Les données numériques sont une ressource essentielle pour bâtir des villes intelligentes et durables. Pour Gwenaël Prie et Pierre-Arnaud Barthel de l’AFD, les acteurs du développement doivent redoubler d’efforts pour intégrer ce nouveau paradigme.

Cette tribune a été publiée en avant-première sur

Dans le cadre de la campagne sur les « villes intelligentes » dont l’AFD est partenaire.

 

Les données numériques deviennent une ressource essentielle pour bâtir des villes intelligentes et durables, et tous les acteurs urbains doivent en tenir compte. Les acteurs du développement eux doivent redoubler d’efforts pour intégrer ce nouveau paradigme et engager des partenariats efficaces et inclusifs autour des données urbaines, comme le soulignent Gwenael Prié et Pierre-Arnaud Barthel de l’AFD dans cette tribune.

 

Smart cities : la « ville intelligente » au cœur de la révolution numérique

La propagation rapide des technologies et services numériques provoque depuis plusieurs années d’importants bouleversements dans toutes les sphères de l’économie et de la société. C’est une véritable révolution qui entraîne la production d’une quantité exponentielle de données par toutes sortes d’objets connectés et par les systèmes d’information auxquels ils sont reliés.

Au premier rang de ces objets, on trouve le téléphone portable. En 2000, moins d’un milliard de personnes utilisaient un téléphone portable dans le monde, contre près de cinq milliards aujourd’hui, principalement dans les pays en développement. Jamais une technologie n’a atteint autant de monde en si peu de temps. Jamais une technologie n’a eu un tel impact sur autant de secteurs à la fois. Et avec l’adoption massive des smartphones, les applications numériques s’invitent de plus en plus dans de nombreux aspects de nos vies.

Les villes sont à l’avant-garde de la révolution numérique : elles offrent les meilleures connexions, hébergent les innovateurs publics et privés et leurs premiers usagers — par exemple les citoyens utilisant des applications mobiles pour accéder à leurs comptes bancaires ou pour faire des achats en ligne. Par ailleurs, les équipements et réseaux urbains rejoignent de plus en plus le monde connecté. C’est dans ce contexte que l’utilisation du terme « ville intelligente » s’est répandue comme une traînée de poudre ces dernières années. Si la définition du terme ne fait pas consensus, il existe toutefois un dénominateur commun aux différentes acceptions : la « ville intelligente » est une « ville pilotée par les données ».

 

Données numériques urbaines, ressource clé pour le développement durable

Pour les acteurs du développement, il n’est pas envisageable de conserver nos méthodes de travail traditionnelles face à cette révolution numérique.

Nous devons tirer profit de ces données urbaines qui peuvent nous permettre d’avoir une connaissance beaucoup plus fine et détaillée de la ville et de ses habitants, par exemple en matière de mobilité, d’indicateurs socio-économiques ou d’analyse de la pauvreté. L’utilisation de ce nouveau type de données devrait nous permettre d’améliorer les diagnostics de terrain préalables à l’instruction de nos projets, de concevoir et structurer ensuite des projets urbains plus inclusifs et plus durables et enfin de mieux les suivre et les évaluer.

 


Pour s’adapter à ce nouveau contexte et accompagner cette transition, nous devons également nous engager dans deux voies. Premièrement, il faut encourager la production de données numériques urbaines — par les villes elles-mêmes, mais aussi par les entreprises locales, les associations et les citoyens. Deuxièmement, il convient de renforcer leur utilisation à des fins très diverses (optimisation de la collecte des taxes, accès libre aux documents administratifs municipaux, réactions en temps réels aux pics de pollution ou de trafic,…).

Prenons un exemple. Dans la ville d’Accra, au Ghana, comme dans la plupart des villes africaines, le transport est l’affaire de minibus qui répondent au nom de « trotros ». Des dizaines de milliers d’entre eux sillonnent la ville chaque jour. Et pourtant, jusqu’à récemment, il n’existait aucune carte de ces lignes de trotros. En 2015, l’Agence Française de Développement (AFD) a décidé d’aider la municipalité d’Accra à mieux connaître ce réseau en finançant une collecte de données géolocalisées recueillies par un groupe d’enquêteurs équipés de simples smartphones. Grâce aux données collectées, la municipalité a pu produire et partager la toute première carte du réseau de trotros.

 

reseau-de-trotros

 

Et pour aller jusqu’au bout de la logique, les données collectées ont été mises à la disposition d’étudiants et d’entrepreneurs ghanéens qui ont alors pu proposer le développement de nouvelles applications au service de la mobilité dans leur ville.

Exploitation des données : la nécessité de nouveaux partenariats et d’une gouvernance forte

Les opportunités de la transition numérique ne doivent pas faire oublier les nouveaux défis et risques associés aux données. Il s’agit bien évidemment de protéger la confidentialité des données à caractère personnel, mais aussi de veiller à l’inclusion de toutes les parties prenantes dans les projets axés sur ces données. Personne ne doit être exclu des nouveaux services faute d’accès à la connectivité ou tenu à l’écart des discussions par manque de compétences numériques. Alors que les données sont de plus en plus présentes dans les conversations sur le développement urbain, tous les acteurs doivent pouvoir faire l’apprentissage de ce nouveau langage.

Cela concerne tout particulièrement la sphère publique : alors que les acteurs privés, tels que des plateformes numériques, produisent et traitent une quantité croissante de données, nous devons veiller à ce que les acteurs publics ne soient pas marginalisés dans les mécanismes de plus en plus numériques de fabrication de la ville.

Notre principal objectif est de rassembler les acteurs privés et publics autour des données, par exemple au travers de plateformes ouvertes, de clauses d’ouverture des données dans la passation de marchés publics, ou de partenariats favorisant l’utilisation des données du secteur privé dans l’intérêt public. Le Projet OPAL (Open Algorithms) est l’une de ces initiatives : il vise à instaurer une collaboration entre opérateurs de télécommunication, instituts de statistiques et chercheurs, en vue de l’élaboration de nouveaux indicateurs de développement au Sénégal et en Colombie.


Ainsi, en tant que bailleur de fonds, nous devons nous assurer que les autorités publiques nationales et les collectivités locales ont la possibilité et la volonté de jouer un rôle central dans ces discussions autour des données urbaines et de leur utilisation. Nous devons non seulement renforcer les capacités de ces acteurs, mais également les aider à engager et mener des débats sur ces sujets, qui sont essentiels tant pour la compréhension que pour la conception de villes durables.

 


Encadré :

Étude de cas : Devenir un bailleur du numérique et un bailleur numérique

L’AFD est en train de se doter d’une stratégie numérique qui repose sur un double objectif : faire de notre institution un « bailleur du numérique » — capable d’instruire et de financer des projets numériques en Afrique, en Asie et en Amérique latine, dans tous les secteurs — et un « bailleur numérique », apte à prendre rapidement en main des outils numériques afin d’améliorer son efficacité, son impact et ses liens avec ses partenaires sur le terrain. L’élaboration de cette stratégie a fait l’objet d’une vaste consultation en ligne ouverte à tous, en septembre 2016.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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