1,8 million. C’est le nombre de personnes infectées par le VIH en 2017. Au vu de l’ampleur de la lutte depuis les débuts de l’épidémie, comment est-ce encore possible ? Les discriminations subies par les personnes vivant avec le VIH sont une des explications.

Entre 2000 et 2017, les morts imputables au VIH/sida ont diminué de 40 % et le nombre de contaminations annuelles de 43 % selon le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Grâce au travail conjoint de la société civile, des gouvernements, des acteurs de la santé et des organisations locales et internationales, ce qui semblait impossible en 1990 est désormais une réalité : on sait aujourd’hui prévenir les nouvelles infections, éviter la contamination mère-enfant et permettre aux personnes vivant avec le VIH de vivre presque normalement.

La stigmatisation, vectrice de la maladie

Pourquoi alors l’épidémie persiste-elle ? Nombreuses sont les voix qui soulignent le lien entre les discriminations sexuelles et de genre et la propagation de la maladie.

Les lois répressives à l’encontre des homosexuels favorisent la propagation du VIH, expliquait, en 2014, Françoise Barré-Sinoussi, présidente de la Société Internationale sur le Sida (IAS) et prix Nobel de médecine. Dans les pays comme la Russie, l’Ouganda ou le Nigeria, la haine institutionnalisée et la discrimination à l’encontre des homosexuels ont conduit à une hausse dramatique du nombre de cas de VIH.

Les discriminations de genre accentuent quant à elles les risques auxquels sont exposés les adolescentes et les jeunes filles, population clé de la lutte contre le VIH/sida. Dans le monde, 64 % des jeunes vivant avec le VIH sont des femmes. En Afrique subsaharienne, elles sont 71 %, selon l’ONG Advocates for Youth. Privées d’une éducation sexuelle adéquate, elles sont aussi plus exposées aux violences sexuelles qui accroissent la probabilité d’une infection.

Les discriminations influencent aussi la prise et le suivi des traitements par les malades et ont des conséquences directes sur la propagation du virus. La honte associée à cette maladie sexuellement transmissible conduit trop souvent les malades à préférer le déni au dépistage et à s’éloigner des structures sociales et médicales qui peuvent les aider. C’est ce qui est arrivé à la famille de Renuca, une Indienne orpheline de 4 ans, dont les parents, terrifiés d’être mis à l’écart, ont caché leur maladie et n’ont pas suivi de traitement antirétroviral.

C’est aussi à cause des discriminations que les personnes vivant avec le VIH sont parmi les premières à pâtir des situations de crise. C’est le cas actuellement au Venezuela : les pénuries de traitements et d’antirétroviraux tuent et les militants sont menacés par le gouvernement.

 

 

La stigmatisation naît de l’ignorance

La perception sociale du VIH est l’élément clé pour comprendre la puissance de la stigmatisation et du rejet. Elle explique des chiffres comme ceux du rapport 2018 du Réseau mondial des personnes vivant avec le VIH (GNP+) et le Bureau international du travail. Dans 10 des 13 pays étudiés, le taux de chômage des personnes vivant avec le VIH est de 30 %. Au Honduras, il atteint 61 %.

Un grand nombre de discriminations de ce type sont basées sur la méconnaissance du VIH et du sida et des traitements actuels. Le rapport 2017 de l’ONG française AIDES montre que 31 % des Français interrogés pensent qu’il est normal qu’on puisse considérer les personnes séropositives inaptes à exercer certains métiers. Ce même rapport pointe du doigt l’ignorance des Français sur le VIH/sida. Une étude conduite en France démontre la corrélation entre ces discriminations et la persistance de pratiques sexuelles à risques parmi les populations clés (communauté homosexuelle, usagers de drogues, travailleur·se·s du sexe, etc.).

 

« Chaque fois que le sida a gagné, la stigmatisation, la honte, la méfiance, la discrimination et l'apathie étaient de son côté. Chaque fois que le sida a été vaincu, c'est grâce à la confiance, à l'ouverture, au dialogue entre les individus et les communautés, au soutien de la famille, à la solidarité humaine. Michel Sidibé, directeur exécutif d’ONUSIDA »
Partagez cette citation !

 

Porter un autre regard sur le VIH

Éducation et information sont les clés pour changer les perceptions et encourager les communautés à porter un nouveau regard sur le VIH/sida. C’est le but des campagnes de sensibilisation menées par les ONG comme (RED) de ONE.

Pour rendre la lutte contre les discriminations encore plus efficace, l’indice de stigmatisation des personnes vivant avec le VIH a été lancé en 2008 et mis à jour en 2018. Les données collectées renforcent tous les acteurs de la lutte contre le VIH/sida dans le monde, notamment les personnes vivant avec le VIH.

Défendre les droits humains : une réponse politique au VIH

Le directeur du GNP+ Rico Gustav a récemment insisté sur l’importance d’intégrer les droits humains comme composante de la lutte contre le VIH : « Comment peut-on attendre d’un pays qui criminalise certaines populations clés ou dans lequel la discrimination envers les populations clés est monnaie courante de fournir un continuum de soins et des services de santé de qualité à ceux qui sont criminalisés ? ».

En dépénalisant l’homosexualité, l’Inde vient de faire un grand pas sur le chemin de la lutte contre le sida. Ce nouveau droit impacte directement la perception des personnes vivant avec le VIH par la société et donc, leur vie et leur parcours de soins.

 

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda