Dans deux mois, des dirigeants du monde entier se réuniront au siège des Nations Unies à New York pour faire le point sur les progrès des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Les nombreux rapports qui me parviennent laissent penser que les OMD ont été bons pour le développement.

Ils ont certes insufflé un puissant élan à la lutte pour la réduction de la pauvreté et des inégalités au cours d’une décennie remplie de défis concurrents. Ils nous ont fait prendre conscience de l’importance de l’interdépendance – entre les économies riches, pauvres et émergentes ; entre l’éducation, les genres, la santé et l’environnement ; et entre la détermination des objectifs et l’obtention des ressources humaines, financières et matérielles nécessaires à leur réalisation. Ils nous ont obligés à réfléchir à ce qui fonctionne et pourquoi. Et un ensemble de cibles quantitatives assorties d’échéances nous a forcés à mieux mesurer ce que nous faisons.

Mais ces objectifs ont-ils changé la vie des gens ?

L’OMS publie chaque année des rapports sur les OMD relatifs à la santé, dont vous trouverez un bon résumé à l’adresse http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs290/index.html. Comme vous le constaterez, il y a eu de réels succès dans la réduction de la mortalité infantile, l’augmentation de la distribution des traitements du SIDA et la prévention de nouvelles infections au VIH, ainsi que dans la maîtrise du paludisme et de la tuberculose. Ces succès sont toutefois inégaux, certaines interventions progressant rapidement tandis que d’autres n’évoluent pratiquement pas. D’énormes inégalités persistent entre ou au sein des régions et des pays. Là où il y a eu des succès, les bénéfices peuvent être fragiles. Il reste donc encore beaucoup, beaucoup à faire si nous voulons atteindre les objectifs de 2015.

Cela me ramène au thème principal de ce papier. Comment soutenir notre élan vers la réalisation des OMD dans un monde où la lassitude engendrée par les problèmes de développement est réelle, et aussi où des appels concurrents distraient l’attention du public ? Voici donc ma propre liste.

Tout d’abord, nous devons clarifier les priorités et les domaines où il nous faut en faire plus. Les OMD quatre et cinq – l’amélioration de la santé des femmes et des enfants – sont des buts par rapport auxquels les progrès ont été les plus décevants. La réduction de la mortalité des femmes à l’accouchement reste le défi majeur.

Mais que signifie en faire plus ? Techniquement, nous savons ce qui fonctionne : l’accès au planning familial, des soins prénataux efficaces, l’accouchement dans des structures médicalement sûres, la vaccination systématique, ainsi que la prévention et le traitement des maladies infantiles. Nous savons que les programmes qui délivrent ces interventions doivent passer à l’échelle supérieure. Mais nous avons également appris que cela sera insuffisant sans des efforts pour renforcer les systèmes de santé liés à l’accouchement et pour s’attaquer d’une manière plus générale aux facteurs déterminant la santé des femmes. Nous devons donc être clairs sur le fait que c’est le résultat – moins de morts évitables de femmes et d’enfants – qui est la priorité et non pas un programme ou une intervention. C’est le réel souci de la survie et du bien-être des femmes et des enfants qui saura rallier et maintenir le soutien du public aux OMD relatifs à la santé.

Le point suivant de ma liste concerne les facteurs nécessaires au succès.

Nous ne pouvons obtenir de meilleurs résultats sans de meilleurs systèmes de santé. En pratique, cela implique un personnel bien formé et correctement rémunéré, des politiques de financement protégeant les personnes d’un appauvrissement en cas de maladie, une information sur laquelle baser les décisions en matière de politiques et de gestion, une logistique permettant de disposer des médicaments et des vaccins là où ils sont nécessaires, des installations bien entretenues et organisées au sein d’un réseau professionnel, ainsi qu’un leadership fixant des orientations claires et tirant parti des énergies de toutes les parties concernées, y compris les communautés.

Certains soutiendront qu’une concentration sur l’amélioration des conditions de vie des femmes et des enfants représente un changement radical d’orientation, la toute dernière tendance dans le monde versatile du développement international. Je reconnais que c’est un risque. Mais nous ne devons en aucun cas prendre à Pierre pour donner à Paul, autrement dit détourner des ressources d’un groupe de programmes au profit d’un autre.

Cela signifie qu’il est vital de respecter nos promesses en faveur de la lutte contre le VIH et le SIDA (à l’heure où je rédige ce papier, s’ouvre à Vienne la conférence internationale sur le SIDA). Le SIDA, la tuberculose et le paludisme sont des causes de décès et d’invalidité des femmes et des enfants. Mais ils sont aussi des priorités par eux-mêmes, en particulier là où les avancées sont fragiles et où apparaissent de nouvelles menaces (comme la tuberculose pharmacorésistante). Pour reprendre les termes du discours d’ouverture de la conférence : pas de recul dans nos engagements mais pas non plus de recul dans aucun des différents domaines. Synergie et intégration sont les mots d’ordre.

Le but des OMD est de faire reculer la pauvreté et, comme je l’ai dit ailleurs : rater la pauvreté, c’est rater la cible. La pauvreté est à la fois la cause et le résultat de toutes les formes de mauvaise santé. Je place donc haut sur ma liste le souci de voir les pays s’attaquer au fardeau croissant et aux facteurs de risques inhérents aux maladies non-transmissibles telles que le diabète, le cancer, les troubles mentaux et les maladies cardiovasculaires. Bien qu’elles ne figurent dans aucune cible particulière, leur impact humain et économique pourrait constituer un frein sérieux au développement si nous n’agissons pas dès aujourd’hui.

Pour poursuivre le thème de l’interdépendance, l’amélioration de la santé des femmes et des enfants ne pourra avoir lieu sans une attention particulière aux carences alimentaires et à la malnutrition, une prévention de toute exclusion des soins de santé pour des raisons liées au genre, à l’âge ou à l’ethnie, une prise en charge des impacts sur la santé dus à l’urbanisation et aux flux migratoires, une réduction de l’exposition à des substances toxiques, et un plus large accès à une eau salubre et à l’assainissement. La santé est le résultat de toutes les politiques. La liste est longue et les liens avec la santé sont connus. Le défi pour l’obtention de résultats réside dans une action soutenue et dans la redevabilité.

Ce qui nous amène au dernier point de cette liste. Le fil conducteur. Confrontés à des demandes croissantes et à des ressources limitées, les pays et leurs partenaires internationaux sont contraints à des décisions difficiles. Un soutien durable aux OMD requiert que les ministères des Finances, les parlements, les donateurs, et le public soient convaincus que des progrès sont possibles. L’élaboration d’une politique et d’une stratégie de santé solides permet de faire participer les différentes parties prenantes à la prise de décision, de montrer comment les choix ont été effectués, et d’exposer comment se combinent les éléments nécessaires à une amélioration de la santé. Dans les pays qui bénéficient d’une aide significative, les stratégies nationales sont le meilleur moyen d’assurer une cohérence entre les contributions extérieures et les priorités nationales.

S’assurer que chaque femme ait les meilleures chances de donner naissance à son enfant, en toute sécurité et dans la dignité est le plus grand défi du développement dans n’importe quel pays. Beaucoup de choses peuvent être faites mais il n’existe pas de solution technique unique et simple. Il faut en revanche que tout ce que nous entreprenons se combine : les systèmes de santé, les installations, les interventions techniques, le leadership politique, le personnel, les politiques sociales et économiques, l’argent et l’équipement. C’est bien entendu un vrai défi. Mais si nous pouvons garantir des accouchements sûrs aux femmes, nous pouvons être certains que d’autres avantages suivront.

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