS ou l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sont plus que jamais essentielles pour promouvoir un modèle de développement qui comprenne ces interactions du vivant. L’an dernier, le triptyque a publié un guide pour la gestion des zoonoses en ce sens. L’approche « Une seule santé » qu’il prône prend en compte les rapports entre santé environnementale, humaine et animale et promeut le dialogue entre les disciplines.

En parallèle, une remise en question de nos modèles de développement semble de plus en plus indispensable, comme l’évoque Laurence Tubiana : « Est-ce qu’au fond, l’extrême poussée de [la] mondialisation n’a pas été trop loin ? »

 

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