Le défi du climat ne pourra être relevé sans un changement de modèle de développement de nos économies. Pour ce faire, il faut continuer à trouver des solutions à la question centrale du financement de cette transition, et plus globalement à celle de l’accompagnement des pays et collectivités vers de nouvelles politiques publiques.

© Alan Stark (*)
© Alan Stark (*)
Cette tribune a été publiée (en anglais) en avant-première sur
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Quels leviers de changement ?

Ce nouveau modèle de développement passe par des investissements massifs dans la production d’énergies renouvelables, par la reconversion des capacités de production d’énergie les plus émettrices et par la mise en œuvre de technologies plus efficaces sur le plan énergétique dans tous les secteurs (industrie, transport, bâtiment…).
Le défi est d’autant plus difficile que la longévité et l’aspect structurant des  infrastructures énergétiques limitent la mise en œuvre de changements de comportement.

Cette question « transformationnelle » ou « transitionnelle » implique :

  • des changements majeurs de politiques publiques et d’allocation des budgets des États et de leurs collectivités locales. Ces changements peuvent et doivent avoir lieu à des coûts économiques, sociaux et environnementaux acceptables pour les pays, leurs acteurs économiques et leur population.
  • une redirection rapide et substantielle des financements mondiaux vers les investissements et les technologies aux plus grand co-bénéfices climat et, parallèlement, une réduction des financements des investissements les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Les estimations actuelles montrent que les financements climat ne représentent pas plus de 300 milliards de dollars alors que des milliers de milliards de dollars sont investis chaque année dans des infrastructures et capacités de production émettrices voire fortement émettrices de gaz effet de serre.

 

La mobilisation de l’ensemble des acteurs

Les rôles particuliers de la finance climat publique et d’un instrument comme le Fonds vert sont fondamentalement nouveaux et révisent en profondeur les objectifs et les modalités de la traditionnelle aide publique au développement.

Au vu des enjeux, quelques institutions internationales d’aide publique au développement, aussi efficaces soient-elles, ne peuvent traiter le besoin massif de redirection des flux d’investissement publics et privés vers des investissements bas carbone et permettant aux économies de s’adapter. L’implication des financeurs publics nationaux et régionaux, légitimes à accompagner les trajectoires de développement de leurs pays et aux capacités techniques et financières sans commune mesure avec celles des financeurs internationaux, est un enjeu crucial.

La complémentarité et les synergies des financeurs est un des enjeux prioritaires de l’architecture financière climat. L’International Development Finance Club – IDFC (créé en 2011 et qui rassemble 22 grandes banques internationales de développement) prouve que ce changement est possible et faisable. Avec près de 87 milliards de dollars de financements investis dans des projets participant à la lutte contre le changement climatique, ces banques démontrent leur capacité et leur volonté de participer à la solution.

Par ailleurs, les besoins d’investissement sont massifs. Le rôle de la finance publique internationale ou nationale devient donc de plus en plus catalytique : elle doit encourager la redirection des flux d’investissement privés vers des investissements à co-bénéfice climat.

 

Un changement de paradigme global

Au défi du financement des transitions écologiques des pays s’ajoute deux autres dimensions :

  • la valorisation et la redynamisation des services climatiques rendus par certaines ressources naturelles (forêt ou sols) qui agissent comme des puits de carbone : ces capacités naturelles ont dramatiquement diminué dans les dernières dizaines d’années et des investissements importants de préservation et de reconstitution sont nécessaires. La finance climat peut aider à favoriser ces investissements climatiques très efficaces pour un coût financier plutôt faible ;
  • la capacité des pays, des collectivités, des acteurs économiques et des hommes à s’adapter aux conséquences des effets d’un changement climatique inéluctable. Le défi climatique réside autant dans la capacité des populations et des pays à supporter des événements extrêmes plus fréquents et plus violents que dans leur capacité à prévoir et établir des politiques permettant d’anticiper les effets du changement climatiques et de mieux y résister. Le coût et le financement de cette question demeurent complexes à évaluer alors même que les conséquences auxquelles il faut faire face ne sont pas encore établies.

 

Une adaptation des comportements des institutions financières

Pour relever le défi climatique, les financeurs publics et plus particulièrement les banques de développement doivent continuer leurs efforts de prise en compte de la question du climat dans leurs stratégies. Cet effort est nécessaire tant pour accroître les flux de financement que pour inciter financièrement à la redirection des flux d’investissement. Les institutions multilatérales de développement et le club IDFC se sont entendus le 31 mars 2015 lors du Forum Finance climat à Paris pour favoriser de meilleures pratiques en matière de prise en compte de la dimension « climat » et construire un cadre plus normé et opérationnel pour la finance climat ;

Elle doivent aussi rechercher toujours plus d’impacts transformationnels en accompagnement des politiques publiques nationales ou territoriales de développement intégrant la question de la lutte contre le changement climatique et la recherche d’impacts en matière de mobilisation et redirection des investissements et flux de financement. . Il s’agit notamment de soutenir les innovations nécessaires pour inciter les marchés de capitaux, d’apporter des solutions à la finance locale pour aider à stimuler la mise à niveau énergétique des PME, d’accompagner les plan d’actions climat des collectivités et des États pour les rendre plus ambitieux ou acceptables économiquement et socialement… ;

Enfin, un accompagnement renforcé des pays les plus pauvres et les plus vulnérables au changement climatique pour financer un développement adapté et résistant aux conséquences du changement climatique. Cette attention peut se traduire en trois étapes :

  1. préparer et accompagner les pays (État, collectivités locales, acteurs économiques…) dans l’élaboration de nouvelles politiques de développement et d’aménagement du territoire adaptées ;
  2. financer ces nouvelles politiques de développement et soutenir la mise à niveau des infrastructures et des filières pour les rendre résilientes ;
  3. mettre en place et financer des mécanismes de prévention et de gestion des risques de catastrophes naturelles.

La lutte contre les dérèglements climatiques induit des changements majeurs au niveau des comportements, des politiques de développement et des acteurs. Ils seront majoritairement anticipés et assumés ou majoritairement subis. Les financeurs publics ont fortement évolué ces dernières années et auront une influence importante sur les autres acteurs dans ce domaine. La deuxième étape sera de renforcer encore plus l’efficacité de leur action.

 

* Photo : Une centrale thermique au charbon dans Joseph City en Arizona, aux États-Unis . Les estimations actuelles montrent que le financement climatique ne dépasse pas 300 milliards de dollars, alors que des milliers de milliards de dollars sont investis chaque année dans la capacité des infrastructures et de la production à des niveaux élevés ou très élevés d’émissions de gaz à effet de serre . ©  Alan Stark / CC BY-SA

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