Pour construire un partenariat plus intelligent en faveur du développement, disposer d’un forum de rencontre permettant de débattre avec honnêteté des avancées réalisées à ce jour et de la manière dont nous devrions travailler ensemble pour couvrir la distance restante d’ici 2015, il nous faut nous débarrasser de trois fausses dichotomies :

  • Entre aide et autres sources de financement du développement : nous sommes unanimes à reconnaître que si l’aide n’est que l’une des mesures de financement du développement, elle n’en reste pas moins importante, et que la différence entre les engagements pris et les versements effectués est importante.
  • Entre quantité et qualité de l’aide : nous qui sommes favorables à l’aide, nous devons reprendre le débat sur son efficacité et ses résultats – il faut plus d’aide, parce que nous pouvons produire des résultats plus nombreux et meilleurs.
  • Entre ressources extérieures et politiques nationales : nous savons que les politiques nationales sont plus importantes pour le développement que les ressources extérieures, mais nous savons aussi que sans ressources extérieures supplémentaires, le processus sera trop long et nous ne pourront pas atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.

La mise en place d’un partenariat mondial pour le développement, objet du huitième OMD, concerne la prise en compte de la totalité du financement pour le développement, mais également le suivi de la réalisation des engagements pris au titre de cette aide, son meilleur fonctionnement, l’utilisation de cette aide pour appuyer les pays qui ont réussi à ajuster leurs politiques, et la façon d’aider les pays qui doivent encore ajuster leurs politiques en partageant avec eux les expériences acquises.

Il s’agit ici de permettre une parfaite articulation des différentes traditions de la coopération pour le développement. Le CAD s’appuie sur une tradition d’aide vieille d’un demi-siècle, et la Déclaration de Paris est, à de nombreux égards, l’expression des leçons apprises durant ces cinquante années. Mais il existe aussi une tradition parallèle, également riche, de coopération Sud-Sud, dans le cadre de laquelle les pays en développement ont trouvé les moyens innovants de s’aider mutuellement et de partager leurs expériences. La réunion de Bogota a ainsi permis de préciser les leçons tirées de cette tradition. Nous devons permettre à ces deux traditions de s’enrichir mutuellement, de manière à pouvoir construire un partenariat pour le développement futur élargi, fondé sur les expériences des deux.

Il concerne également la promotion du développement par le biais de partenariats réels, efficaces et égalitaires, non seulement entre les gouvernements, mais entre les sociétés, incluant le secteur privé, la société civile, les parlements et les autorités locales, pour s’assurer qu’ils sont parfaitement intégrés dans le processus de décision sur le développement.

Enfin, il concerne les partenariats fondés sur des constats, sur des statistiques et sur le partage des meilleures pratiques. Nous sommes-là au cœur de l’approche de l’OCDE dans tous les domaines, y compris celui du développement.  En résumé, il est question des résultats. Non pas ceux rendus possible par l’aide, sorte de « propriété » des bailleurs de fonds, mais bien ceux résultant de l’effort des pays en développement, leurs résultats propres, rendus possibles par l’aide et d’autres types de financement des partenaires au développement, et facilités également par un partage des expériences qui permet aux pays d’en apprendre plus les uns des autres, de faire des choix plus judicieux et moins d’erreurs.

L’OCDE, qui encourage le développement de réseaux dans un grand nombre de domaines, allant de l’efficacité de l’aide aux politiques fiscales et aux moyens de répondre aux changements climatiques, a fondé son soutien sur des principes bien établis :

  • Veiller à ce que des partenariats soient mis en place au niveau des pays et déterminés par les pays en développement, en facilitant la prise de décision politique de haut niveau et inclusive.
  • Proposer à tous les acteurs une large plateforme de dialogue, en veillant notamment à faire entendre la voix des pays partenaires et de la société civile.
  • Recueillir des constats, des faits et des chiffres pour informer la politique et appuyer les solutions techniques.
  • Promouvoir l’examen par les pairs pour assurer un suivi des engagements et analyser les pratiques.
  • Fournir des instruments de dialogue sur le développement au niveau des pays.
  • Renforcer la redevabilité mutuelle entre tous les acteurs et l’articuler autour d’objectifs communs.
  • Travailler au niveau mondial pour construire des liens forts avec les Nations unies, la Banque mondiale, les institutions régionales et les processus.

En quoi ces principes de partenariat, qui se fondent sur le « soft power » (puissance douce) que peut avoir le dialogue, les faits et  la pression des pairs, modifient-ils l’approche au développement ?

Au départ, il était manifeste que les problèmes ne pouvaient se résoudre par une simple discussion des bailleurs de fonds entre eux. D’autres partenaires devaient se joindre à la réflexion. Le Groupe de travail sur l’efficacité de l’aide est né de cette prise de conscience. Ce Groupe de travail n’est pas un « club des bailleurs de fonds » ; il compte 80 membres, et est coprésidé par un représentant d’une institution de financement et un représentant d’un pays en développement. En son sein, un large consensus s’est fait jour sur ce qui devait être fait pour donner de meilleurs résultats, en respectant les engagements souscrits dans la Déclaration de Paris (2005) et l’Agenda d’Accra pour l’action (2008). Aujourd’hui, le Groupe de travail sur l’efficacité de l’aide est le cadre international d’amélioration de la qualité de l’aide. Ce partenariat s’attache à voir comment fournir l’aide de manière plus harmonisée, plus alignée et plus redevable.

Mettre les pays en développement aux commandes est le principe de partenariat essentiel promu par ce groupe de travail. Et des exemples de plus en plus nombreux sont là pour témoigner de la manière dont les partenaires ont réduit de manière significative des coûts de transaction en suivant les procédures des gouvernements locaux plutôt qu’une multiplicité de procédures imposées par les bailleurs de fonds, l’un des principes essentiels de la Déclaration de Paris. La recette est la suivante : s’attacher non seulement à savoir combien est dépensé, mais aussi comment cela est dépensé.

Le groupe de travail est également une plateforme où se renforce la redevabilité mutuelle. Bien qu’ils n’aient aucun caractère juridiquement contraignant, les engagements de redevabilité promus par la Déclaration de Paris ont affiché toute leur pertinence et leur efficacité, en incitant à de nouvelles pratiques dans la communauté des bailleurs de fonds, des pays partenaires et d’autres acteurs. Le mandat de ce groupe de travail consiste à veiller à ce que les bailleurs de fonds et les pays en développement « accordent leurs violons » lorsqu’il s’agit de répondre à leurs engagements. L’un des outils qu’il utilise à cette fin est l’enquête sur le suivi de la Déclaration de Paris, qui suit la mise en œuvre des engagements de Paris au niveau des pays. Or, cette enquête montre que si des changements sont en cours, ils restent trop lents. Les bailleurs de fonds utilisent les systèmes nationaux, réduisent les cellules parallèles d’exécution de projets, et se coordonnent entre eux pour l’organisation des missions. Quant aux pays, ils renforcent leurs propres systèmes pour prendre leur développement en main et élargissent le discours national sur le développement. Mais cette enquête ne se contente pas de fournir des informations ; elle encourage également au dialogue pour améliorer les pratiques d’aide au niveau des pays et renforcer la redevabilité réciproque. Cette pratique de suivi a attiré 34 pays en 2006 et 55 en 2008 ; entre 65 et 70 pays devraient participer en 2011.

Ce partenariat a également pour objet d’améliorer les pratiques et de suivre la concrétisation des engagements par le biais d’examens par les pairs et d’une discussion ouverte et franche. Le Comité d’aide au développement de l’OCDE constitue à cet égard un forum d’échange d’expériences et d’examen par les pairs, tout en suivant attentivement les progrès dans le décaissement de l’aide financière promise. Il reste le principal groupe mondial de bailleurs de fonds, ayant apporté quelque 120 milliards de dollars E.U. en 2009, soit une augmentation de 6,8 % en termes réels par rapport à 2008.  Et l’OCDE étend son champ d’action pour suivre les engagements financiers dans d’autres domaines, notamment budgétaire et de développement, de financement innovant et de financement en matière de changement climatique.

Pourrions-nous souhaitez que ces changement fussent été plus rapides ?  Oui, certainement.  Existe-t-il d’autres processus plus adaptés susceptibles d’engendrer des progrès plus rapides ? Pas à notre connaissance.  S’ils existent, nous devons les identifier et en tirer les leçons ! Nous sommes parvenus à la croisée des chemins en 2010, date fixée pour les résultats des engagements pris dans la Déclaration de Paris, en offrant la possibilité d’étudier la qualité de nos partenariats pour le développement de manière honnête et constructive. Et c’est précisément ce que nous avons l’intention de faire lors de la Réunion de haut niveau sur l’efficacité de l’aide (HLF-4) en Corée, en décembre 2011. Mais cette réunion nous donnera également l’occasion d’approfondir et d’élargir le partenariat, et de diriger nos efforts là où ils sont susceptibles de faire la plus grande différence.

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